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Lourdes

19 mars – fête de Saint Joseph

QUE SAINT JOSEPH NOUS BÉNISSE AINSI QUE TOUTES NOS FAMILLES !

Seigneur, ta divine Providence a choisi Saint Joseph pour être l’époux de ta sainte Mère. Fais qu’en nous mettant ici-bas sous sa protection, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel. Toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint-Esprit, Dieu pour les siècles des siècles.

« C’était un juste » selon l’évangile de saint Matthieu, chapitre 1, verset 19.

Les évangélistes ne nous ont conservé aucune parole de ce « juste », le charpentier de Nazareth en Galilée, fiancé de Marie, la Mère de Dieu, époux aussi discret que fidèle et chaste. Père nourricier et éducateur de Dieu le Fils, devenu homme parmi les hommes de ce village, il le fait tout simplement.

L’ange lui avait dit: « Ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse. » et Joseph prit chez lui Marie son épouse.
L’ange lui avait dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère » et Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère et s’enfuit en Egypte.

Il est un vrai fils d’Abraham : il croit et fait ce que Dieu lui dit. Lorsque Jésus disparaît pendant trois jours lors du pèlerinage à Jérusalem, Joseph accompagne la quête de Marie : « Ton père et moi nous te cherchions. » Et Jésus, redescend à Nazareth, soumis à celui qui, sur terre, a autorité paternelle sur lui. Dieu savait à qui il confiait son Fils unique et sa Mère, à celui qui était l’homme le plus capable au monde d’être la parfaite image du Père.

Sa fête

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident.

La fête de Saint Joseph se place au 19 mars, et elle était très suivie par les artisans (il était charpentier) puis par les ouvriers – Saint Joseph voit son culte prendre de l’ampleur dès le XVIe siècle ; – en 1621 le pape Grégoire XV éleva la fête du de Saint Joseph le 19 mars au rang de fête d’obligation ; – en 1642 le pape Urbain VIII confirma à son tour le rang de cette fête ; – en 1661, après l’apparition et le miracle de la source de Cotignac, Mgr Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte ; – cette même année 1661 le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille à la suite des apparitions de Cotignac ; Le 8 décembre 1870 le pape Pie IX déclara officiellement Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle, et fit du 19 mars une fête solennelle ; – en 1889, le pape Léon XIII démontra comment Saint Joseph est le modèle des pères de famille et des travailleurs, et lui décerna officiellement le titre de « saint patron des pères de famille et des travailleurs », titre que la piété populaire lui avait déjà décerné depuis des siècles ; – en 1955 le pape Pie XII reprit bien volontiers le principe de la fête du travail en instituant la solennité de Saint Joseph artisan et en la fixant au 1er mai de chaque année ; Saint Joseph est ainsi l’un des saints que l’on fête deux fois dans l’année (19 mars et 1er mai) ; – le pape Jean XXIII a ajouté son nom au canon de la Messe.

Marthe Robin, la stigmatisée de Châteauneuf-de-Galaure, vénérable et dont la cause de béatification est introduite, a dit un jour à propos de saint Joseph cette parole : « L’Eglise va le redécouvrir ! »

Célébration de la fête de Saint Joseph à Nazareth

Le 19 mars 2018, l’Église célèbre Saint Joseph, époux de la Vierge Marie et patron de l’Église. Nous avons suivi les célébrations à Nazareth, la terre de ce saint. Des centaines de pèlerins et de chrétiens locaux ont célébré la fête de Saint Joseph à Nazareth, là où le saint a vécu :  http://custodia.org/default.asp?id=779&id_n=46310

Lourdes sous la neige – Chapelet du 19 mars 2018

Litanies de Saint Joseph

Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, écoute-nous.
Jésus-Christ, exauce-nous.

Père du Ciel, qui es Dieu, ayez pitié de nous
Fils, Rédempteur du monde, qui es Dieu,ayez pitié de nous
Esprit Saint, qui es Dieu, écoutez-nous
Trinité Sainte, qui es un seul Dieu, exaucez-nous

Sainte Marie, priez pour nous
Saint Joseph, priez pour nous…
Honneur de la famille de David,
Gloire des Patriarches,
Epoux de la Mère de Dieu,
Chaste gardien de la Vierge,
Nourricier du Fils de Dieu,
Vigilant défenseur du Christ,
Chef de la Sainte Famille,
Joseph très juste,
Joseph très chaste,
Joseph très prudent,
Joseph très courageux,
Joseph très obéissant,
Joseph très fidèle,
Merveille de patience,
Ami de la pauvreté,
Modèle des travailleurs,
Honneur de la vie de foyer,
Gardien des vierges,
Soutien de familles,
Consolation des malheureux,
Espérance des malades,
Patron des mourants,
Terreur des démons,
Protecteur de la Sainte Eglise,

Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur
Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, exaucez-nous Seigneur
Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, ayez pitié de nous

Il l’a établi maître de sa maison, Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Seigneur, aie pitié de nous.
Jésus-Christ, écoute-nous.
Jésus-Christ, exauce-nous.
pardonne-nous, Seigneur
exauce-nous, Seigneur
prends pitié de nous

Bernadette Soubirous

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 à Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins échelonnés à quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le château fort de Lourdes et les collines couvertes de prés et de bois qui s’élèvent vers Bartrès.

Bernardette est une enfant désirée, car sa naissance comble un mariage d’amour, dont l’origine a surgi d’un malheur. Le 1er juillet 1841, Justin Casterot, le meunier de Boly, a trouvé la mort dans un accident de charette. Sa veuve, Claire, se retrouve seule avec 4 grandes filles et un moulin. Pour subsister, elle décide de marier l’aînée, Bernade, âgée de 19 ans, à un garçon de la corporation : François Soubirous, un gaillard de 34 ans, issu d’une vieille famille lourdaise peu fortunée. Il se rend avec plaisir au moulin mais préfère la cadette, Louise, une blonde aux yeux bleus. Bien qu’à cette époque, les intérêts dépassent souvent les sentiments, François parvient à convaincre sa future belle-mère de sa préférence pour Louise. Leur mariage est célébrée le 9 janvier 1843.

Le 9 janvier 1844, Bernadette est baptisée, sous le nom de Bernarde-Marie. Elle est au début choyée par sa mère, une grande-mère, 3 tantes et la marraine, Bernarde, la fiancée délaissée. Un soir de novembre 1844, Louise, qui attend un 2ème enfant, se brûle gravement avec une chandelle de résine suspendue à la cheminée. Ne pouvant plus nourrir Bernadette, elle décide de la confier à Marie Lagües qui vient de perdre son aîné, Jean, 18 jours après l’accouchement. Celle-ci accepte de prendre Bernadette en nourrice pour 5 francs par mois, et ce, pour une durée d’un an et demi.

L’année où le pape Pie IX définit l’Immaculée Conception de Marie, François Soubirous se retrouve au chômage et devient ouvrier-manoeuvre pour 1,20 franc par jour.

Alors que le baron Haussmann transforme Paris en cité lumière et que la bourgeoisie du Second Empire s’enrichit. Lourdes connaît l’épreuve de la disette parmi les pauvres. Les plus démunis s’entassent dans un quartier insalubre, au pied des vieux remparts. A l’automne 1855, une épidémie de choléra cause la mort de 30 personnes, dont la grand-mère Castérot. Bernadette, également atteinte, subit le traitement de l’époque : on lui bouchonne le dos avec de la paille jusqu’au sang. Elle sera asthmatique jusqu’à sa mort.

Avec 900 francs d’héritage, les Soubirous louent un moulin à Arcizac, près de Lourdes. Mais ce n’est qu’un court répit. La récolte de 1856 s’avère désastreuse. La famine sévit à nouveau. Le prix du pain fait plus que doubler. Au début de l’hiver 1857, les Soubirous sont de nouveau à la rue. André Sajous, cousin germain de Louise Soubirous, leur loue le cachot de l’ancienne prison de Lourdes désaffectée pour cause d’insalubrité.

François, sa femme et leurs 3 enfants, Bernadette (15 ans), Toinette (12 ans) et Jean-Marie (7 ans) s’entassent dans ce rez-de-chaussée malodorant, rue des Petits Fossés, située dans la partie haute et centrale de la ville, près du château fort. La pièce ne reçoit le jour que par une petite fenêtre munie de barreaux de fer. Au cachot, on connaît la faim. Non seulement le pain manque, mais on ne peut même pas s’offrir la maigre bouillie de maïs qui “tient le ventre”. Le petit frère est surpris en train de manger la cire des cierges à l’église.

Le 27 mars 1857, les gendarmes arrêtent François Soubirous, accusé injustement de vol de farine. Le boulanger Maisongrosse l’a dénoncé pour l’unique motif inscrit dans les actes de la procédure : “C’est l’état de sa misère qui m’a fait croire qu’il pourrait être l’auteur de ce vol”. On mettra 1 semaine pour s’apercevoir qu’il est innocent. Aucun des enfants Soubirous ne reçoit d’instruction. Bernadette doit travailler, tantôt comme chiffonnière, tantôt comme gardienne d’enfant, le plus souvent comme serveuse dans un cabaret tenu par la tante Bernade.

L’asthme chronique de Bernadette la fait tousser au moindre effort. Pour se soigner, elle part en 1857 chez sa nourrice d’enfance à Bartrès, garder les moutons, comme bergère sans gages. La bergerie, c’est une longue solitude, mais tout de même un refuge amical. Sa joie, c’est de mener ses moutons dans les pacages au-dessus de Lourdes. Bernadette sait apprécier cette solitude choisie, cette nature paisible et tendre. Elle respire à pleins poumons l’air pur des pâturages. Elle contemple la vallée et la Gave à ses pieds, et communie avec la splendeur du paysage. Bernadette est alors une adolescente menue, presque chétive.

Marie Lagües s’est chargée de la préparer pour sa 1ère communion. Le soir, après dîner, pendant que son mari, le sabotier, travaille à la lueur d’une bougie, la vieille femme fait répéter laborieusement des phrases à Bernadette. C’est une rude épreuve pour la jeune fille, car sa mémoire n’a jamais travaillé, faute d’être allée à l’école. Tout s’enfuit. La nourrice martèle les syllabes, mais Bernadette n’en est que plus bloquée. Elle ne retient pas les paroles abstraites. Alors, parfois, la nourrice qui est un peu soupe-au-lait, jette le catéchisme à travers la pièce et s’emporte : “Tiens ! tu es trop bête ! Jamais tu ne pourras faire ta 1ère communion ! Tu ne retiens rien !

Au cachot, on fait chaque jour la prière du soir, et la voix ferme de Bernadette émerge à travers le plafond. Le cousin Sajous, qui loge à l’étage au-dessus, en témoignera. Bernadette vit une profonde union à Dieu, sans bagage d’instruction religieuse, dans une grande indigence de langage et de moyens.

C’est finalement à l’école gratuite des soeurs de l’Hospice, dans la “classe des indigents”, où elle a été admise avec sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum, que Bernadette finit par apprendre à lire.

Elle peut faire sa 1ère communion grâce à l’abbé Ader qui tente de lui enseigner le catéchisme. Pédagogue admirable, il a pressenti avant tout le monde quelle profondeur se cache sous l’apparente lenteur d’esprit de cette enfant timide. Il dit un jour à Bernadette : “Tu ne sais rien, mais tu comprends tout…” L’abbé Ader, qui a choisi la vocation monastique, chez les Bénédictins, la recommande à l’abbé Pomian, l’aumônier de l’Hospice, qui accepte de l’inscrire au catéchisme préparatoire.

Après les apparitions et la Commission d’enquête, Bernadette arrive à Nevers le 7 juillet 1868 et reçoit l’habit des soeurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne du couvent de Saint Gildard, le 29 du même mois. Elle s’appelle désormais soeur Marie-Bernard.

Victime de la tuberculose, elle meurt le mercredi de Pâques 1879, à 3 heures de l’après-midi, à l’heure même où le Christ mourut sur la croix. Bernadette Soubirous est déclarée “Bienheureuse” en juin 1925 par le pape Pie XI, et canonisée le 8 décembre 1933, le jour de l’Immaculée Conception.

Depuis août 1925, elle repose dans une chasse de la chapelle du couvent Saint Gildard.

Guérisons miraculeuses

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical. Au moment des 1ères apparitions, Catherine Latapie, âgée de 39 ans, habite à Loubajac, village voisin de Lourdes. Elle est invalide de sa main droite depuis 1856, après la chute d’un arbre. Cette accident a causé une “luxation de l’humérus, aisément réduite… mais laissé une paralysie de type cubital, par élongation traumatique du plexus brachial”. Sa main se trouvant paralysée et déformée, elle ne peut plus travailler et s’enfonce dans la misère. Mue par une inspiration soudaine, elle se lève à 3 heures du matin, réveille ses 2 jeunes enfants et se met en route pour Lourdes. Elle arrive à temps pour être bien placée, rencontre Bernadette, s’agenouille et prie dans la grotte. Et puis, très simplement, elle trempe sa main dans le petit bassin qui recueille l’eau de la source. Ses doigts paralysés, déformés, retrouvent leur souplesse. Elle peut à nouveau les allonger, les plier, s’en servir avec la même facilité qu’avant l’accident. Se trouvant enceinte depuis plusieurs mois, elle doit aussitôt rentrer chez elle. Sa joie est alors interrompue par des douleurs au ventre. Elle fait courageusement les 4 km du retour et met au monde, le soir même, un petit Jean-Baptiste, qui deviendra prêtre en 1882 ! Le professeur Vergez, dans son rapport à l’intention de Monseigneur Laurence, évêque de Tarbes, classe “ce cas dans les guérisons présentant un caractère surnaturel”.

De nouveaux miracles se déroulent à la grotte, dont celle de Louis Bouriette, ouvrier carrier, travaillant et vivant à Lourdes. Il est atteint depuis 2 ans d’une perte de vision complète de l’oeil droit, suite à un accident de mine. Il se rend à la grotte, s’agenouille, se met à prier, lave ensuite son oeil droit avec l’eau de la source.

“Je lavai et relavai, racontera-t-il plus tard, encore plusieurs fois en l’espace de peu de temps mon oeil droit, et ma vue, après ces ablutions, a été ce qu’elle est en ce moment, excellente”.

Quand le docteur Dozous, qui le soigne, l’examine peu après, il constate, stupéfait, que l’oeil perdu est redevenu normal et que la guérison est inexplicable.

Blaisette Cazenave a également de sérieux problèmes avec ses yeux. Cette lourdaise de 50 ans souffre d’une infection chronique de la conjonctive et des paupières. La médecine de l’époque ne peut lui être d’aucun secours. Déclarée incurable, elle décide, en mars 1858, d’utiliser l’eau de la grotte en lotions. Dès la seconde application, elle est totalement guérie : les paupières se sont redressées, les bourgeons charnus ont disparu, ainsi que les douleurs et l’inflammation. Le professeur Vergez est obligé de reconnaître que “l’effet surnaturel est d’autant plus manifeste dans cette merveilleuse guérison que la “lésion matérielle” – nous dirions maintenant l’atteinte organique des paupières – était plus frappante… et que, au rétablissement rapide des tissus dans les conditions organiques et vitales normales, est venu s’ajouter le redressement des paupières.

Un jeune couple désespéré vient à la grotte. Leur enfant en bas âge va mourir ; il est quasiment à l’agonie. La femme, Croisine Bouhort, le tient serré contre elle enveloppé dans son châle. Son mari, un ardoisier, la suit et tente de la raisonner. Mais, guidée par l’espérance, elle ne veut rien entendre. Elle désemmaillote son petit qui apparaît pitoyable, décharné, inerte. Croisine plonge son enfant dans l’eau glacée de la source. En l’immergeant, elle prie et implore la Mère de Dieu de tout son coeur. Loin de succomber, l’enfant crit et gigote avec énergie. Sanglotant de joie, Croisine l’essuie, l’enveloppe et l’emporte en rendant grâce à Bernadette à qui la Dame vient de parler. Le petit Justin Bouhort, dont l’oncle menuisier avait déjà préparé un cercueil, grandira, pour la plus grande perplexité des médecins.

Bernadette récuse les guérisons miraculeuses qu’on tente de lui attribuer. Une commission administrative, formée du commissaire Jacomet, du maire Lacadé et du procureur Vital-Dufour, l’interroge le 18 mars. Bernadette se comporte avec simplicité : “Je ne crois pas avoir guéri qui que ce soit, et je n’ai pas au reste rien fait pour cela. Je ne sais pas si je reviendrai davantage à la grotte.”

LOURDES est aujourd’hui le plus important pélerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 guérisons y ont été attestées, 2 000 qualifiés d’inexplicables, 66 jugées miraculeuses. Des milliers de personnes, guéries de diverses maladies, ont sans doute préféré conserver l’anonymat.

Lourdes

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 à Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins échelonnés à quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le château fort de Lourdes et les collines couvertes de prés et de bois qui s’élèvent vers Bartrès – lire la suite…

Le jeudi 11 février 1858, Bernadette, sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum s’en vont ramasser du bois mort, malgré le froid. Elles quittent la rue des Petits Fossés et franchissent le Pont Vieux afin de prendre le chemin de la forêt, de suivre le sentier couvert de ronces et de pierres. Elles s’engagent dans l’île du Moulin de Savy, et franchissent la passerelle. Mais les meuniers qui se réservent le bois autour de chez eux, se fâchent.

Les 3 filles décident d’aller du côté de Massabielle, là où le canal du Moulin rejoint le Gave. A cet endroit, le bois est à tout le monde. A leur gauche, de l’autre côté du canal, se dresse la grotte de Massabielle au bas d’une falaise. Bernadette la voit pour la 1ère fois. Jeanne et Toinette retroussent leurs jupes et traversent en pataugeant dans l’eau glacée. Bernadette qui redoute d’attraper froid et de se voir saisie par une crise d’asthme, décide de rester sur la rive. Elle cherche un passage pour franchir l’étroit canal. Mais les pierres sont trop éloignées les unes des autres.

“Aidez-moi à jeter des pierres dans l’eau, que je passe !” supplie Bernadette
“Passe comme nous”, crie Jeanne

Alors, malgré les consignes de sa mère, Bernadette commence à se déchausser. “A peine si j’avais ôté le 1er bas, j’entendis un bruit comme si c’eût été un coup de vent…” racontera-t-elle. Bernadette ignore les Actes des Apôtres et le coup de vent de la Pentecôte. Elle tourne la tête derrière elle, vers les peupliers de la prairie qui ne bougent pas. Elle continue donc à se déchausser. Nouveau “coup de vent”. Et c’est alors qu’elle perçoit, devant elle, dans la niche de la grotte, à 3 mètres au-dessus du sol, une douce lumière, comme celle du soleil sous la pluie, au sombre creux de ce versant nord. Et, dans cette lumière, un sourire : une merveille Dame blanche lui fait signe d’approcher, Bernadette tombe à genoux, son chapelet à la main. D’abord, c’est la crainte qui paraît sur son visage puis, lentement, l’extase. Ses compagnons la découvrent agenouillée, immobile, le regard fixe, souriante, très pâle et comme irradiée d’une totale béatitude.

“Je mis la main à la poche, racontera Bernadette Soubirous, j’y trouvais le chapelet. Je voulais faire le signe de croix…, mais je ne pus porter la main jusqu’au front. Elle m’est tombée. Le saisissement s’empara plus fort que moi ; ma main tremblait. La vision fit un signe de la croix, le grand saisissement que j’éprouvais disparut. Je me mis à genoux et je dis mon chapelet en présence de cette belle Dame. La vision faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les lèvres. Quand j’eus fini mon chapelet, elle me fit signe d’approcher. Mais je n’ai pas osé. Alors “Cela” a disparu.

“Cela” ! Aquerô, en patois de Lourdes, Bernadette désigne ainsi l’apparition, par respect, par prudence également. Elle ne sait pas qui c’est.

Saisie, Toinette s’écrie : “Regarde ! Bernadette est toute blanche ! Elle est peut-être morte ?
Jeanne hausse les épaules : “Si elle était morte, elle serait couchée”
Bernadette paraît se réveiller. Elle se relève lentement et sourit aux 2 filles qui l’observent avec inquiétude, puis les interroge : “Vous n’avez rien vu ?”
“Je vois que tu n’as rien ramassé”, grogne Jeanne

Alors, Bernadette se met joyeusement à ramasser les branches mortes. Elle paraît extraordinairement heureuse, comme si une ivresse légère la transportait. Les 2 compagnes ont deviné quelque chose. Bernadette voudrait garder pour elle ce beau secret inexprimable. Sur le chemin du retour, Toinette arrache à Bernadette un lambeau de son secret en lui promettant de n’en souffler mot à personne. Mais, le soir même, Toinette raconte tout à sa mère. La mère questionne. Il en résulte une bonne correction pour les 2 soeurs.

“Il ne faudra plus retourner à cette grotte !”

Le 14 février, pourtant, à la sortie de la messe, les filles de la classe indigente, dévorées de curiosité, décident d’aller à la grotte. L’équipée ne sera pas glorieuse. Jeanne Baloum, vexée que Bernadette et le groupe de tête ne l’aient pas attendue, leur joue un vilain tour. Du rocher abrupt que la grotte troue à la base, elle fait tomber une grosse pierre au milieu du groupe. Heureusement, personne n’est touché et la pierre termine sa course dans le Gave. C’est la panique chez les filles, déjà effrayées par la pâleur de Bernadette en extase. Pour elles, c’est Aquerô qui leur tombe dessus. La plupart des gamines s’enfuient en poussant des cris perçants. Arrivées en ville, elles diront : “Bernadette est tombée morte à la grotte”.

Pendant ce temps, les plus courageuses tentent d’entraîner Bernadette, toujours agenouillée. Mais elle semble si lourde. Les femmes du moulin de Savy, accourues aux cris des fuyardes, ne parviennent pas à la faire bouger. Il faut toute la force du meunier Nicolau, habitué à porter des sacs de 100 kilos, pour la soulever. Encore le fait-il à grande peine, car il a le coeur touché de la voir souriante, les yeux levés, tandis qu’il l’entraîne de force jusqu’au moulin où cesse l’extase. Les gens accourent. La mère, Louise Soubirous, arrive avec un bâton et interdit définitivement à sa fille d’aller à la grotte.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans Lourdes. On ne parle que de “l’apparition”. Madame Milhet, pieuse bourgeoise assez sotte, chez qui Louise Soubirous fait le ménage, veut accompagner Bernadette à la grotte, pour voir. Madame Pailhason, une fort belle femme, patronne de la pâtisserie-salon de thé, gifle publiquement Bernadette qu’elle traîte de menteuse.

Les libres penseurs, rationalistes et voltairiens, se sont réunis au Café Français. Il y a là le commissaire de police Jacomet, le maire Lacade, l’avocat Du Fo, le poète Hyacinthe de Lafitte, le président du tribunal Pougot, le procureur impérial Vital-Dufour… Tout en jouant au billard et en sirotant une absinthe, ces messieurs discutent gravement de l’aspect politique de l’affaire “des apparitions”. Il ne fait aucun doute pour eux qu’elle sera exploitée par la clique des calotins et le parti royaliste. Ils sont persuadés que cette “gamine illuminée” est manoeuvrée en sous-main par les partisans des Bourbons !

Au cachot, le petit peuple défile : paysans, brassiers, ardoisiers et carriers apportent d’humbles présents à la “petiote qui a vu la Dame”. Ils demandent sa bénédiction, que Bernadette refuse avec humilité.

Accablée de sollicitations, de promesses et de mises en demeure, Louise Soubirous finit par accepter que sa fille se rende à Massabielle en compagnie de Madame Milhet. On ne peut rien refuser à son employeuse. Elle veut éclaircir l’affaire. Ne serait-ce pas une âme du purgatoire qui vient demander du secours ? Madame Milhet voudrait que “l’apparition” écrive ce qu’elle veut. Bernadette lui présentera plume et papier. Elle demande également à jeune couturière, Antoinette Peyret, la fille de l’huissier, de l’accompagner.

Au matin du jeudi 18 février, Bernadette marche vers la grotte, suivie par les 2 corpulentes bourgeoises armées d’un gros cierge et de quoi écrire. Comme toujours quand elle se rend à Massabielle, Bernadette avance d’un pas rapide, sans traces d’essoufflement. Par enchantement, son asthme semble avoir disparu. Les 2 femmes engoncées dans leur corset, peinent à suivre. Elles glissent et trébuchent. Parvenue à la 1ère grotte, Bernadette s’agenouille, sort son chapelet et commence à prier en silence.

C’est ainsi que la découvrent les 2 matrones qui arrivent hors d’haleine et les mains écorchées. Elles essaient de prier en épiant la petite visionnaire. Soudain, le visage de Bernadette irradie une lumière authentique. Elle pâlit et resplendit à la fois. Elle sourit, les yeux levés vers la niche du rocher. Emerveillée, elle murmure : “Elle y est !”

Commence la 3ème apparition, l’une des plus importantes. Les 2 bigotes se tordent le cou mais ne voient que la roche nue. Antoinette Peyret se saisit de l’encrier et du papier pour les donner à Bernadette.

“Demande-lui d’écrire son nom !”, souffle Madame Milhet

Docilement, Bernadette s’approche de la niche de la grotte. Les 2 femmes veulent la suivre, mais Bernadette fait signe de demeurer où elles sont. Elle tend la plume, l’encrier et la feuille de papier à Aquerô.

L’apparition rit et dit : “Ce n’est pas nécessaire” puis elle demande “Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant 15 jours ?”

Bernadette, confondue par la déférence de cette belle expression promet sans hésiter.
L’apparition poursuit par une promesse :

Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde,
mais dans l’autre.

Il n’y a aucune tristesse, ni aucun regret chez Bernadette qui accepte, sans révolte ni angoisse, de renoncer à sa part de bonheur terrestre. Déjà, elle sait qu’elle a été choisie pour un autre destin et un autre cheminement.

Madame Milhet enchaîne d’une voix pincée : “Demande à ta Dame si notre présence lui est désagréable”.
Bernadette se retourne vers la niche et pose la question sans qu’on l’entende, puis s’adresse aux 2 femmes : “Rien n’empêche que vous veniez !”.

Elles s’approchent et se remettent à genoux.
Mais, en fait, la vision a disparu en s’élevant dans la cavité où le halo de lumière s’est un instant prolongé.
Le rayonnement de Bernadette s’efface progressivement.

Sur le chemin du retour, les questions fusent :
“Et si c’était la Vierge ?” demande Madame Milhet

Bernadette reste silencieuse. Elle ne sait pas. Pourquoi la Sainte Vierge se dérangerait-elle pour une pauvre bergère ? Elle reste interdite et presque gênée par l’exquise politesse de la Dame. Elle n’en revient pas !

“Elle a bien dit : Voudriez-vous ?”, demande Madame Milhet.
Bernadette acquiesce. Madame Milhet décide de prendre Bernadette chez elle. Le mystère de cette enfant la passionne.

C’est donc de la maison de Madame Milhet que Bernadette, paisible et silencieuse, part le vendredi 19 février pour la 4ème apparition. Il devient difficile de le faire en secret. Les membres de la famille veulent s’y rendre également, dont Bernarde Castérot, la marraine, qui supporte mal le patronnage de Madame Milhet sur sa filleule.

Le 20 février, le groupe s’agrandit. 30 personnes sont témoins de l’extase silencieuse de Bernadette.

Le dimanche 21 février, 100 personnes remplissent la grotte jusqu’au bord du Gave. A son retour, Bernadette est interrogée sur ce qu’elle éprouve par l’abbé Peine, vicaire à Lourdes :

“Il me semble que je ne suis plus de ce monde, et lorsque la vision a disparu, je suis étonnée de m’y trouver à nouveau”.

Cette visite produit une grande impression sur le vicaire qui fait semblant de n’en rien paraître. A la sortie des Vêpres, le commissaire Jacomet fait saisir Bernadette “par le capuchon”. Cet homme intelligent et redouté, au regard imposant, l’interroge à la maison Cenac qu’il partage avec Jean-Baptiste Estrade, commis à cheval des Contributions indirectes. La jeune fille se défend bien, malgré son illetrisme. Elle répond brièvement à la question posée. Le commissaire essaie d’embrouiller Bernadette, qui remet les choses au point avec un candide étonnement.

Bernadette ne sait toujours pas qui est l’apparition. Elle dit toujours Aquerô.

Le commissaire fait promettre au père Soubirous, d’interdire à sa fille d’aller à la grotte.

Le lendemain, lundi 22 février, Bernadette tente d’obéir. Elle est déchirée intérieurement, car elle a promis à Aquerô d’y aller durant 15 jours. Elle se fait violence pour obéir. Elle y parvient à grand-peine, pendant la longue matinée de classe. Mais l’après-midi, sur le seuil de l’école, une force intérieure irrésistible la pousse à s’y rendre. L’apparition n’est pas au rendez-vous ce jour-là, et Bernadette en revient troublée. A sa détresse, ses parents comprennent que cette affaire la dépasse.

“On n’a pas le droit de l’empêcher !” s’écrie son père, approuvé par sa femme.

Le mardi 23 février, pour la 1ère fois, le cercle des spectateurs ne se limite pas à la basse classe, selon l’expression du commissaire Jacomet, mais s’étend aux bourgeois de la ville. Jean-Baptiste Estrade, venu en sceptique, repart bouleversé.

Le 24, Bernadette se rend sous la crevasse intérieure de la voûte, où l’apparition descend pour lui parler. L’extase de la voyante présente de curieuses alternances : les couleurs reviennent sur les joues, puis la pâleur y descend comme un voile. L’apparition lui parle. Bernadette écoute, fait des signes d’approbation et de dénégation.

Bernadette entend ce jour-là cette parole : “Allez baiser la terre, en pénitence pour la conversion des pêcheurs“. Aquerô répète également 3 fois ces mots :

Pénitence, pénitence, pénitence !

Le 25 février, on compte près de 500 personnes devant la grotte. Bernadette se livre à des exercices étranges. Elle monte à genoux sur le plan incliné qui s’élève jusqu’au fond de la grotte, baise la terre et creuse un petit trou. Elle prend de l’eau boueuse dans le creux de sa main, en boit et redescend le visage barbouillé de boue rougeâtre. Dans la foule, c’est la consternation. Bernadette vient de découvrit la source, dont personne ne soupçonnait l’existence. En y puisant, l’eau se clarifie, devient limpide.

Le jour de cette découverte, Bernadette doit subir l’interrogatoire du procureur impérial Vital-Dufour qui la questionne au début avec bienvaillance, puis tente de l’intimider. Sa description de l’apparition est la suivante : “L’apparition ressemble à la Sainte Vierge de la paroisse pour le visage et les vêtements… mais entourée de lumière et vivante. Elle est jeune.”

Les exercices pénitentiels se poursuivent les jours suivants, malgré les intimidations de la police et les menaces du procureur.

Durant l’apparition du 28, Bernadette se trouve devant une foule de 1 150 personnes. Le commandant Renault, chef d’escadron de gendarmerie, est venu en personne de Tarbes. C’est alors qu’elle subit l’interrogatoire agressif du juge Ribes.

Le même jour, le directeur de l’Ecole supérieure de Lourdes, Antoine Clarens, se rend au cachot pour y rencontrer Bernadette. Il a observé ses gestes à la grotte : marche à genoux, baisement de terre, ablution d’eau sale. Il entend persuader la jeune fille de ne plus y retourner. Il est vite désarmé par la paix et la sérénité qui transparaît du visage de la jeune fille. Elle n’a rien d’une hallucinée. Elle répond aux questions avec un naturel et une assurance qui ébranlent sa conviction première.

Parmi les observateurs assidus se trouve le docteur Dozous, jeune médecin à l’esprit ouvert et nullement sectaire qui se passionne, professionnellement, pour le “cas Bernadette”. Il sera l’un des premiers à reconnaître la réalité des guérisons et leur caractère inexprimable. C’est lui qui constatera que, lors d’une apparition, Bernadette se brûle la main pendant plus de 10 minutes sans manifester la moindre douleur. Bien au contraire : “Sur les lèvres de Bernadette, raconte le docteur Dozous, qui s’agitent parfois, persiste un sourire infiniment doux. Ses joues sont extrêmement pâles, cependant qu’une légère rougeur teinte à peine ses pommettes. L’oeil, élevé et bien ouvert, s’épuise en regards rayonnants, avides et enivrés. Pendant que Bernadette prie, autour d’elle, on a remarqué que la flamme passe au travers de ses doigts. On s’inquiète, on s’agite. Louise Soubirous et tante Bernarde, affolées, ne savent que faire. Quant à la tante Lucile, elle s’évanouit tout de bon ! Enfin, comme s’éveillant, Bernadette trace un large signe de croix. J’en profite pour lui examiner la paume, sans que Bernadette, surprise, retire sa main. Je ne constate aucune trace de brûlure.”

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical lire la suite

 

Le 2 mars, Bernadette se rend pour la 1ère fois au presbytère, car l’apparition lui a dit : “Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle.” Les dévotes, qui ont veillé toute la nuit pour avoir les bonnes places, informées du message dès la fin de l’apparition, se sont précipitées chez l’abbé Peyramale porter le message, mais à leur façon : “La Vierge veut une procession pour jeudi !”

Dans leur tête, l’apparition demande cette procession pour ce dernier jour de la quinzaine, où l’on attend un grand miracle ou un grand châtiment. Le curé de la paroisse, l’abbé Peyramale, est un homme rude, le vrai montagnard. Ses adversaires disent de lui qu’il est sévère, “doctrinaire et mal léché”. Mais il est surtout profondément bon et charitable. “Je suis riche de tout ce que je donne”, dit-il volontiers. Il n’est pas indifférent de l’affaire de la grotte. Les conversions qui affluent à son confessionnal lui donnent à penser que le doigt de Dieu est là, mais il se défend contre la tentation de croire à la légère. La mise en demeure de faire un procession pour le surlendemain lui semble déraisonnable. Elle ne pourra être acceptée à temps par l’évêque. Il renvoie les dévotes avec pertes et fracas. C’est alors que Bernadette arrive posément. C’est la 1ère fois qu’il la voit.

“C’est toi qui vas à la grotte ?”, demande l’abbé Peyramale
“Oui”, répond Bernadette
“Et tu dis que tu vois la Sainte Vierge ?”, reprend l’abbé
“Je n’ai pas dit que c’est la Sainte Vierge ?”, répond Bernadette
“Alors qu’est-ce que c’est que cette dame ?”, s’enquit l’abbé
“Je ne sais pas !”, répond Bernadette
“Alors, qu’est-ce que tu vois ?”, s’énerve l’abbé
“Quelque chose… qui ressemble à une dame…, qui demande qu’on vienne en procession à la grotte”, répond Bernadette
“Comment veux-tu que je commande une procession ? C’est Monseigneur qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne te dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? C’est jeudi que tu as dit ?” crie l’abbé

Bernadette perd pied. Elle ne comprend pas pourquoi l’abbé Peyramale est si agité et lui parle de “jeudi”. L’apparition a-t-elle dit “jeudi” ? Bernadette ne retrouve plus le sens exact du message. A peine a-t-elle passé la porte du presbytère qu’elle se rend compte qu’elle a oublié de parler de la chapelle. Elle retourne au presbytère le soir même. Elle y est interrogée par tout un aéropage de prêtres. Elle s’en sort bien. Mais l’anonymat de l’apparition laisse tout en suspens.

“Une chapelle, quand bien même elle serait toute petite”, insiste Bernadette
“Eh bien, qu’elle dise d’abord son nom, et qu’elle fasse fleurir le rosier de la grotte. Alors on lui fera sa chapelle, et elle ne sera pas “toute petite”. Elle sera toute grande !” répond l’abbé Peyramale.

Entre-temps, de nouveaux miracles se déroulent à la grotte… lire la suite


Le 4 mars, “le grand jour”, la foule accourt de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Il y a plus de 8000 personnes à la ronde, d’après les estimations les plus modestes. La gendarmerie et la troupe de tout le département se trouvent mobilisées afin de parer aux éventuels accidents. L’exaltation est à son comble. Mais il n’y a ni miracle, ni révélation, Aquerô n’a toujours pas dit son nom. La quinzaine prometteuse de merveilles se termine en déception. Bernadette ne se trouble pas.  Elle avait promis de se rendre à la grotte durant 15 jours ; elle a tenu sa parole. Elle décourage les exaltés qui l’abordent en sainte, refuse l’argent en disant : “Non, cela me brûle.”

On lui fait raconter, une fois de plus, les apparitions, qu’elle présente en raccourci :

“Les premiers jours je ne faisais que me mettre à genoux pour prier Dieu, et Aquerô m’apparaissait à l’ouverture extérieure qui est au-dessus de la grotte principale. Elle riait, elle me saluait ; je lui souriais et la saluais aussi. Elle tenait un chapelet à la main droite. Elle a une rose sur chaque pied.
Aquerô me dit de marcher à genoux en baisant la terre pour faire pénitence pour les pêcheurs. Enfin elle me dit d’aller boire à la fontaine.”

Dans la nuit du 25 mars, jour de l’Annonciation, Bernadette se réveille. Un pressant désir d’aller à la grotte la saisit. Ce n’est pas l’oppression, comme lors des crises d’asthme : c’est la joie d’un attrait vite reconnu. Elle s’y rend à 5 heures du matin. Surprise ! Il y a foule. La fête de la Vierge a soulevé une ferveur, une grande espérance. Le commissaire Jacomet est également présent. Aquerô apparaît à Bernadette, seule. Bernadette répète alors la demande cérémonieuse qu’elle a préparé pour satisfaire l’abbé Peyramale :

“Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté de me dire qui vous êtes, s’il vous plaît ?”
Bernadette s’embrouille dans la belle phrase, dit volonté au lieu de bonté, 2 mots qu’elle ne sait pas bien distinguer.
La demoiselle de lumière sourit.
Mais Bernadette, à force de persévérance, insiste : “Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté…”

A la 4ème fois, Aquerô passe son chapelet à son bras droit. Elle étend les bras, les joint à la hauteur de la poitrine, et dit enfin, en levant les yeux au ciel :

Que soy era Immaculada Counceptiou
(Je suis l’Immaculée Conception)

Le visage de Bernadette reprend ses couleurs. Elle se relève joyeuse, débordante d’actions de grâce, au-delà de toute réflexion. Elle répète ces mots, tout au long du chemin, sans rien n’y comprendre. A 14 ans, elle ignore même le mystère de la Sainte Trinité. elle sait encore moins ce qu’est l’Immaculée Conception. Elle se rend chez l’abbé Peyramale et lui répète phonétiquement ce qu’elle a entendu. Monsieur le curé vacille sous le choc. Comment cette petite paysanne aurait-elle entendu parler d’un dogme pointu admis seulement 4 ans plus tôt ? Le bon curé Peyramale, désormais totalement convaincu, devient un fervent défenseur de Bernadette. Une évidence s’impose : Bernadette ne dit pas cela elle-même, et ces mots la dépassent. Du fond de son coeur et de sa poitrine, une marée s’est soulevée, qui le submerge. Il se retient pour ne pas sangloter.

“Elle veut toujours la chapelle”, ajoute Bernadette
Le curé mobilise ses dernières forces pour sauver la face : “Rentre chez toi, je te verrai un autre jour !”
Il s’enfuit dans sa chambre cacher ses larmes. Sa raison semble vouloir reprendre le dessus, mais il est de nouveau submergé par le sens poétique et mystique de la formule.

A Lourdes, certains notables sont déroutés. Ils tentent de corriger Bernadette sur ce qu’elle dit mais elle maintient. Elle a bien répété tout au long du chemin ce qu’elle ne comprend toujours pas. L’après-midi,  chez Monsieur Estrade, qui sait l’écouter, elle demande naïvement : “Mais que veulent dire ces mots : Immaculada Counceptiou”.

Le samedi 27 mars, Bernadette subit l’examen de 3 médecins : les docteurs Balencie, Lacrampe et Peyrus. Ils ne trouvent aucun trouble psychique nécessitant l’internement.

Elle continue à refuser l’argent. 2 messieurs émus de la pauvreté de la famille Soubirous au cachot, tentent de glisser doucement dans la main de la jeune fille un louis de 40 francs et un de 20 francs. Mais elle les repousse et ne veut rien prendre.

Il n’y aura plus, après cela, que 2 apparitions : l’une publique, le 7 avril, mardi de Pâques, afin de rappeler le message relatif à la construction d’une chapelle ; l’autre privée, le 16 juillet, au soir de la fête du Mont Carmel, c’est l’adieu peu après le coucher du soleil. La grotte est à ce moment interdite,  entourée de palissades, surveillée par la garde champêtre. Bernadette parvient à l’approcher à distance, dans la prairie, de l’autre côté du Gâve :

Je ne voyais ni les planches ni le Gave, dira-t-elle. Il me semblait que j’étais à la grotte, sans plus de distance que les autres fois. Je ne voyais que la Sainte Vierge.

C’est la dernière fois qu’elle la voit sur la terre. Jamais, elle ne lui a paru aussi belle.

Fin juillet, l’évêque de Tarbes, Monseigneur Laurence, nomme une Commission d’enquête. Mais elle ne peut commencer ses travaux car la grotte reste toujours interdite par l’administration impériale. L’enquête effective peut donc débuter en novembre de l’année 1858. Deux années plus tard, le 7 décembre 1860, Bernadette est de Tarbes, devant Monseigneur Laurence, masque glabre et impassible, entouré de 12 membres de la Commission, aux visages de marbre. Monseigneur Laurence reconnaît l’authenticité des apparitions le 18 janvier 1862.

LOURDES est aujourd’hui le plus important pélerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 guérisons y ont été attestées, 2 000 qualifiés d’inexplicables, 66 jugées miraculeuses. Des milliers de personnes, guéries de diverses maladies, ont sans doute préféré conserver l’anonymat.

Le sanctuaire de Lourdes attire les représentants des autres grandes religions. Ce fut le cas de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, qui après une visite à Lourdes, devait déclarer : “Je voudrais mentionner la visite que je fis à Lourdes (…) en tant que pélerin. Devant la grotte, j’ai vécu quelque chose de très particulier. J’ai senti une vibration spirituelle, une sorte de présence spirituelle, et ensuite, devant la statue j’ai prié. J’ai déjà dit quelle admiration j’éprouve pour ce lieu saint qui est depuis longtemps une source d’inspiration et de force, qui a apporté consolation, réconfort et guérison spirituelle à des millions de gens. J’ai prié que cela continue encore longtemps. Ainsi, ma prière s’adressait simplement à tous les grands êtres doués d’une infinie compassion envers tous les êtres sensibles.

Fatima