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Pontmain

Pontmain

En 1871, Pontmain est un important village de 500 âmes, juchĂ© dans le bocage mayennais. La maison de la famille Barbedette donne sur la place principale, non loin de l’Ă©glise, face Ă  une imposante maison, occupĂ©e par le buraliste, Augustin Guidecoq.

Le mardi 17 janvier, vers 17 h 30, le père Barbedette, ainsi que 2 de ses fils (Eugène 12 ans et Joseph 10 ans) pĂ©nètrent dans la grange attenante Ă  leur habitation, afin de pilier des ajoncs destinĂ©s Ă  la nourriture des chevaux. Un quart d’heure plus tard, Jeannette DĂ©tais entre dans la grange pour parler au père Barbedette. Eugène en profite pour interrompre son travail et se mettre sur le pas de la porte. Dehors il fait un froid glacial, la neige recouvre le sol et les toits. La nuit est tombĂ©e depuis un bon moment et le ciel, très pur, s’illumine d’Ă©toiles.

Soudain, non loin de la maison Guidecoq, mais bien au-dessus du toit, Eugène voit une belle grande Dame, vĂŞtue d’une robe bleue, parsemĂ©e d’Ă©toiles d’or, sans ceinture et sans taille, identique Ă  un sarrau d’enfant : une robe d’une seule pièce, allant du cou jusqu’aux pieds. “Elle avait des chaussons, racontera-t-il plus tard, bleus comme la robe, et au milieu, un ruban d’or formait un noeud en forme de rosette. Un voile noir, cachant entièrement les cheveux et les oreilles, et couvrant le tiers du front, retombait sur les Ă©paules jusqu’Ă  la moitiĂ© du dos. ImmĂ©diatement rejetĂ© en arrière, il ne cachait pas la figure. Sur la tĂŞte, elle portait une couronne d’or, sans autre ornement qu’un petit liserĂ© rouge, situĂ© Ă  peu près au milieu. PosĂ©e sur le voile, haute Ă  peu près de 20 centimètres, elle ne montait pas tout droit, mais en s’Ă©largissant comme un cĂ´ne renversĂ©. Un grand cercle ovale, du mĂŞme bleu que la robe, entoure la Dame. 4 bougies sont Ă  l’intĂ©rieur du cercle bleu, 2 Ă  la hauteur des genoux de la Dame, 2 Ă  la hauteur de ses Ă©paules. Sur la poitrine, est situĂ©e une petite croix rouge.”

Cette tenue pour le moins étonnante, tranche avec celles des autres apparitions. Il faut certainement y voir une interprétation symbolique.

La Vierge reste silencieuse. Seules les expressions de son visage et un texte qui va s’inscrire dans le ciel permettent de comprendre son message.

Lors de la 1ère Ă©tape de l’apparition, Eugène voit la Dame avec les bras baissĂ©s, les mains ouvertes, le visage, d’une beautĂ© incomparable, demeure souriant. Lorsque Jeannette DĂ©tais sort de la grange, Eugène lui demande : “Jeannette, regarde donc sur la maison du buraliste si tu ne vois rien ?” Jeannette ne voit rien. Le père Barbedette et son second fils, Joseph, sortent Ă  leur tour et regardent le ciel. L’adulte ne voit rien, mais en revanche, Joseph parle Ă  son tour : “Oui, je vois une belle grande Dame.” Sachant ses enfants incapables d’inventer des histoires pour se moquer de la religion, le père Barbedette fait chercher son Ă©pouse, qui ne voit rien. On va alors chercher la domestique de la famille, Louis, qui ne distingue rien non plus.

Puis la famille va souper. En sortant Ă  nouveau, les 2 garçons voient toujours la belle Dame. Leur mère, très troublĂ©e, leur recommande de rĂ©citer 5 Pater et 5 Ave. L’apparition se prolonge. On va chercher une des religieuses qui s’occupent de l’Ă©cole. Elle ne voit rien, mais fait venir 3 de ses pensionnaires. 2 des 3 enfants, Françoise Richer, 11 ans, et Jeanne-Marie LebossĂ©, 9 ans, voient Ă©galement “la belle Dame”. Leur description coĂŻncide exactement avec celle des garçons. L’abbĂ© Richard et 2 enfants se rendent Ă©galement sur les lieux. Les allĂ©es et venues sont remarquĂ©es. Des curieux, malgrĂ© la nuit glaciale, viennent grossir le groupe. Au total, 7 enfants voient la Vierge dans le ciel : outre les 2 frères Barbedette et les 2 Ă©lèves des soeurs, il faut ajouter Eugène Friteau, 6 ans, Augustine Boitin (25 mois) et Auguste Avice (4 ans).

Le curĂ© demande que l’on prie. L’une des religieuses dirige la rĂ©citation du chapelet. Lors de cette rĂ©citation, la Vierge et l’ovale bleu grandissent de moitiĂ©. Lorsqu’une soeur entonne le Magnificat, un grand Ă©criteau blanc apparaĂ®t au-dessous des pieds de la Vierge. Des lettres se forment lentement une Ă  une que les enfants voyants lisent :

Mais priez mes enfants

L’abbĂ© Richard dĂ©cide alors de faire chanter les litanies de la Vierge. A la 1ère invocation, une nouvelle lettre se forme, suivie par d’autres. A la fin des litanies, une nouvelle phrase est Ă©crite :

Dieu vous exaucera en peu de temps.
Mon Fils se laisse toucher.

Un nouveau cantique Ă  la Vierge est chantĂ©. “Alors, raconte l’abbĂ© Richard, la Sainte Vierge Ă©leva, Ă  la hauteur de ses Ă©paules, les mains qu’elle tenait abaissĂ©es et Ă©tendues, et agitant les doigts lentement, comme si elle eĂ»t accompagnĂ© le chant du cantique, elle regardait les enfants avec un sourire d’une douceur infinie : “VoilĂ  qu’elle rit, voilĂ  qu’elle rit, s’Ă©criaient-ils”

Après 10 minutes, alors que la foule entame un chant de pĂ©nitence, l’inscription disparaĂ®t. Puis le visage de la Vierge s’assombrit, une grande croix rouge, avec un Christ de mĂŞme couleur, apparaĂ®t devant la Vierge, qui prend ce crucifix, entre ses mains et l’incline lĂ©gèrement vers la foule. “Pendant tout ce cantique, dira Joseph Barbedette lors de l’une de ses dĂ©positions au procès canonique, le regard de la très Sainte Vierge ne se dirigeait plus vers nous, mais vers le crucifix. Dès le commencement de ce cantique, une des Ă©toiles qui s’Ă©taient groupĂ©es au-dessous des pieds vint allumer la bougie du genou droit, remonta Ă  celle de l’Ă©paule droite et alla se placer au-dessus de la tĂŞte… Pendant tout le temps que la très Sainte Vierge garda le crucifix dans ses mains, son visage Ă©tait empreint d’une tristesse indicible. Cependant elle n’a pas pleurĂ© : nous n’avons pas vu les larmes rouler dans ses yeux ; mais, spĂ©cialement au coin de la bouche, le tremblement des lèvres qui manifeste une vive Ă©motion. Les lèvres remuaient, semblant prononcer les paroles du cantique de pĂ©nitence que l’on chantait Ă  ses pieds, spĂ©cialement au refrain, qui est le Parce”.

Lorsque la foule commence Ă  chanter l’Ave Maria Stella, le crucifix rouge disparait. Sur chacune des Ă©paules de la Vierge, apparaĂ®t une petite croix blanche. Son visage s’illumine Ă  nouveau d’un sourire. Le curĂ© ordonne de faire la prière du soir. Lors de cette prière, l’apparition disparait peu Ă  peu. Un grand voile blanc, partant des pieds, couvre le corps de la Vierge. Puis son visage se voile, l’ovale bleu et les 4 bougies allumĂ©es disparaissent. Il est près de 21 heures lorsque se termine l’apparition. Elle a durĂ© environ 3 heures.

Vers une reconnaissance officielle…

L’abbĂ© Richard, persuadĂ© de la vĂ©racitĂ© des affirmations des enfants, Ă©crit le lendemain mĂŞme Ă  son supĂ©rieur immĂ©diat, le curĂ©-doyen de Landivy, François GuĂ©rin. Ce dernier, assez sceptique, se rend Ă  Pontmain le 19. Il interroge sĂ©parĂ©ment les enfants, avec parfois une certaine brusquerie, cherchant des failles Ă©ventuelles ou des contradictions. Il doit finalement s’incliner devant la bonne foi Ă©vidente des enfants.  Il rĂ©dige un rapport favorable Ă  l’Ă©vĂŞque de Laval, Monseigneur Wicart ordonne une enquĂŞte officielle. Le 14 mai, il se rend lui-mĂŞme Ă  Pontmain et en repart bouleversĂ© et convaincu : “Rien de plus calme, rien de plus modeste, rien de plus net et de plus ferme que les dĂ©clarations faites.”

Les enfants sont soumis Ă  l’examen de 3 mĂ©decins : un professeur de l’Ă©cole de mĂ©decine de Rennes et 2 sommitĂ©s mĂ©dicales du dĂ©partement. Leur rapport conclut Ă  la bonne santĂ© physique et psychique des enfants, excluant ainsi que la vision soit la consĂ©quence d’une affection ophtalmologique, d’une illusion d’optique ou d’une hallucination. Le 2 fĂ©vrier 1872, l’Ă©vĂŞque prononce un jugement dĂ©finitif qui conclut que la Vierge Marie est bien apparue le 17 janvier 1871 dans le hameau de Pontmain.

L’annonce de la fin de la guerre franco-prussienne

Cette apparition, placĂ©e sous le signe de l’espĂ©rance, annonce la fin de la guerre franco-prussienne, comme l’indique la blanche banderole : “Dieu vous exaucera en peu de temps”. En effet, les 2 parties belligĂ©rantes concluent un armistice et signent les prĂ©liminaires de la paix le 28 janvier 1871, 11 jours après l’apparition. Le contexte historique de l’apparition est Ă©vident quand on sait que l’invasion prussienne touche Ă  cette Ă©poque la Mayenne, et que c’est dans cette rĂ©gion que se font entendre les derniers coups de canons.

Fatima
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