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chapelet

19 mars – fête de Saint Joseph

QUE SAINT JOSEPH NOUS BÉNISSE AINSI QUE TOUTES NOS FAMILLES !

Seigneur, ta divine Providence a choisi Saint Joseph pour être l’époux de ta sainte Mère. Fais qu’en nous mettant ici-bas sous sa protection, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel. Toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint-Esprit, Dieu pour les siècles des siècles.

« C’était un juste » selon l’évangile de saint Matthieu, chapitre 1, verset 19.

Les évangélistes ne nous ont conservé aucune parole de ce « juste », le charpentier de Nazareth en Galilée, fiancé de Marie, la Mère de Dieu, époux aussi discret que fidèle et chaste. Père nourricier et éducateur de Dieu le Fils, devenu homme parmi les hommes de ce village, il le fait tout simplement.

L’ange lui avait dit: « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse. » et Joseph prit chez lui Marie son épouse.
L’ange lui avait dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère » et Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère et s’enfuit en Egypte.

Il est un vrai fils d’Abraham : il croit et fait ce que Dieu lui dit. Lorsque Jésus disparaît pendant trois jours lors du pèlerinage à Jérusalem, Joseph accompagne la quête de Marie : « Ton père et moi nous te cherchions. » Et Jésus, redescend à Nazareth, soumis à celui qui, sur terre, a autorité paternelle sur lui. Dieu savait à qui il confiait son Fils unique et sa Mère, à celui qui était l’homme le plus capable au monde d’être la parfaite image du Père.

Sa fête

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident.

La fête de Saint Joseph se place au 19 mars, et elle était très suivie par les artisans (il était charpentier) puis par les ouvriers – Saint Joseph voit son culte prendre de l’ampleur dès le XVIe siècle ; – en 1621 le pape Grégoire XV éleva la fête du de Saint Joseph le 19 mars au rang de fête d’obligation ; – en 1642 le pape Urbain VIII confirma à son tour le rang de cette fête ; – en 1661, après l’apparition et le miracle de la source de Cotignac, Mgr Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte ; – cette même année 1661 le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille à la suite des apparitions de Cotignac ; Le 8 décembre 1870 le pape Pie IX déclara officiellement Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle, et fit du 19 mars une fête solennelle ; – en 1889, le pape Léon XIII démontra comment Saint Joseph est le modèle des pères de famille et des travailleurs, et lui décerna officiellement le titre de « saint patron des pères de famille et des travailleurs », titre que la piété populaire lui avait déjà décerné depuis des siècles ; – en 1955 le pape Pie XII reprit bien volontiers le principe de la fête du travail en instituant la solennité de Saint Joseph artisan et en la fixant au 1er mai de chaque année ; Saint Joseph est ainsi l’un des saints que l’on fête deux fois dans l’année (19 mars et 1er mai) ; – le pape Jean XXIII a ajouté son nom au canon de la Messe.

Marthe Robin, la stigmatisée de Châteauneuf-de-Galaure, vénérable et dont la cause de béatification est introduite, a dit un jour à propos de saint Joseph cette parole : « L’Eglise va le redécouvrir ! »

Célébration de la fête de Saint Joseph à Nazareth

Le 19 mars 2018, l’Église célèbre Saint Joseph, époux de la Vierge Marie et patron de l’Église. Nous avons suivi les célébrations à Nazareth, la terre de ce saint. Des centaines de pèlerins et de chrétiens locaux ont célébré la fête de Saint Joseph à Nazareth, là où le saint a vécu :  http://custodia.org/default.asp?id=779&id_n=46310

Lourdes sous la neige – Chapelet du 19 mars 2018

Litanies de Saint Joseph

Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, écoute-nous.
Jésus-Christ, exauce-nous.

Père du Ciel, qui es Dieu, ayez pitié de nous
Fils, Rédempteur du monde, qui es Dieu,ayez pitié de nous
Esprit Saint, qui es Dieu, écoutez-nous
Trinité Sainte, qui es un seul Dieu, exaucez-nous

Sainte Marie, priez pour nous
Saint Joseph, priez pour nous…
Honneur de la famille de David,
Gloire des Patriarches,
Epoux de la Mère de Dieu,
Chaste gardien de la Vierge,
Nourricier du Fils de Dieu,
Vigilant défenseur du Christ,
Chef de la Sainte Famille,
Joseph très juste,
Joseph très chaste,
Joseph très prudent,
Joseph très courageux,
Joseph très obéissant,
Joseph très fidèle,
Merveille de patience,
Ami de la pauvreté,
Modèle des travailleurs,
Honneur de la vie de foyer,
Gardien des vierges,
Soutien de familles,
Consolation des malheureux,
Espérance des malades,
Patron des mourants,
Terreur des démons,
Protecteur de la Sainte Eglise,

Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur
Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, exaucez-nous Seigneur
Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, ayez pitié de nous

Il l’a établi maître de sa maison, Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, écoute-nous.
Jésus-Christ, exauce-nous.
pardonne-nous, Seigneur
exauce-nous, Seigneur
prends pitié de nous

Pellevoisin

Estelle Faguette et sa famille n’ont cessé d’accumuler les malheurs.

Le père possède des carrières de craie et une auberge, près de Châlons-sur-Marne. A la suite d’une mauvaise gestion, dont il n’est pas directement responsable, il se trouve ruiné. Pour faire vivre sa famille, il accepte un emploi de concierge puis, avec sa famille, il tente sa chance à Paris, où il ne trouve du travail qu’au jour le jour.

C’est à Paris, à l’âge de 15 ans, qu’Estelle commence à tomber malade. Elle entre néanmoins comme novice chez les Augustines Hospitalières, qui occupent l’Hôtel-Dieu. Une chute la laisse handicapée du genou et la rend inapte aux tâches hospitalières. Elle doit quitter le couvent, en 1863, avant d’avoir prononcé ses voeux. La comtesse de La Rochefoucauld l’accepte chez elle comme couturière pour l’aider. Estelle s’installe alors au château de Pouriers (aujourd’hui de Montbel), à Pellevoisin, en plein coeur du Berry. C’est là qu’elle est atteinte d’une péritonite aigüe, qui mal soignée, s’ajoute aux douleurs liées au genou déformé.

La comtesse de La Rochefoucauld la garde tout de même chez elle, les gages servant à faire vivre ses parents, également installés à Pellevoisin. “Tout en faisant mon service, racontera Estelle, je souffrais énormément. Je disais mon chapelet chaque jour, je lisais un peu l’Imitation de Jésus-Christ, c’était ma seule lecture. J’avais conservé l’habitude d’aller à la messe autant que je le pouvais, ce qui était pour moi une consolation.”

Son état ne cesse d’empirer. En 1875, le docteur Bucquoy, membre de l’Académie de médécine, médecin de l’Archevêque de Paris, constate que la péritonite n’est pas guérie et diagnostique une tumeur abdominale, grosse comme une orange, ainsi qu’une tuberculose pulmonaire. Il lui interdit de continuer à travailler et ne laisse guère d’espoir de guérison. Après avoir été soignée à Paris, grâce à la bienveillance de la comtesse de La Rochefoucauld, Estelle est de retour au château de Pouriers. Le docteur Bernard, médecin de Buzançais, lui rend alors visite en septembre 1875 et se montre très pessimiste.

Le soir même de ce mois de septembre 1875, écrira Estelle, étant toute seule, je sentais que j’étais abandonnée de tous, parce que tout le monde était fatigué de moi et de mes maladies. Alors, dans la nuit, je me suis recommandée de la Sainte Vierge et je pris la résolution de faire une demande à la Sainte Vierge, ce que je fis cette nuit même.”

Estelle prend un papier et un crayon pour écrire à la Vierge Marie. Le lendemain, elle la fait déposer dans une petite grotte, reproduisant celle des apparitions à Lourdes, qui se trouve dans le parc du château. Estelle y implore le secours de la Vierge, demandant à être guérie : “Accordez-moi donc, de votre divin Fils, la santé de mon pauvre corps pour sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents : vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’oeuvre que j’ai commencée ? Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle des parents (…). J’ai confiance en vous, ma bonne Mère ; si vous voulez, votre Fils peut me guérir.” Son état de santé s’aggrave.

En décembre 1875, on lui administre l’extrême-onction.
Le 20 janvier 1876, la comtesse de la Rochefoucauld la fait transporter dans une maison qu’elle a dans le bourg de Pellevoisin, et les parents d’Estelle y emménagent également. On la tient pour mourante.

Le 14 février, au soir, le docteur Hubert, un nouveau médecin appelé à son chevet, estime qu’il n’y a plus de soins à donner. Elle n’en a plus que pour quelques heures. C’est cette nuit-là, alors qu’elle est veillée par son père et une femme de la région, qu’elle bénéficie d’une 1ère apparition.

5 apparitions vont se dérouler 5 nuits de suite.
Fait à remarquer, le diable “horrible et grimaçant” est d’abord présent avant les 1ères apparitions mariales, mais recule et disparaît définitivement lors de la 5ème nuit. Il prend la fuite lors de chaque manifestation de la Vierge. Le message commun de ces 5 premières apparitions porte sur la promesse de guérison de la malade.  La description est indiquée, comme suit : “La Vierge avait un voile de laine bien blanc qui formait 3 plis. Je ne pourrais jamais assez ce qu’elle était belle ! Ses traits étaient réguliers, son teint blanc et rose, plutôt un peu pâle.”

La 1ère nuit, la Vierge déclare :

Courage, prends patience : mon Fils va se laisser toucher.
Tu souffriras encore 5 jours, en l’honneur des 5 plaies de mon Fils.
Samedi, tu seras morte ou guérie

Le sort d’Estelle demeure donc incertain.
La 2nde nuit, l’annonce est cependant plus précise :

Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir,
il te laisse la vie ; tu seras guérie samedi

Lors de la 3ème nuit, la Vierge exhorte au courage.
Lors de la 4ème , elle rassure :

Ne crains rien, tu es ma fille ;
mon Fils est touché de ta résignation

Peu après la 5ème apparition, à la première heure du samedi 19 février 1876, la guérison miraculeuse a lieu alors qu’Estelle dit le chapelet.
Elle ressent d’ultimes douleurs, portées à leur maximum, puis un soudain soulagement : “A ce moment, après que la Vierge eut disparu, je souffrais horriblement ; mon coeur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de la poitrine. L’estomac et le ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir. Je me souviens très bien que je tenais mon chapelet à la main gauche ; il m’était impossible de soulever la droite. J’offris mes souffrances au bon Dieu ; je ne savais pas que c’étaient les dernières de cette maladie-là. Après un moment de repos, je me sentais bien. Je demandais l’heure, il était minuit et demi. Je me sentais guérie, excepté mon bras droit, dont je n’ai pu me servir qu’après avoir reçu le bon Dieu.”

Le matin, lorsque le curé du village lui apporte la communion. Estelle se déclare guérie. Elle se lève et mange avec appétit. Peu après, le médecin constate qu’elle ne porte plus aucune trace des maux l’ayant atteinte. Les autres médecins, qui l’avaient traitée auparavant, arrivent à la même conclusion.

De nouvelles apparitions se manifestent les 1er, 2 et 3 juillet, en fin de soirée. La Vierge apparaît les bras tendus, faisant tomber de ses mains une pluie de bénédictions. Dans le fond clair, on distingue nettement une guirlande de roses.
Le 2 juillet, elle dit à Estelle :

Tu as déjà publié ma gloire.
Continue.
Mon Fils a aussi quelques âmes plus attachées.
Son coeur a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes.
Par moi, il touchera les coeurs les plus durs.

Je suis venue particulièrement pour la conversion des pècheurs

Une 3ème et dernière phase est constituée de 7 apparitions, sur 3 mois : 9, 10 et 15 septembre, 1, 5 et 11 novembre, 8 décembre.
L’élément central porte sur la révélation du scapulaire du Sacré-Coeur, qui intervient le 9 septembre, lors de la neuvième apparition. La Vierge, à la fin de cette apparition, montre un scapulaire du Sacré-Coeur et dit à Estelle :

J’aime cette dévotion.
Je t’ai choisie pour publier ma gloire et répandre cette dévotion, lui confie la Vierge le 8 décembre

Description du scapulaire : il y avait aux 4 coins, des boutons de rose d’or ; dans le haut, il y avait un coeur d’or enflammé avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive. Voici ce qu’il y avait d’écrit : “J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière.”

La Vierge Marie se penche vers elle et lui donne à baiser le scapulaire et les moyens de le répandre :

Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait.
Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour.

Elle montre la portée de la dévotion du scapulaire :

Voici les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance

Estelle écrira de son côté : “En disant ceci, la Sainte Vierge étendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir des grâces écrites telles que : pitié, salut, confiance, conversion, santé ; en un mot toutes sortes de grâces plus ou moins fortes”. La Sainte Vierge ajoute :

Ces grâces sont de mon Fils ; je les prends dans son Coeur ; il ne peut me les refuser

Le scapulaire que montre la Vierge ne porte qu’un Sacré-Coeur sur une face. Estelle demande ce qu’il faut mettre sur l’autre côté. La Vierge lui répond :

Je le réserve pour moi ; tu soumettras ta pensée, et l’Eglise décidera

Lors de la 11ème apparition, le 15 septembre, la Vierge parle de l’Eglise et de la France :

Dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je désire. Et la France ! Que n’ai-je fait pour elle !  Que d’avertissement, et pourtant elle refuse de m’entendre ! Je ne peux plus retenir mon Fils. La France souffrira…

Suite à la guérison miraculeuse du 19 février 1876, le curé de Pellevoisin adresse un récit détaillé de l’affaire à l’archevêque de Bourges. Monseigneur de la Tour d’Auvergne. Il reçoit même Estelle Faguette le 8 décembre et institue, le 13 janvier 1877, une Commission d’enquête. Les médecins et les personnes, ayant soigné Estelle, sont interrogés. La Commission rend des conclusions favorables au caractère miraculeux de la guérison. Monseigneur de la Touche se rend à Rome et soumet au pape Pie IX le projet d’une confrérie. Pie IX bénit le projet. Monseigneur de la Tour d’Auvergne autorise, le 28 juillet suivant :

la création d’une “Confrérie en l’honneur de Notre Dame de Pellevoisin, sous le titre de Mère toute Miséricordieuse ainsi que le port du scapulaire du Sacré-Coeur, dont Estelle a eu la révélation lors de la 9ème apparition

Le 5 décembre 1878, Monseigneur de la Tour d’Auvergne ordonne une seconde enquête portant cette fois sur les apparitions. Si, encore aujourd’hui, ces dernières ne sont pas officiellement reconnues par l’Eglise, sans être pour cela rejetées, on remarquera que la guérison est désormais canoniquement définie comme miraculeuse. Monseigneur Vignancourt, archevêque de Bourges en 1983, a soin de préciser que “ce miracle” a été obtenu par l’intercession de Marie, Mère de Miséricorde”. La Commission médicale a conclu que la guérison avait bien été “soudaine, totale et durable”.

Saint Bauzille de la Sylve

Ce petit village, situé à 45 km au sud de Béziers, se trouve en Languedoc. L’arrivée du chemin de fer a favorisé l’essor de la viticulture, en facilitant l’exportation des productions. Le pays s’est enrichi, mais cette prospérité matérielle a également provoqué un relâchement de la pratique religieuse et une augmentation de l’alcoolisme. Puis le phylloxéra, cette grave maladie de la vigne, menace le Languedoc en 1873.

Le dimanche 8 juin 1873, vers 7 heures, alors qu’Auguste Arnaud, ouvrier vigneron, s’occupe de ses vignes, il voit apparaître à 1,50 m du sol, un personnage dans une nuée lumineuse. C’est une femme de taille moyenne, toute de blanc vêtue. Elle porte une ceinture frangée, sa tête est surmontée d’une couronne haute, semblable à la mitre d’un évêque. Un grand voile blanc, partant du sommet de la couronne l’enveloppe de toutes parts jusqu’aux pieds, couvrant même les mains, croisées sur la poitrine. Tous ces divers ornements sont d’une éclatante blancheur. Sa figure est belle, calme, sans exprimer ni joie ni tristesse. Elle se retrouve noyée dans une atmosphère lumineuse. N’en croyant pas ses yeux, Auguste questionne l’apparition : “Qui êtes-vous ?”

Je suis la Sainte Vierge. N’ayez pas peur.
Vous avez la maladie de la vigne.
Vous avez abandonné Saint Bauzille. Il faut faire sa fête le jour où elle tombe. Jeudi, il faudra aller à Saint Antoine, la chapelle d’un ancien ermitage sur la colline qui domine le village, en procession et y dire la messe. D’aujourd’hui en quinze, il faut aller en procession à Notre-Dame, tout le canton de Gignac, Montpellier et Lodève en ville.
Il vous faut placer une nouvelle croix et changer l’autre. Vous placerez une croix chargée d’une Vierge au fond de votre vigne, et y ferez procession chaque année.
Allez dire cela à votre père et au curé de suite.
Dans un mois, je viendrai vous remercier.

La Vierge disparaît ensuite. Auguste va raconter l’évènement à son père et, ensemble, ils se rendent chez le curé du village, qui les écoute mais n’y accorde pas foi. Il lui semble impossible que la Vierge apparaisse à un homme qui profane le jour du Seigneur en ne respectant pas le repos dominical. Auguste désire cependant accomplir les demandes de la Vierge. Le lendemain même de l’apparition, il dresse une croix de bois provisoire dans sa vigne, que le curé refuse de bénir.

Le jeudi 12 juin, accompagné de membres de sa famille, il accomplit le pélerinage à l’ermitage Saint Antoine.
Le dimanche suivant, il fait de même au sanctuaire Notre Dame de Grâce, à Gignac.
Rassemblant ses économies, il participe à l’édification d’une croix de fer, dorée et argentée, pour remplacer celle en bois.

Tous ces faits ne passent pas inaperçus dans le village. Auguste Arnaud ne cache pas avoir eu une apparition de la Vierge. Excepté une minorité de sceptiques, libres penseurs ou anticléricaux, la majorité des braves gens croit au récit d’Auguste. On écarte la possibilité d’une hallucination : l’homme est trop calme et pondéré pour être la victime de ses sens. La vie passée  du vigneron plaide en faveur de la réalité des faits.

A la date prescrite, le 8 juin, Auguste va à a vigne à 4 h 30 du matin et se met au travail. Plusieurs centaines de personnes des environs se trouvent également sur les lieux, dans l’attente de l’apparition promise. Vers 7 h 30, tout à coup, Auguste laisse échapper sa pioche. Il est droit, la tête levée, les yeux ouverts, fixés vers le ciel, sa main droite saisit énergiquement son chapeau et le jette à terre. Ses 2 bras s’élèvent en l’air, son visage est devenu pâle, très pâle, ses mains semblent démesurément allongées, ses yeux n’éprouvent aucun mouvement des paupières, comme fixés par l’apparition qui l’attire.

Auguste fera la déposition suivante : “Tout à coup, à 2 m devant moi, j’aperçus de nouveau la même personne de la 1ère apparition. A peine l’eus-je vue que, rapide comme l’éclair, elle fut sur la Croix. Je me trouvais toujours devant elle à la même distance de 2 m. Je ne sais, je ne puis comprendre comment je me suis trouvé là, ni comment j’ai parcouru la distance qui me séparait du lieu où j’étais d’abord, de la Croix au pied de laquelle je me suis ensuite trouvé.”

Si les témoins n’ont rien vu de l’apparition, en revanche ils ont tous constaté ce déplacement prodigieux, inexplicable. L’un d’eux fera la déposition suivante : “Il est emporté avec une rapidité effrayante vers la Croix… directement en ligne droite, à travers les souches et les ceps qui étaient alors dans toute leur vigueur, enlacés les uns dans les autres.”

Auguste Arnaud ajoute : “La Sainte Vierge avait les mêmes traits et la même expression que la 1ère fois ; ses vêtements étaient de même forme, mais de couleur d’or, et paraissaient encadrés, dans une atmosphère lumineuse de quelques centimètres de large. Sa figure était pleine de clarté. Les mains, croisées sur la poitrine et sous le voile, étaient entourées d’une chapelet toujours de couleur d’or.”

D’après les témoins, Auguste est plongé dans une profonde contemplation durant une dizaine de minutes. Puis la Vierge délivre un ultime message :

Il ne faut pas travailler le dimanche.
Heureux celui qui croira, malheureux celui qui ne croira pas.
Il faut aller à Notre-Dame-de-Gignac en procession.
Vous serez heureux avec toute la famille.

Puis, la Sainte Vierge fait glisser le chapelet sur la main gauche et de la droite elle donne la bénédiction à la foule comme font les prêtres à la fin de la messe en disant :

Que l’on chante des cantiques.

Et elle disparait de la même manière que la 1ère fois.
L’évènement fait grand bruit dans toute la région. La vigne d’Auguste devient un lieu de pèlerinage. Des guérisons miraculeuses de malades s’y produisent. Le curé du village, l’abbé Coste, reste cependant réservé. Il n’ose pas communiquer à l’évêque du diocèse, Monseigneur Le Courtier, un rapport de l’évènement. Il sait que ce dernier s’exprime parfois en “vrai voltairien” et ne croit pas aux apparitions de La Salette. L’abbé Coste se contente d’organiser, l’année suivante, de grands pèlerinages à Saint-Antoine et à Notre-Dame-de-Grâce à Gignac. Il fait ériger les croix demandées.

Un nouvel évêque, Monseigneur de Cabrières, prend les choses en mains. En février 1875, il se rend à Saint Bauzille, s’entretient longuement avec Auguste Arnaud, visite les lieux de l’apparition et décide de nommer une commission d’enquête, afin d’étudier l’évènement. En 1879, il autorise finalement la construction d’une chapelle. Il vient lui-même célébrer la messe dans le nouveau sanctuaire, où la Vierge est invoquée sous le vocable “Notre Dame du Dimanche”.

Lourdes

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 à Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins échelonnés à quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le château fort de Lourdes et les collines couvertes de prés et de bois qui s’élèvent vers Bartrès – lire la suite…

Le jeudi 11 février 1858, Bernadette, sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum s’en vont ramasser du bois mort, malgré le froid. Elles quittent la rue des Petits Fossés et franchissent le Pont Vieux afin de prendre le chemin de la forêt, de suivre le sentier couvert de ronces et de pierres. Elles s’engagent dans l’île du Moulin de Savy, et franchissent la passerelle. Mais les meuniers qui se réservent le bois autour de chez eux, se fâchent.

Les 3 filles décident d’aller du côté de Massabielle, là où le canal du Moulin rejoint le Gave. A cet endroit, le bois est à tout le monde. A leur gauche, de l’autre côté du canal, se dresse la grotte de Massabielle au bas d’une falaise. Bernadette la voit pour la 1ère fois. Jeanne et Toinette retroussent leurs jupes et traversent en pataugeant dans l’eau glacée. Bernadette qui redoute d’attraper froid et de se voir saisie par une crise d’asthme, décide de rester sur la rive. Elle cherche un passage pour franchir l’étroit canal. Mais les pierres sont trop éloignées les unes des autres.

“Aidez-moi à jeter des pierres dans l’eau, que je passe !” supplie Bernadette
“Passe comme nous”, crie Jeanne

Alors, malgré les consignes de sa mère, Bernadette commence à se déchausser. “A peine si j’avais ôté le 1er bas, j’entendis un bruit comme si c’eût été un coup de vent…” racontera-t-elle. Bernadette ignore les Actes des Apôtres et le coup de vent de la Pentecôte. Elle tourne la tête derrière elle, vers les peupliers de la prairie qui ne bougent pas. Elle continue donc à se déchausser. Nouveau “coup de vent”. Et c’est alors qu’elle perçoit, devant elle, dans la niche de la grotte, à 3 mètres au-dessus du sol, une douce lumière, comme celle du soleil sous la pluie, au sombre creux de ce versant nord. Et, dans cette lumière, un sourire : une merveille Dame blanche lui fait signe d’approcher, Bernadette tombe à genoux, son chapelet à la main. D’abord, c’est la crainte qui paraît sur son visage puis, lentement, l’extase. Ses compagnons la découvrent agenouillée, immobile, le regard fixe, souriante, très pâle et comme irradiée d’une totale béatitude.

“Je mis la main à la poche, racontera Bernadette Soubirous, j’y trouvais le chapelet. Je voulais faire le signe de croix…, mais je ne pus porter la main jusqu’au front. Elle m’est tombée. Le saisissement s’empara plus fort que moi ; ma main tremblait. La vision fit un signe de la croix, le grand saisissement que j’éprouvais disparut. Je me mis à genoux et je dis mon chapelet en présence de cette belle Dame. La vision faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les lèvres. Quand j’eus fini mon chapelet, elle me fit signe d’approcher. Mais je n’ai pas osé. Alors “Cela” a disparu.

“Cela” ! Aquerô, en patois de Lourdes, Bernadette désigne ainsi l’apparition, par respect, par prudence également. Elle ne sait pas qui c’est.

Saisie, Toinette s’écrie : “Regarde ! Bernadette est toute blanche ! Elle est peut-être morte ?
Jeanne hausse les épaules : “Si elle était morte, elle serait couchée”
Bernadette paraît se réveiller. Elle se relève lentement et sourit aux 2 filles qui l’observent avec inquiétude, puis les interroge : “Vous n’avez rien vu ?”
“Je vois que tu n’as rien ramassé”, grogne Jeanne

Alors, Bernadette se met joyeusement à ramasser les branches mortes. Elle paraît extraordinairement heureuse, comme si une ivresse légère la transportait. Les 2 compagnes ont deviné quelque chose. Bernadette voudrait garder pour elle ce beau secret inexprimable. Sur le chemin du retour, Toinette arrache à Bernadette un lambeau de son secret en lui promettant de n’en souffler mot à personne. Mais, le soir même, Toinette raconte tout à sa mère. La mère questionne. Il en résulte une bonne correction pour les 2 soeurs.

“Il ne faudra plus retourner à cette grotte !”

Le 14 février, pourtant, à la sortie de la messe, les filles de la classe indigente, dévorées de curiosité, décident d’aller à la grotte. L’équipée ne sera pas glorieuse. Jeanne Baloum, vexée que Bernadette et le groupe de tête ne l’aient pas attendue, leur joue un vilain tour. Du rocher abrupt que la grotte troue à la base, elle fait tomber une grosse pierre au milieu du groupe. Heureusement, personne n’est touché et la pierre termine sa course dans le Gave. C’est la panique chez les filles, déjà effrayées par la pâleur de Bernadette en extase. Pour elles, c’est Aquerô qui leur tombe dessus. La plupart des gamines s’enfuient en poussant des cris perçants. Arrivées en ville, elles diront : “Bernadette est tombée morte à la grotte”.

Pendant ce temps, les plus courageuses tentent d’entraîner Bernadette, toujours agenouillée. Mais elle semble si lourde. Les femmes du moulin de Savy, accourues aux cris des fuyardes, ne parviennent pas à la faire bouger. Il faut toute la force du meunier Nicolau, habitué à porter des sacs de 100 kilos, pour la soulever. Encore le fait-il à grande peine, car il a le coeur touché de la voir souriante, les yeux levés, tandis qu’il l’entraîne de force jusqu’au moulin où cesse l’extase. Les gens accourent. La mère, Louise Soubirous, arrive avec un bâton et interdit définitivement à sa fille d’aller à la grotte.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans Lourdes. On ne parle que de “l’apparition”. Madame Milhet, pieuse bourgeoise assez sotte, chez qui Louise Soubirous fait le ménage, veut accompagner Bernadette à la grotte, pour voir. Madame Pailhason, une fort belle femme, patronne de la pâtisserie-salon de thé, gifle publiquement Bernadette qu’elle traîte de menteuse.

Les libres penseurs, rationalistes et voltairiens, se sont réunis au Café Français. Il y a là le commissaire de police Jacomet, le maire Lacade, l’avocat Du Fo, le poète Hyacinthe de Lafitte, le président du tribunal Pougot, le procureur impérial Vital-Dufour… Tout en jouant au billard et en sirotant une absinthe, ces messieurs discutent gravement de l’aspect politique de l’affaire “des apparitions”. Il ne fait aucun doute pour eux qu’elle sera exploitée par la clique des calotins et le parti royaliste. Ils sont persuadés que cette “gamine illuminée” est manoeuvrée en sous-main par les partisans des Bourbons !

Au cachot, le petit peuple défile : paysans, brassiers, ardoisiers et carriers apportent d’humbles présents à la “petiote qui a vu la Dame”. Ils demandent sa bénédiction, que Bernadette refuse avec humilité.

Accablée de sollicitations, de promesses et de mises en demeure, Louise Soubirous finit par accepter que sa fille se rende à Massabielle en compagnie de Madame Milhet. On ne peut rien refuser à son employeuse. Elle veut éclaircir l’affaire. Ne serait-ce pas une âme du purgatoire qui vient demander du secours ? Madame Milhet voudrait que “l’apparition” écrive ce qu’elle veut. Bernadette lui présentera plume et papier. Elle demande également à jeune couturière, Antoinette Peyret, la fille de l’huissier, de l’accompagner.

Au matin du jeudi 18 février, Bernadette marche vers la grotte, suivie par les 2 corpulentes bourgeoises armées d’un gros cierge et de quoi écrire. Comme toujours quand elle se rend à Massabielle, Bernadette avance d’un pas rapide, sans traces d’essoufflement. Par enchantement, son asthme semble avoir disparu. Les 2 femmes engoncées dans leur corset, peinent à suivre. Elles glissent et trébuchent. Parvenue à la 1ère grotte, Bernadette s’agenouille, sort son chapelet et commence à prier en silence.

C’est ainsi que la découvrent les 2 matrones qui arrivent hors d’haleine et les mains écorchées. Elles essaient de prier en épiant la petite visionnaire. Soudain, le visage de Bernadette irradie une lumière authentique. Elle pâlit et resplendit à la fois. Elle sourit, les yeux levés vers la niche du rocher. Emerveillée, elle murmure : “Elle y est !”

Commence la 3ème apparition, l’une des plus importantes. Les 2 bigotes se tordent le cou mais ne voient que la roche nue. Antoinette Peyret se saisit de l’encrier et du papier pour les donner à Bernadette.

“Demande-lui d’écrire son nom !”, souffle Madame Milhet

Docilement, Bernadette s’approche de la niche de la grotte. Les 2 femmes veulent la suivre, mais Bernadette fait signe de demeurer où elles sont. Elle tend la plume, l’encrier et la feuille de papier à Aquerô.

L’apparition rit et dit : “Ce n’est pas nécessaire” puis elle demande “Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant 15 jours ?”

Bernadette, confondue par la déférence de cette belle expression promet sans hésiter.
L’apparition poursuit par une promesse :

Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde,
mais dans l’autre.

Il n’y a aucune tristesse, ni aucun regret chez Bernadette qui accepte, sans révolte ni angoisse, de renoncer à sa part de bonheur terrestre. Déjà, elle sait qu’elle a été choisie pour un autre destin et un autre cheminement.

Madame Milhet enchaîne d’une voix pincée : “Demande à ta Dame si notre présence lui est désagréable”.
Bernadette se retourne vers la niche et pose la question sans qu’on l’entende, puis s’adresse aux 2 femmes : “Rien n’empêche que vous veniez !”.

Elles s’approchent et se remettent à genoux.
Mais, en fait, la vision a disparu en s’élevant dans la cavité où le halo de lumière s’est un instant prolongé.
Le rayonnement de Bernadette s’efface progressivement.

Sur le chemin du retour, les questions fusent :
“Et si c’était la Vierge ?” demande Madame Milhet

Bernadette reste silencieuse. Elle ne sait pas. Pourquoi la Sainte Vierge se dérangerait-elle pour une pauvre bergère ? Elle reste interdite et presque gênée par l’exquise politesse de la Dame. Elle n’en revient pas !

“Elle a bien dit : Voudriez-vous ?”, demande Madame Milhet.
Bernadette acquiesce. Madame Milhet décide de prendre Bernadette chez elle. Le mystère de cette enfant la passionne.

C’est donc de la maison de Madame Milhet que Bernadette, paisible et silencieuse, part le vendredi 19 février pour la 4ème apparition. Il devient difficile de le faire en secret. Les membres de la famille veulent s’y rendre également, dont Bernarde Castérot, la marraine, qui supporte mal le patronnage de Madame Milhet sur sa filleule.

Le 20 février, le groupe s’agrandit. 30 personnes sont témoins de l’extase silencieuse de Bernadette.

Le dimanche 21 février, 100 personnes remplissent la grotte jusqu’au bord du Gave. A son retour, Bernadette est interrogée sur ce qu’elle éprouve par l’abbé Peine, vicaire à Lourdes :

“Il me semble que je ne suis plus de ce monde, et lorsque la vision a disparu, je suis étonnée de m’y trouver à nouveau”.

Cette visite produit une grande impression sur le vicaire qui fait semblant de n’en rien paraître. A la sortie des Vêpres, le commissaire Jacomet fait saisir Bernadette “par le capuchon”. Cet homme intelligent et redouté, au regard imposant, l’interroge à la maison Cenac qu’il partage avec Jean-Baptiste Estrade, commis à cheval des Contributions indirectes. La jeune fille se défend bien, malgré son illetrisme. Elle répond brièvement à la question posée. Le commissaire essaie d’embrouiller Bernadette, qui remet les choses au point avec un candide étonnement.

Bernadette ne sait toujours pas qui est l’apparition. Elle dit toujours Aquerô.

Le commissaire fait promettre au père Soubirous, d’interdire à sa fille d’aller à la grotte.

Le lendemain, lundi 22 février, Bernadette tente d’obéir. Elle est déchirée intérieurement, car elle a promis à Aquerô d’y aller durant 15 jours. Elle se fait violence pour obéir. Elle y parvient à grand-peine, pendant la longue matinée de classe. Mais l’après-midi, sur le seuil de l’école, une force intérieure irrésistible la pousse à s’y rendre. L’apparition n’est pas au rendez-vous ce jour-là, et Bernadette en revient troublée. A sa détresse, ses parents comprennent que cette affaire la dépasse.

“On n’a pas le droit de l’empêcher !” s’écrie son père, approuvé par sa femme.

Le mardi 23 février, pour la 1ère fois, le cercle des spectateurs ne se limite pas à la basse classe, selon l’expression du commissaire Jacomet, mais s’étend aux bourgeois de la ville. Jean-Baptiste Estrade, venu en sceptique, repart bouleversé.

Le 24, Bernadette se rend sous la crevasse intérieure de la voûte, où l’apparition descend pour lui parler. L’extase de la voyante présente de curieuses alternances : les couleurs reviennent sur les joues, puis la pâleur y descend comme un voile. L’apparition lui parle. Bernadette écoute, fait des signes d’approbation et de dénégation.

Bernadette entend ce jour-là cette parole : “Allez baiser la terre, en pénitence pour la conversion des pêcheurs“. Aquerô répète également 3 fois ces mots :

Pénitence, pénitence, pénitence !

Le 25 février, on compte près de 500 personnes devant la grotte. Bernadette se livre à des exercices étranges. Elle monte à genoux sur le plan incliné qui s’élève jusqu’au fond de la grotte, baise la terre et creuse un petit trou. Elle prend de l’eau boueuse dans le creux de sa main, en boit et redescend le visage barbouillé de boue rougeâtre. Dans la foule, c’est la consternation. Bernadette vient de découvrit la source, dont personne ne soupçonnait l’existence. En y puisant, l’eau se clarifie, devient limpide.

Le jour de cette découverte, Bernadette doit subir l’interrogatoire du procureur impérial Vital-Dufour qui la questionne au début avec bienvaillance, puis tente de l’intimider. Sa description de l’apparition est la suivante : “L’apparition ressemble à la Sainte Vierge de la paroisse pour le visage et les vêtements… mais entourée de lumière et vivante. Elle est jeune.”

Les exercices pénitentiels se poursuivent les jours suivants, malgré les intimidations de la police et les menaces du procureur.

Durant l’apparition du 28, Bernadette se trouve devant une foule de 1 150 personnes. Le commandant Renault, chef d’escadron de gendarmerie, est venu en personne de Tarbes. C’est alors qu’elle subit l’interrogatoire agressif du juge Ribes.

Le même jour, le directeur de l’Ecole supérieure de Lourdes, Antoine Clarens, se rend au cachot pour y rencontrer Bernadette. Il a observé ses gestes à la grotte : marche à genoux, baisement de terre, ablution d’eau sale. Il entend persuader la jeune fille de ne plus y retourner. Il est vite désarmé par la paix et la sérénité qui transparaît du visage de la jeune fille. Elle n’a rien d’une hallucinée. Elle répond aux questions avec un naturel et une assurance qui ébranlent sa conviction première.

Parmi les observateurs assidus se trouve le docteur Dozous, jeune médecin à l’esprit ouvert et nullement sectaire qui se passionne, professionnellement, pour le “cas Bernadette”. Il sera l’un des premiers à reconnaître la réalité des guérisons et leur caractère inexprimable. C’est lui qui constatera que, lors d’une apparition, Bernadette se brûle la main pendant plus de 10 minutes sans manifester la moindre douleur. Bien au contraire : “Sur les lèvres de Bernadette, raconte le docteur Dozous, qui s’agitent parfois, persiste un sourire infiniment doux. Ses joues sont extrêmement pâles, cependant qu’une légère rougeur teinte à peine ses pommettes. L’oeil, élevé et bien ouvert, s’épuise en regards rayonnants, avides et enivrés. Pendant que Bernadette prie, autour d’elle, on a remarqué que la flamme passe au travers de ses doigts. On s’inquiète, on s’agite. Louise Soubirous et tante Bernarde, affolées, ne savent que faire. Quant à la tante Lucile, elle s’évanouit tout de bon ! Enfin, comme s’éveillant, Bernadette trace un large signe de croix. J’en profite pour lui examiner la paume, sans que Bernadette, surprise, retire sa main. Je ne constate aucune trace de brûlure.”

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical lire la suite

 

Le 2 mars, Bernadette se rend pour la 1ère fois au presbytère, car l’apparition lui a dit : “Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle.” Les dévotes, qui ont veillé toute la nuit pour avoir les bonnes places, informées du message dès la fin de l’apparition, se sont précipitées chez l’abbé Peyramale porter le message, mais à leur façon : “La Vierge veut une procession pour jeudi !”

Dans leur tête, l’apparition demande cette procession pour ce dernier jour de la quinzaine, où l’on attend un grand miracle ou un grand châtiment. Le curé de la paroisse, l’abbé Peyramale, est un homme rude, le vrai montagnard. Ses adversaires disent de lui qu’il est sévère, “doctrinaire et mal léché”. Mais il est surtout profondément bon et charitable. “Je suis riche de tout ce que je donne”, dit-il volontiers. Il n’est pas indifférent de l’affaire de la grotte. Les conversions qui affluent à son confessionnal lui donnent à penser que le doigt de Dieu est là, mais il se défend contre la tentation de croire à la légère. La mise en demeure de faire un procession pour le surlendemain lui semble déraisonnable. Elle ne pourra être acceptée à temps par l’évêque. Il renvoie les dévotes avec pertes et fracas. C’est alors que Bernadette arrive posément. C’est la 1ère fois qu’il la voit.

“C’est toi qui vas à la grotte ?”, demande l’abbé Peyramale
“Oui”, répond Bernadette
“Et tu dis que tu vois la Sainte Vierge ?”, reprend l’abbé
“Je n’ai pas dit que c’est la Sainte Vierge ?”, répond Bernadette
“Alors qu’est-ce que c’est que cette dame ?”, s’enquit l’abbé
“Je ne sais pas !”, répond Bernadette
“Alors, qu’est-ce que tu vois ?”, s’énerve l’abbé
“Quelque chose… qui ressemble à une dame…, qui demande qu’on vienne en procession à la grotte”, répond Bernadette
“Comment veux-tu que je commande une procession ? C’est Monseigneur qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne te dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? C’est jeudi que tu as dit ?” crie l’abbé

Bernadette perd pied. Elle ne comprend pas pourquoi l’abbé Peyramale est si agité et lui parle de “jeudi”. L’apparition a-t-elle dit “jeudi” ? Bernadette ne retrouve plus le sens exact du message. A peine a-t-elle passé la porte du presbytère qu’elle se rend compte qu’elle a oublié de parler de la chapelle. Elle retourne au presbytère le soir même. Elle y est interrogée par tout un aéropage de prêtres. Elle s’en sort bien. Mais l’anonymat de l’apparition laisse tout en suspens.

“Une chapelle, quand bien même elle serait toute petite”, insiste Bernadette
“Eh bien, qu’elle dise d’abord son nom, et qu’elle fasse fleurir le rosier de la grotte. Alors on lui fera sa chapelle, et elle ne sera pas “toute petite”. Elle sera toute grande !” répond l’abbé Peyramale.

Entre-temps, de nouveaux miracles se déroulent à la grotte… lire la suite


Le 4 mars, “le grand jour”, la foule accourt de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Il y a plus de 8000 personnes à la ronde, d’après les estimations les plus modestes. La gendarmerie et la troupe de tout le département se trouvent mobilisées afin de parer aux éventuels accidents. L’exaltation est à son comble. Mais il n’y a ni miracle, ni révélation, Aquerô n’a toujours pas dit son nom. La quinzaine prometteuse de merveilles se termine en déception. Bernadette ne se trouble pas.  Elle avait promis de se rendre à la grotte durant 15 jours ; elle a tenu sa parole. Elle décourage les exaltés qui l’abordent en sainte, refuse l’argent en disant : “Non, cela me brûle.”

On lui fait raconter, une fois de plus, les apparitions, qu’elle présente en raccourci :

“Les premiers jours je ne faisais que me mettre à genoux pour prier Dieu, et Aquerô m’apparaissait à l’ouverture extérieure qui est au-dessus de la grotte principale. Elle riait, elle me saluait ; je lui souriais et la saluais aussi. Elle tenait un chapelet à la main droite. Elle a une rose sur chaque pied.
Aquerô me dit de marcher à genoux en baisant la terre pour faire pénitence pour les pêcheurs. Enfin elle me dit d’aller boire à la fontaine.”

Dans la nuit du 25 mars, jour de l’Annonciation, Bernadette se réveille. Un pressant désir d’aller à la grotte la saisit. Ce n’est pas l’oppression, comme lors des crises d’asthme : c’est la joie d’un attrait vite reconnu. Elle s’y rend à 5 heures du matin. Surprise ! Il y a foule. La fête de la Vierge a soulevé une ferveur, une grande espérance. Le commissaire Jacomet est également présent. Aquerô apparaît à Bernadette, seule. Bernadette répète alors la demande cérémonieuse qu’elle a préparé pour satisfaire l’abbé Peyramale :

“Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté de me dire qui vous êtes, s’il vous plaît ?”
Bernadette s’embrouille dans la belle phrase, dit volonté au lieu de bonté, 2 mots qu’elle ne sait pas bien distinguer.
La demoiselle de lumière sourit.
Mais Bernadette, à force de persévérance, insiste : “Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté…”

A la 4ème fois, Aquerô passe son chapelet à son bras droit. Elle étend les bras, les joint à la hauteur de la poitrine, et dit enfin, en levant les yeux au ciel :

Que soy era Immaculada Counceptiou
(Je suis l’Immaculée Conception)

Le visage de Bernadette reprend ses couleurs. Elle se relève joyeuse, débordante d’actions de grâce, au-delà de toute réflexion. Elle répète ces mots, tout au long du chemin, sans rien n’y comprendre. A 14 ans, elle ignore même le mystère de la Sainte Trinité. elle sait encore moins ce qu’est l’Immaculée Conception. Elle se rend chez l’abbé Peyramale et lui répète phonétiquement ce qu’elle a entendu. Monsieur le curé vacille sous le choc. Comment cette petite paysanne aurait-elle entendu parler d’un dogme pointu admis seulement 4 ans plus tôt ? Le bon curé Peyramale, désormais totalement convaincu, devient un fervent défenseur de Bernadette. Une évidence s’impose : Bernadette ne dit pas cela elle-même, et ces mots la dépassent. Du fond de son coeur et de sa poitrine, une marée s’est soulevée, qui le submerge. Il se retient pour ne pas sangloter.

“Elle veut toujours la chapelle”, ajoute Bernadette
Le curé mobilise ses dernières forces pour sauver la face : “Rentre chez toi, je te verrai un autre jour !”
Il s’enfuit dans sa chambre cacher ses larmes. Sa raison semble vouloir reprendre le dessus, mais il est de nouveau submergé par le sens poétique et mystique de la formule.

A Lourdes, certains notables sont déroutés. Ils tentent de corriger Bernadette sur ce qu’elle dit mais elle maintient. Elle a bien répété tout au long du chemin ce qu’elle ne comprend toujours pas. L’après-midi,  chez Monsieur Estrade, qui sait l’écouter, elle demande naïvement : “Mais que veulent dire ces mots : Immaculada Counceptiou”.

Le samedi 27 mars, Bernadette subit l’examen de 3 médecins : les docteurs Balencie, Lacrampe et Peyrus. Ils ne trouvent aucun trouble psychique nécessitant l’internement.

Elle continue à refuser l’argent. 2 messieurs émus de la pauvreté de la famille Soubirous au cachot, tentent de glisser doucement dans la main de la jeune fille un louis de 40 francs et un de 20 francs. Mais elle les repousse et ne veut rien prendre.

Il n’y aura plus, après cela, que 2 apparitions : l’une publique, le 7 avril, mardi de Pâques, afin de rappeler le message relatif à la construction d’une chapelle ; l’autre privée, le 16 juillet, au soir de la fête du Mont Carmel, c’est l’adieu peu après le coucher du soleil. La grotte est à ce moment interdite,  entourée de palissades, surveillée par la garde champêtre. Bernadette parvient à l’approcher à distance, dans la prairie, de l’autre côté du Gâve :

Je ne voyais ni les planches ni le Gave, dira-t-elle. Il me semblait que j’étais à la grotte, sans plus de distance que les autres fois. Je ne voyais que la Sainte Vierge.

C’est la dernière fois qu’elle la voit sur la terre. Jamais, elle ne lui a paru aussi belle.

Fin juillet, l’évêque de Tarbes, Monseigneur Laurence, nomme une Commission d’enquête. Mais elle ne peut commencer ses travaux car la grotte reste toujours interdite par l’administration impériale. L’enquête effective peut donc débuter en novembre de l’année 1858. Deux années plus tard, le 7 décembre 1860, Bernadette est de Tarbes, devant Monseigneur Laurence, masque glabre et impassible, entouré de 12 membres de la Commission, aux visages de marbre. Monseigneur Laurence reconnaît l’authenticité des apparitions le 18 janvier 1862.

LOURDES est aujourd’hui le plus important pélerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 guérisons y ont été attestées, 2 000 qualifiés d’inexplicables, 66 jugées miraculeuses. Des milliers de personnes, guéries de diverses maladies, ont sans doute préféré conserver l’anonymat.

Le sanctuaire de Lourdes attire les représentants des autres grandes religions. Ce fut le cas de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, qui après une visite à Lourdes, devait déclarer : “Je voudrais mentionner la visite que je fis à Lourdes (…) en tant que pélerin. Devant la grotte, j’ai vécu quelque chose de très particulier. J’ai senti une vibration spirituelle, une sorte de présence spirituelle, et ensuite, devant la statue j’ai prié. J’ai déjà dit quelle admiration j’éprouve pour ce lieu saint qui est depuis longtemps une source d’inspiration et de force, qui a apporté consolation, réconfort et guérison spirituelle à des millions de gens. J’ai prié que cela continue encore longtemps. Ainsi, ma prière s’adressait simplement à tous les grands êtres doués d’une infinie compassion envers tous les êtres sensibles.

Fatima