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Pellevoisin

Pellevoisin

Estelle Faguette et sa famille n’ont cessĂ© d’accumuler les malheurs.

Le père possède des carrières de craie et une auberge, près de Châlons-sur-Marne. A la suite d’une mauvaise gestion, dont il n’est pas directement responsable, il se trouve ruinĂ©. Pour faire vivre sa famille, il accepte un emploi de concierge puis, avec sa famille, il tente sa chance Ă  Paris, oĂą il ne trouve du travail qu’au jour le jour.

C’est Ă  Paris, Ă  l’âge de 15 ans, qu’Estelle commence Ă  tomber malade. Elle entre nĂ©anmoins comme novice chez les Augustines Hospitalières, qui occupent l’HĂ´tel-Dieu. Une chute la laisse handicapĂ©e du genou et la rend inapte aux tâches hospitalières. Elle doit quitter le couvent, en 1863, avant d’avoir prononcĂ© ses voeux. La comtesse de La Rochefoucauld l’accepte chez elle comme couturière pour l’aider. Estelle s’installe alors au château de Pouriers (aujourd’hui de Montbel), Ă  Pellevoisin, en plein coeur du Berry. C’est lĂ  qu’elle est atteinte d’une pĂ©ritonite aigĂĽe, qui mal soignĂ©e, s’ajoute aux douleurs liĂ©es au genou dĂ©formĂ©.

La comtesse de La Rochefoucauld la garde tout de mĂŞme chez elle, les gages servant Ă  faire vivre ses parents, Ă©galement installĂ©s Ă  Pellevoisin. “Tout en faisant mon service, racontera Estelle, je souffrais Ă©normĂ©ment. Je disais mon chapelet chaque jour, je lisais un peu l’Imitation de JĂ©sus-Christ, c’Ă©tait ma seule lecture. J’avais conservĂ© l’habitude d’aller Ă  la messe autant que je le pouvais, ce qui Ă©tait pour moi une consolation.”

Son Ă©tat ne cesse d’empirer. En 1875, le docteur Bucquoy, membre de l’AcadĂ©mie de mĂ©dĂ©cine, mĂ©decin de l’ArchevĂŞque de Paris, constate que la pĂ©ritonite n’est pas guĂ©rie et diagnostique une tumeur abdominale, grosse comme une orange, ainsi qu’une tuberculose pulmonaire. Il lui interdit de continuer Ă  travailler et ne laisse guère d’espoir de guĂ©rison. Après avoir Ă©tĂ© soignĂ©e Ă  Paris, grâce Ă  la bienveillance de la comtesse de La Rochefoucauld, Estelle est de retour au château de Pouriers. Le docteur Bernard, mĂ©decin de Buzançais, lui rend alors visite en septembre 1875 et se montre très pessimiste.

Le soir mĂŞme de ce mois de septembre 1875, Ă©crira Estelle, Ă©tant toute seule, je sentais que j’Ă©tais abandonnĂ©e de tous, parce que tout le monde Ă©tait fatiguĂ© de moi et de mes maladies. Alors, dans la nuit, je me suis recommandĂ©e de la Sainte Vierge et je pris la rĂ©solution de faire une demande Ă  la Sainte Vierge, ce que je fis cette nuit mĂŞme.”

Estelle prend un papier et un crayon pour Ă©crire Ă  la Vierge Marie. Le lendemain, elle la fait dĂ©poser dans une petite grotte, reproduisant celle des apparitions Ă  Lourdes, qui se trouve dans le parc du château. Estelle y implore le secours de la Vierge, demandant Ă  ĂŞtre guĂ©rie : “Accordez-moi donc, de votre divin Fils, la santĂ© de mon pauvre corps pour sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents : vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’oeuvre que j’ai commencĂ©e ? Si vous ne pouvez, Ă  cause de mes pĂ©chĂ©s, m’obtenir une entière guĂ©rison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle des parents (…). J’ai confiance en vous, ma bonne Mère ; si vous voulez, votre Fils peut me guĂ©rir.” Son Ă©tat de santĂ© s’aggrave.

En dĂ©cembre 1875, on lui administre l’extrĂŞme-onction.
Le 20 janvier 1876, la comtesse de la Rochefoucauld la fait transporter dans une maison qu’elle a dans le bourg de Pellevoisin, et les parents d’Estelle y emmĂ©nagent Ă©galement. On la tient pour mourante.

Le 14 fĂ©vrier, au soir, le docteur Hubert, un nouveau mĂ©decin appelĂ© Ă  son chevet, estime qu’il n’y a plus de soins Ă  donner. Elle n’en a plus que pour quelques heures. C’est cette nuit-lĂ , alors qu’elle est veillĂ©e par son père et une femme de la rĂ©gion, qu’elle bĂ©nĂ©ficie d’une 1ère apparition.

5 apparitions vont se dérouler 5 nuits de suite.
Fait Ă  remarquer, le diable “horrible et grimaçant” est d’abord prĂ©sent avant les 1ères apparitions mariales, mais recule et disparaĂ®t dĂ©finitivement lors de la 5ème nuit. Il prend la fuite lors de chaque manifestation de la Vierge. Le message commun de ces 5 premières apparitions porte sur la promesse de guĂ©rison de la malade.  La description est indiquĂ©e, comme suit : “La Vierge avait un voile de laine bien blanc qui formait 3 plis. Je ne pourrais jamais assez ce qu’elle Ă©tait belle ! Ses traits Ă©taient rĂ©guliers, son teint blanc et rose, plutĂ´t un peu pâle.”

La 1ère nuit, la Vierge déclare :

Courage, prends patience : mon Fils va se laisser toucher.
Tu souffriras encore 5 jours, en l’honneur des 5 plaies de mon Fils.
Samedi, tu seras morte ou guérie

Le sort d’Estelle demeure donc incertain.
La 2nde nuit, l’annonce est cependant plus prĂ©cise :

Cette fois, mon Fils s’est laissĂ© attendrir,
il te laisse la vie ; tu seras guérie samedi

Lors de la 3ème nuit, la Vierge exhorte au courage.
Lors de la 4ème , elle rassure :

Ne crains rien, tu es ma fille ;
mon Fils est touché de ta résignation

Peu après la 5ème apparition, Ă  la première heure du samedi 19 fĂ©vrier 1876, la guĂ©rison miraculeuse a lieu alors qu’Estelle dit le chapelet.
Elle ressent d’ultimes douleurs, portĂ©es Ă  leur maximum, puis un soudain soulagement : “A ce moment, après que la Vierge eut disparu, je souffrais horriblement ; mon coeur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de la poitrine. L’estomac et le ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir. Je me souviens très bien que je tenais mon chapelet Ă  la main gauche ; il m’Ă©tait impossible de soulever la droite. J’offris mes souffrances au bon Dieu ; je ne savais pas que c’Ă©taient les dernières de cette maladie-lĂ . Après un moment de repos, je me sentais bien. Je demandais l’heure, il Ă©tait minuit et demi. Je me sentais guĂ©rie, exceptĂ© mon bras droit, dont je n’ai pu me servir qu’après avoir reçu le bon Dieu.”

Le matin, lorsque le curĂ© du village lui apporte la communion. Estelle se dĂ©clare guĂ©rie. Elle se lève et mange avec appĂ©tit. Peu après, le mĂ©decin constate qu’elle ne porte plus aucune trace des maux l’ayant atteinte. Les autres mĂ©decins, qui l’avaient traitĂ©e auparavant, arrivent Ă  la mĂŞme conclusion.

De nouvelles apparitions se manifestent les 1er, 2 et 3 juillet, en fin de soirée. La Vierge apparaît les bras tendus, faisant tomber de ses mains une pluie de bénédictions. Dans le fond clair, on distingue nettement une guirlande de roses.
Le 2 juillet, elle dit Ă  Estelle :

Tu as déjà publié ma gloire.
Continue.
Mon Fils a aussi quelques âmes plus attachées.
Son coeur a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes.
Par moi, il touchera les coeurs les plus durs.

Je suis venue particulièrement pour la conversion des pècheurs

Une 3ème et dernière phase est constituée de 7 apparitions, sur 3 mois : 9, 10 et 15 septembre, 1, 5 et 11 novembre, 8 décembre.
L’Ă©lĂ©ment central porte sur la rĂ©vĂ©lation du scapulaire du SacrĂ©-Coeur, qui intervient le 9 septembre, lors de la neuvième apparition. La Vierge, Ă  la fin de cette apparition, montre un scapulaire du SacrĂ©-Coeur et dit Ă  Estelle :

J’aime cette dĂ©votion.
Je t’ai choisie pour publier ma gloire et rĂ©pandre cette dĂ©votion, lui confie la Vierge le 8 dĂ©cembre

Description du scapulaire : il y avait aux 4 coins, des boutons de rose d’or ; dans le haut, il y avait un coeur d’or enflammĂ© avec une couronne de roses, transpercĂ© d’un glaive. Voici ce qu’il y avait d’Ă©crit : “J’ai invoquĂ© Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guĂ©rison entière.”

La Vierge Marie se penche vers elle et lui donne à baiser le scapulaire et les moyens de le répandre :

Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait.
Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agrĂ©able que de voir cette livrĂ©e sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous Ă  rĂ©parer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour.

Elle montre la portée de la dévotion du scapulaire :

Voici les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance

Estelle Ă©crira de son cĂ´tĂ© : “En disant ceci, la Sainte Vierge Ă©tendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir des grâces Ă©crites telles que : pitiĂ©, salut, confiance, conversion, santĂ© ; en un mot toutes sortes de grâces plus ou moins fortes”. La Sainte Vierge ajoute :

Ces grâces sont de mon Fils ; je les prends dans son Coeur ; il ne peut me les refuser

Le scapulaire que montre la Vierge ne porte qu’un SacrĂ©-Coeur sur une face. Estelle demande ce qu’il faut mettre sur l’autre cĂ´tĂ©. La Vierge lui rĂ©pond :

Je le rĂ©serve pour moi ; tu soumettras ta pensĂ©e, et l’Eglise dĂ©cidera

Lors de la 11ème apparition, le 15 septembre, la Vierge parle de l’Eglise et de la France :

Dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je dĂ©sire. Et la France ! Que n’ai-je fait pour elle !  Que d’avertissement, et pourtant elle refuse de m’entendre ! Je ne peux plus retenir mon Fils. La France souffrira…

Suite Ă  la guĂ©rison miraculeuse du 19 fĂ©vrier 1876, le curĂ© de Pellevoisin adresse un rĂ©cit dĂ©taillĂ© de l’affaire Ă  l’archevĂŞque de Bourges. Monseigneur de la Tour d’Auvergne. Il reçoit mĂŞme Estelle Faguette le 8 dĂ©cembre et institue, le 13 janvier 1877, une Commission d’enquĂŞte. Les mĂ©decins et les personnes, ayant soignĂ© Estelle, sont interrogĂ©s. La Commission rend des conclusions favorables au caractère miraculeux de la guĂ©rison. Monseigneur de la Touche se rend Ă  Rome et soumet au pape Pie IX le projet d’une confrĂ©rie. Pie IX bĂ©nit le projet. Monseigneur de la Tour d’Auvergne autorise, le 28 juillet suivant :

la crĂ©ation d’une “ConfrĂ©rie en l’honneur de Notre Dame de Pellevoisin, sous le titre de Mère toute MisĂ©ricordieuse ainsi que le port du scapulaire du SacrĂ©-Coeur, dont Estelle a eu la rĂ©vĂ©lation lors de la 9ème apparition

Le 5 dĂ©cembre 1878, Monseigneur de la Tour d’Auvergne ordonne une seconde enquĂŞte portant cette fois sur les apparitions. Si, encore aujourd’hui, ces dernières ne sont pas officiellement reconnues par l’Eglise, sans ĂŞtre pour cela rejetĂ©es, on remarquera que la guĂ©rison est dĂ©sormais canoniquement dĂ©finie comme miraculeuse. Monseigneur Vignancourt, archevĂŞque de Bourges en 1983, a soin de prĂ©ciser que “ce miracle” a Ă©tĂ© obtenu par l’intercession de Marie, Mère de MisĂ©ricorde”. La Commission mĂ©dicale a conclu que la guĂ©rison avait bien Ă©tĂ© “soudaine, totale et durable”.

Fatima
Notre Dame de Lourdes
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