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Monthly Archives: August 2013

Fátima

En 1915, Lucia dos Santos, une petite fille de 8 ans garde souvent le troupeau familial, en compagnie de 3 amies, près du hameau d’Aljustrel, au coeur du Portugal. Cette année-là, d’avril à octobre, elle aperçoit une figure identique à une statue de neige, que les rayons du soleil rendent presque transparente. “C’était comme un nuage plus blanc que la neige, quelque chose de transparent, ayant forme humaine”, écrira-t-elle plus tard. La manifestation reste indistincte et silencieuse. Sa famille, qui est mise au courant, n’y voit que rêveries enfantines.

L’année suivante, un jour de printemps 1916, Lucia garde de nouveau son troupeau avec ses cousins Jacinthe et François Marto, âgés respectivement de 6 à 8 ans, sur la petite colline de Cabeço. Un vent assez fort secoue subitement les arbres et leur fait lever les yeux pour voir ce qui se passe, car la journée s’annonce belle. Les 3 enfants remarquent un jeune homme de 14 ou 15 ans, plus blanc que la neige, que le soleil le rend transparent comme le cristal, et d’une grande beauté. Lucie reconnaît en lui l’étrange et silencieux visiteur de l’année précédente, mais distingue davantage son apparence. Il s’approche des enfants et se met à parler :

 Ne craignez rien ! Je suis l’Ange de la Paix. Priez avec moi !

L’Ange s’agenouille, baisse la tête vers le sol et dit :

 Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne Vous aiment pas

Après avoir répété cette prière 3 fois, l’Ange se remet debout et dit :

Priez ainsi
Les Coeurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications

Puis, l’Ange disparaît.
Une nouvelle apparition de l’Ange se déroule au coeur de l’été 1916, toujours devant les enfants. L’Ange leur demande de prier davantage, de faire des sacrifices et d’accepter avec soumission les souffrances que le Seigneur leur enverra.
Fin septembre, une 3ème apparition angélique s’accompagne d’une théophanie eucharistique et d’une communion miraculeuse. L’Ange tient dans sa main gauche un calice, sur lequel est suspendue une hostie de laquelle tombent quelques gouttes de Sang dans le calice. Après avoir récité 3 fois une prière, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences qui offensent Jésus présent dans le tabernacle, il fait communier les 3 enfants, répète 3 fois la prière puis disparaît.
L’Ange ne devait plus apparaître.

Les enfants, qui se souviennent des moqueries de l’année précédente, n’en parlent à personne.
Ces manifestations angéliques commencent à être connues qu’à partir de l’année 1917, suite aux apparitions mariales, mais seulement de quelques personnes, comme l’évêque du diocèse.

Les 13 mai, 13 juin, 13 juillet, 19 août et 13 septembre 1917, la Sainte Vierge se manifeste aux 3 enfants, dans la Cova da Iria, en pleine journée. Elle apparaît à chaque fois sous la forme d’une jeune Dame toute vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, répandant autour d’elle une lumière plus vive et plus intense qu’un verre de cristal plein d’eau claire, traversé par les rayons du soleil le plus ardent.

Lors de la 1ère apparition, la Vierge commence par rassurer les gamins en leur disant de ne pas avoir peur. Elle déclare ensuite :

Je suis venue pour vous demander de venir ici 6 mois de suite, le 13 de chaque mois, à cette même heure. Plus tard, je vous dirai qui je suis et ce que je veux.
Ensuite, je reviendrai encore ici une 7ème fois

La série des 13 n’est interrompue qu’une seule fois en août. Les autorités civiles, hostiles et inquiètes de la ferveur suscitée par les apparitions mariales, font emprisonner les enfants durant un jour et une nuit. La Vierge n’apparaît pas aux enfants dans leur prison, mais à l’endroit habituel le 19 août.

En revanche les fidèles qui se massent le 13 août sur les lieux des apparitions mariales, sont témoins de faits inoubliables : des coups de tonnerre et des éclairs dans le ciel pur et bleu, ainsi qu’une sorte de nuage blanc qui vient se poser quelques instants sur un chêne vert, tout proche des apparitions.

Lors des apparitions de l’année 1917, les 3 enfants voient bien la Vierge, mais Lucia est la seule à l’entendre. La “Dame de lumière” insiste beaucoup sur les fins dernières : l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Dès le 1er jour, Elle promet aux 3 enfants qu’ils iront au Ciel et révèle le destin post mortem de 2 jeunes filles, amies de Lucia, mortes peu de temps auparavant.

Le 13 juillet, les 3 enfants ont une vision terrifiante de l’enfer, présentée comme une mer de feu : image identique au Nouveau Testament. Il s’agit du 1er secret de Fatima, suivi de 2 autres. Lucia, devenue soeur Lucie, a rapporté par la suite le contenu du 2nd secret de la Vierge :

Si vous faites ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et vous aurez la paix
La guerre va finir. Mais, si vous ne cessez pas d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, commencera une autre guerre, pire

Quand vous verrez une nuit éclairée par une lumière inconnue,
sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’il va punir le monde de ses crimes
par les moyens de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Eglise et le Saint Père

Pour l’empêcher, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Coeur Immaculée
et la Communion réparatrice des premiers samedis.
Si l’on écoute mes demandes,
la Russie se convertira et on aura la paix
Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde,
provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise

La Vierge annonce la fin de la 1ère Guerre mondiale, l’expansion du communisme et les persécutions contre l’Eglise, le début d’une Seconde Guerre mondiale lors du règne du pape Pie XI. Ce dernier meurt le 10 février 1939.

La 3ème partie du secret, révélé à Lucia le 13 juillet 1979, porterait pour certains sur la fin du communisme en Europe à la veille du XIXème siècle. C’est la version officielle du Vatican.

Les apparitions de Fatima reçoivent leur couronnement en ce que l’on appelle le miracle du 13 octobre 1917, à la Cova di Iria, devant plus de 50 000 personnes. Tous purent voir le “miracle du soleil”, annoncé par la Sainte Vierge le 13 juillet en ces termes :

En octobre, je ferai un miracle que tous pourront voir pour croire

Même ceux qui ne croyaient pas aux apparitions en furent témoins.
C’est le cas du journaliste Avelino de Almeida, anticlérical convaincu, qui écrit l’article suivant, dans le quotidien libéral de Lisbonne O Seculo du 15 octobre 1917 :

“On voit l’immense multitude se tourner vers le soleil, qui apparaît au zénith, dégagé des nuages. Il ressemble à une plaque d’argent mat, et il est possible de le fixer sans le moindre effort. Il ne brûle pas les yeux. Il n’aveugle pas. On dirait qu’il se produit une éclipse. Mais voici que s’élève une clameur immense et ceux qui sont plus près de la foule l’entendent crier : “Miracle ! Miracle !… Merveille !… Merveille !…” Aux yeux éblouis de ce peuble, dont l’attitude transporte aux temps bibliques, et qui, stupéfait, la tête découverte, contemple l’azur du ciel, le soleil a tremblé, le soleil a eu des mouvements insolites et brusques, en dehors de toutes les lois cosmiques, “le soleil a dansé”, selon l’expression typique des paysans.”

Un autre témoin donne les détails suivants :

“On pouvait regarder le soleil sans être incommodé. On aurait dit qu’il s’éteignait et se rallumait, tantôt d’une manière, tantôt de l’autre. Il lançait des faisceaux de lumière, d’un côté et de l’autre, et peignait tout de différentes couleurs : les arbres, les gens, le sol, l’air. Mais la grande preuve du miracle, c’est que le soleil ne faisait pas mal aux yeux.”
Tout le monde était immobile. Tout le monde se taisait… Tous regardaient le ciel. A un certain moment, le soleil s’arrêta, et puis recommença à danser, à tournoyer ; il s’arrêta encore une fois, et se remit encore une fois à danser, jusqu’au moment, enfin, où il parut se détacher du ciel, s’avancer sur nous. Ce fut un instant terrible.”

Le phénomène dura une quinzaine de minutes, à midi (heure solaire) et put être vu à 5 km à la ronde. La présence de milliers de témoins prouve que quelque chose d’exceptionnel s’est déroulé.

Knock Mhuire

L’apparition à Knock Mhuire, en Irlande, rappelle celles de Pontmain et de Gietrzwalde. Le contexte historique est tout aussi dramatique. A Knock Mhuire, les paysans irlandais ne sont pas propriétaires des terres qu’ils travaillent. L’Irlande de 1879 se trouve encore sous la totale domination de l’Angleterre. La maladie de la pomme de terre a occasionné une grave famine dans le pays, contraignant plus d’un million d’Irlandais à émigrer à l’étranger. L’apparition mariale va être un réconfort spirituel pour tout le pays.

Le 21 août 1879, vers 19 heures, Marguerite Byrne, une jeune fille de 15 ans, rentre chez elle. Devant l’église, elle voit une lumière insolite sur l’un des murs extérieurs. Mais elle n’y prête pas attention. Peu après, Mary Mc Loughlin, une femme de 26 ans, passant elle aussi par là, voit 3 formes lumineuses sur le même mur. Elle pense tout d’abord qu’il s’agit de statues. Au retour, accompagnée par une amie, elle voit toujours les 3 figures de lumières sur le mur. Elle remarque qu’elles se mettent à bouger. Elle comprend qu’il s’agit d’apparitions.

Pendant que d’autres personnes se rendent sur les lieux. Mary va prévenir le curé de la paroisse, qui n’accorde pas d’importance à ce phénomène.  Il pense qu’il ne s’agit que d’un jeu de lumière provoqué par l’une des vitres de l’église. Pourtant une vingtaine de personnes affirment avoir contemplé une scène extraordinaire.

Toutes vont être interrogés en détail par la Commission d’enquête, formée peu après. Elles laissent des témoignages précis, dont celui de Patrick Hill, 14 ans :
“Nous vîmes les figures devant le mur : la Sainte Vierge, Saint Joseph, Saint Jean et un autel, avec un agneau sur l’autel et une croix derrière l’agneau (…).
Je contemplai distinctement la Très Sainte Marie. De grandeur naturelle, elle se tenait à environ 2 pieds (60 cm) au-dessus du sol, en vêtements blancs attachés au cou. Elle tenait ses mains comme si Elle était en prière, levées à la hauteur des épaules et penchant légèrement vers son visage ; les paumes de ses mains face l’une à l’autre. Ses yeux, tels que je les voyais, étaient tournés vers le ciel. Elle portait une couronne brillante sur la tête, et sur le front, à l’endroit où la couronne s’adaptait au front, une belle rose (…). Par moments, elle semblait se déplacer, ainsi que les autres figures, avançant un peu, puis reculant. Je les vis bouger. Mais aucune ne prononça un seul mot. Je les vis de très près (…).
Je vis Saint Joseph, à la droite de la Très Sainte Vierge. Sa tête était en avant, il semblait rendre hommage à Marie. J’ai remarqué ses favoris, ils paraissaient légèrement gris. Je vis aussi les pieds de Saint Joseph. Quant à ses mains, elles étaient jointes comme celles d’une personne en prière.
La 3ème figure debout devant moi était celle de de Saint Jean l’Evangéliste. Il se tenait droit, auprès de l’autel, du côté de l’Evangile, en angle avec la figure de la Très Sainte Vierge, de façon à ne tourner son dos ni à l’autel ni à la Mère de Dieu. Saint Jean était habillé comme un évêque en train de prêcher. Il portait une petite mitre sur sa tête. Il tenait dans sa main gauche un livre de messe ou un livre d’Evangile. Sa main droite était levée à la hauteur de sa tête, avec l’index ouvert et les 3 autres doigts fermés. Il paraissait comme en train de prêcher, mais je n’entendis aucun mot (…).
Sur l’autel se tenait un agneau de 8 semaines, sa face tournée vers l’ouest, regardant dans la direction de la Sainte Vierge et de Saint Joseph. Derrière l’agneau, je voyais des anges flottant tout le temps.”

L’apparition dure 2 heures, sans que les 3 personnages se mettent à parler. Cet évènement fait grand bruit. Les pèlerins ou les curieux se multiplient.

Des guérisons miraculeuses…

Dès le 31 août, une 1ère guérison est signalée : une fillette de 12 ans, sourde de naissance, est guérie immédiatement alors qu’elle s’agenouille devant le mur des apparitions. D’autres guérisons, ainsi que des conversions, ont lieu.

En octobre, l’archevêque de Tuam, dont dépend la paroisse, met en place une Commission d’enquête, composée d’experts ecclésiastiques et de la laïcs. Au printemps 1880, elle se prononce en faveur de la reconnaissance de l’authenticité de faire une déclaration canonique, pour ne pas subir les foudres de l’occupant anglais. Mais il encourage l’organisation de pèlerinages. Le nombre élevé de pèlerins et des guérisons reconnues font de Knock le “Lourdes” de l’Irlande.

L’apparition silencieuse de Knock a donné lieu à diverses interprétations. Le message n’est pas seulement marial, mais également eucharistique du fait de la présence d’un autel et de l’Agneau pascal. Des théologiens ont fait remarquer que le 21 août, le curé de la paroisse venait d’achever une série de 100 messes, commencée le 14 mai, en faveur des âmes du Purgatoire.

Gietrzwalde

Ces apparitions mariales se situent dans un contexte politique douloureux, au sein d’une région polonaise catholique, annexée à la Prusse protestante depuis un siècle. Le bourg de Gietrzwalde (Dietrichswalde à l’époque) compte 2 000 habitants à la fin du XIXème siècle. L’Empire vient de mettre en place un arsenal juridique qui permet de placer l’Eglise catholique sous le boiseau, ainsi que d’interdire ses moyens d’actions.

Justine Szafrinska est une jeune fille de 13 ans en 1877. Orpheline de son père, elle doit travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Employée à soigner des volailles, elle fréquente rarement l’école.

Le 27 juin, à 21 heures, elle rentre chez elle avec sa mère, par une petite route de campagne. Justine voit une lumière blanche, dans un érable, à une centaine de mètres devant elle. En regardant mieux, elle voit la lumière grandir et prendre forme humaine. Elle veut crier mais ne peut pas. Elle rejoint sa mère, qui a continué son chemin en récitant une prière. Le curé du village passant par là, Justine lui parle aussitôt : “Il y a une belle dame, elle a de longs cheveux très beaux, qui lui tombent sur l’épaule, elle est assise sur un trône.” Sa mère et le curé ne voient rien. Celui-ci demande cependant que l’on récite une prière, puis ordonne à Justine de rentrer chez elle.

Le lendemain, à la même heure et au même endroit, Justine récite le rosaire avec quelques compagnes, lorsque la Vierge apparaît de nouveau, mais portant cette fois l’Enfant-Jésus. Une amie de Justine, Barbara Samulowska, 12 ans, voit également la Vierge. Ce n’est qu’au 4ème jour des apparitions, toujours à la même heure, que la Vierge se met à parler :

Je désire que vous récitiez le rosaire tous les jours

Le 5ème jour, le 1er juillet, l’apparition se présente :

Je suis la très Sainte Vierge Marie immaculée

Le 3 juillet, elle indique la durée de ses apparitions quotidiennes :

Je serai avec vous encore deux mois

Le 6 juillet, la Vierge indique comment elle va guérir les malades qui, de jour en jour, commencent à affluer :

Sous cet arbre, construisez un reposoir avec la statue de l’Immaculée Conception
Mettez des tissus au pied de ce reposoir puis donnez-les aux malades

La 1ère guérison attestée se passe dès juillet. Plusieurs autres suivent.
Fait incroyable, les apparitions sont très nombreuses, dépassant le nombre de 160.
La Vierge répond de manière brève et précise et, parfois, se contente de sourire, voire de disparaître sans donner de réponse.

La dernière apparition se déroule le 16 septembre, devant une foule de 15 000 personnes.
Ce jour-là, elle laisse comme ultime recommandation :

Dites toujours le rosaire

Les autorités prussiennes jugent ces rassemblements dangereux et subversifs. Les 2 jeunes voyantes sont éloignées pour un temps du village, le curé se trouve emprisonné durant 5 jours, les pèlerins subissent diverses menaces. Les autorités ecclésiastiques se montrent prudentes. L’évêque parvient cependant à créer une commission d’enquête, qui remet par la suite un rapport favorable. L’évêque fait envoyer sur place divers théologiens, puis se rend lui-même sur les lieux. Il rencontre les 2 voyantes, les questionne longuement et les fait examiner par 3 médecins, dont 2 sont catholiques, le 3ème protestant. Les 3 experts médecins concluent à la bonne santé physique et mentale des 2 jeunes filles.

Les 2 voyantes devinrent toutes deux religieuses, chez les Soeurs de la Charité.

De très nombreuses cas de guérison ont été signalés au sanctuaire jusqu’à aujourd’hui.
Ce n’est qu’en 1945 que Gietrzwalde retrouve la mère patrie polonaise.
En 1977, l’évêque local a lu solennellement le décret canonique de reconnaissance des apparitions. Le futur pape Jean-Paul II, le cardinal Wojtyla, était présent.

Pellevoisin

Estelle Faguette et sa famille n’ont cessé d’accumuler les malheurs.

Le père possède des carrières de craie et une auberge, près de Châlons-sur-Marne. A la suite d’une mauvaise gestion, dont il n’est pas directement responsable, il se trouve ruiné. Pour faire vivre sa famille, il accepte un emploi de concierge puis, avec sa famille, il tente sa chance à Paris, où il ne trouve du travail qu’au jour le jour.

C’est à Paris, à l’âge de 15 ans, qu’Estelle commence à tomber malade. Elle entre néanmoins comme novice chez les Augustines Hospitalières, qui occupent l’Hôtel-Dieu. Une chute la laisse handicapée du genou et la rend inapte aux tâches hospitalières. Elle doit quitter le couvent, en 1863, avant d’avoir prononcé ses voeux. La comtesse de La Rochefoucauld l’accepte chez elle comme couturière pour l’aider. Estelle s’installe alors au château de Pouriers (aujourd’hui de Montbel), à Pellevoisin, en plein coeur du Berry. C’est là qu’elle est atteinte d’une péritonite aigüe, qui mal soignée, s’ajoute aux douleurs liées au genou déformé.

La comtesse de La Rochefoucauld la garde tout de même chez elle, les gages servant à faire vivre ses parents, également installés à Pellevoisin. “Tout en faisant mon service, racontera Estelle, je souffrais énormément. Je disais mon chapelet chaque jour, je lisais un peu l’Imitation de Jésus-Christ, c’était ma seule lecture. J’avais conservé l’habitude d’aller à la messe autant que je le pouvais, ce qui était pour moi une consolation.”

Son état ne cesse d’empirer. En 1875, le docteur Bucquoy, membre de l’Académie de médécine, médecin de l’Archevêque de Paris, constate que la péritonite n’est pas guérie et diagnostique une tumeur abdominale, grosse comme une orange, ainsi qu’une tuberculose pulmonaire. Il lui interdit de continuer à travailler et ne laisse guère d’espoir de guérison. Après avoir été soignée à Paris, grâce à la bienveillance de la comtesse de La Rochefoucauld, Estelle est de retour au château de Pouriers. Le docteur Bernard, médecin de Buzançais, lui rend alors visite en septembre 1875 et se montre très pessimiste.

Le soir même de ce mois de septembre 1875, écrira Estelle, étant toute seule, je sentais que j’étais abandonnée de tous, parce que tout le monde était fatigué de moi et de mes maladies. Alors, dans la nuit, je me suis recommandée de la Sainte Vierge et je pris la résolution de faire une demande à la Sainte Vierge, ce que je fis cette nuit même.”

Estelle prend un papier et un crayon pour écrire à la Vierge Marie. Le lendemain, elle la fait déposer dans une petite grotte, reproduisant celle des apparitions à Lourdes, qui se trouve dans le parc du château. Estelle y implore le secours de la Vierge, demandant à être guérie : “Accordez-moi donc, de votre divin Fils, la santé de mon pauvre corps pour sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents : vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’oeuvre que j’ai commencée ? Si vous ne pouvez, à cause de mes péchés, m’obtenir une entière guérison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle des parents (…). J’ai confiance en vous, ma bonne Mère ; si vous voulez, votre Fils peut me guérir.” Son état de santé s’aggrave.

En décembre 1875, on lui administre l’extrême-onction.
Le 20 janvier 1876, la comtesse de la Rochefoucauld la fait transporter dans une maison qu’elle a dans le bourg de Pellevoisin, et les parents d’Estelle y emménagent également. On la tient pour mourante.

Le 14 février, au soir, le docteur Hubert, un nouveau médecin appelé à son chevet, estime qu’il n’y a plus de soins à donner. Elle n’en a plus que pour quelques heures. C’est cette nuit-là, alors qu’elle est veillée par son père et une femme de la région, qu’elle bénéficie d’une 1ère apparition.

5 apparitions vont se dérouler 5 nuits de suite.
Fait à remarquer, le diable “horrible et grimaçant” est d’abord présent avant les 1ères apparitions mariales, mais recule et disparaît définitivement lors de la 5ème nuit. Il prend la fuite lors de chaque manifestation de la Vierge. Le message commun de ces 5 premières apparitions porte sur la promesse de guérison de la malade.  La description est indiquée, comme suit : “La Vierge avait un voile de laine bien blanc qui formait 3 plis. Je ne pourrais jamais assez ce qu’elle était belle ! Ses traits étaient réguliers, son teint blanc et rose, plutôt un peu pâle.”

La 1ère nuit, la Vierge déclare :

Courage, prends patience : mon Fils va se laisser toucher.
Tu souffriras encore 5 jours, en l’honneur des 5 plaies de mon Fils.
Samedi, tu seras morte ou guérie

Le sort d’Estelle demeure donc incertain.
La 2nde nuit, l’annonce est cependant plus précise :

Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir,
il te laisse la vie ; tu seras guérie samedi

Lors de la 3ème nuit, la Vierge exhorte au courage.
Lors de la 4ème , elle rassure :

Ne crains rien, tu es ma fille ;
mon Fils est touché de ta résignation

Peu après la 5ème apparition, à la première heure du samedi 19 février 1876, la guérison miraculeuse a lieu alors qu’Estelle dit le chapelet.
Elle ressent d’ultimes douleurs, portées à leur maximum, puis un soudain soulagement : “A ce moment, après que la Vierge eut disparu, je souffrais horriblement ; mon coeur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de la poitrine. L’estomac et le ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir. Je me souviens très bien que je tenais mon chapelet à la main gauche ; il m’était impossible de soulever la droite. J’offris mes souffrances au bon Dieu ; je ne savais pas que c’étaient les dernières de cette maladie-là. Après un moment de repos, je me sentais bien. Je demandais l’heure, il était minuit et demi. Je me sentais guérie, excepté mon bras droit, dont je n’ai pu me servir qu’après avoir reçu le bon Dieu.”

Le matin, lorsque le curé du village lui apporte la communion. Estelle se déclare guérie. Elle se lève et mange avec appétit. Peu après, le médecin constate qu’elle ne porte plus aucune trace des maux l’ayant atteinte. Les autres médecins, qui l’avaient traitée auparavant, arrivent à la même conclusion.

De nouvelles apparitions se manifestent les 1er, 2 et 3 juillet, en fin de soirée. La Vierge apparaît les bras tendus, faisant tomber de ses mains une pluie de bénédictions. Dans le fond clair, on distingue nettement une guirlande de roses.
Le 2 juillet, elle dit à Estelle :

Tu as déjà publié ma gloire.
Continue.
Mon Fils a aussi quelques âmes plus attachées.
Son coeur a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes.
Par moi, il touchera les coeurs les plus durs.

Je suis venue particulièrement pour la conversion des pècheurs

Une 3ème et dernière phase est constituée de 7 apparitions, sur 3 mois : 9, 10 et 15 septembre, 1, 5 et 11 novembre, 8 décembre.
L’élément central porte sur la révélation du scapulaire du Sacré-Coeur, qui intervient le 9 septembre, lors de la neuvième apparition. La Vierge, à la fin de cette apparition, montre un scapulaire du Sacré-Coeur et dit à Estelle :

J’aime cette dévotion.
Je t’ai choisie pour publier ma gloire et répandre cette dévotion, lui confie la Vierge le 8 décembre

Description du scapulaire : il y avait aux 4 coins, des boutons de rose d’or ; dans le haut, il y avait un coeur d’or enflammé avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive. Voici ce qu’il y avait d’écrit : “J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière.”

La Vierge Marie se penche vers elle et lui donne à baiser le scapulaire et les moyens de le répandre :

Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait.
Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le sacrement de son amour.

Elle montre la portée de la dévotion du scapulaire :

Voici les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance

Estelle écrira de son côté : “En disant ceci, la Sainte Vierge étendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir des grâces écrites telles que : pitié, salut, confiance, conversion, santé ; en un mot toutes sortes de grâces plus ou moins fortes”. La Sainte Vierge ajoute :

Ces grâces sont de mon Fils ; je les prends dans son Coeur ; il ne peut me les refuser

Le scapulaire que montre la Vierge ne porte qu’un Sacré-Coeur sur une face. Estelle demande ce qu’il faut mettre sur l’autre côté. La Vierge lui répond :

Je le réserve pour moi ; tu soumettras ta pensée, et l’Eglise décidera

Lors de la 11ème apparition, le 15 septembre, la Vierge parle de l’Eglise et de la France :

Dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je désire. Et la France ! Que n’ai-je fait pour elle !  Que d’avertissement, et pourtant elle refuse de m’entendre ! Je ne peux plus retenir mon Fils. La France souffrira…

Suite à la guérison miraculeuse du 19 février 1876, le curé de Pellevoisin adresse un récit détaillé de l’affaire à l’archevêque de Bourges. Monseigneur de la Tour d’Auvergne. Il reçoit même Estelle Faguette le 8 décembre et institue, le 13 janvier 1877, une Commission d’enquête. Les médecins et les personnes, ayant soigné Estelle, sont interrogés. La Commission rend des conclusions favorables au caractère miraculeux de la guérison. Monseigneur de la Touche se rend à Rome et soumet au pape Pie IX le projet d’une confrérie. Pie IX bénit le projet. Monseigneur de la Tour d’Auvergne autorise, le 28 juillet suivant :

la création d’une “Confrérie en l’honneur de Notre Dame de Pellevoisin, sous le titre de Mère toute Miséricordieuse ainsi que le port du scapulaire du Sacré-Coeur, dont Estelle a eu la révélation lors de la 9ème apparition

Le 5 décembre 1878, Monseigneur de la Tour d’Auvergne ordonne une seconde enquête portant cette fois sur les apparitions. Si, encore aujourd’hui, ces dernières ne sont pas officiellement reconnues par l’Eglise, sans être pour cela rejetées, on remarquera que la guérison est désormais canoniquement définie comme miraculeuse. Monseigneur Vignancourt, archevêque de Bourges en 1983, a soin de préciser que “ce miracle” a été obtenu par l’intercession de Marie, Mère de Miséricorde”. La Commission médicale a conclu que la guérison avait bien été “soudaine, totale et durable”.

Saint Bauzille de la Sylve

Ce petit village, situé à 45 km au sud de Béziers, se trouve en Languedoc. L’arrivée du chemin de fer a favorisé l’essor de la viticulture, en facilitant l’exportation des productions. Le pays s’est enrichi, mais cette prospérité matérielle a également provoqué un relâchement de la pratique religieuse et une augmentation de l’alcoolisme. Puis le phylloxéra, cette grave maladie de la vigne, menace le Languedoc en 1873.

Le dimanche 8 juin 1873, vers 7 heures, alors qu’Auguste Arnaud, ouvrier vigneron, s’occupe de ses vignes, il voit apparaître à 1,50 m du sol, un personnage dans une nuée lumineuse. C’est une femme de taille moyenne, toute de blanc vêtue. Elle porte une ceinture frangée, sa tête est surmontée d’une couronne haute, semblable à la mitre d’un évêque. Un grand voile blanc, partant du sommet de la couronne l’enveloppe de toutes parts jusqu’aux pieds, couvrant même les mains, croisées sur la poitrine. Tous ces divers ornements sont d’une éclatante blancheur. Sa figure est belle, calme, sans exprimer ni joie ni tristesse. Elle se retrouve noyée dans une atmosphère lumineuse. N’en croyant pas ses yeux, Auguste questionne l’apparition : “Qui êtes-vous ?”

Je suis la Sainte Vierge. N’ayez pas peur.
Vous avez la maladie de la vigne.
Vous avez abandonné Saint Bauzille. Il faut faire sa fête le jour où elle tombe. Jeudi, il faudra aller à Saint Antoine, la chapelle d’un ancien ermitage sur la colline qui domine le village, en procession et y dire la messe. D’aujourd’hui en quinze, il faut aller en procession à Notre-Dame, tout le canton de Gignac, Montpellier et Lodève en ville.
Il vous faut placer une nouvelle croix et changer l’autre. Vous placerez une croix chargée d’une Vierge au fond de votre vigne, et y ferez procession chaque année.
Allez dire cela à votre père et au curé de suite.
Dans un mois, je viendrai vous remercier.

La Vierge disparaît ensuite. Auguste va raconter l’évènement à son père et, ensemble, ils se rendent chez le curé du village, qui les écoute mais n’y accorde pas foi. Il lui semble impossible que la Vierge apparaisse à un homme qui profane le jour du Seigneur en ne respectant pas le repos dominical. Auguste désire cependant accomplir les demandes de la Vierge. Le lendemain même de l’apparition, il dresse une croix de bois provisoire dans sa vigne, que le curé refuse de bénir.

Le jeudi 12 juin, accompagné de membres de sa famille, il accomplit le pélerinage à l’ermitage Saint Antoine.
Le dimanche suivant, il fait de même au sanctuaire Notre Dame de Grâce, à Gignac.
Rassemblant ses économies, il participe à l’édification d’une croix de fer, dorée et argentée, pour remplacer celle en bois.

Tous ces faits ne passent pas inaperçus dans le village. Auguste Arnaud ne cache pas avoir eu une apparition de la Vierge. Excepté une minorité de sceptiques, libres penseurs ou anticléricaux, la majorité des braves gens croit au récit d’Auguste. On écarte la possibilité d’une hallucination : l’homme est trop calme et pondéré pour être la victime de ses sens. La vie passée  du vigneron plaide en faveur de la réalité des faits.

A la date prescrite, le 8 juin, Auguste va à a vigne à 4 h 30 du matin et se met au travail. Plusieurs centaines de personnes des environs se trouvent également sur les lieux, dans l’attente de l’apparition promise. Vers 7 h 30, tout à coup, Auguste laisse échapper sa pioche. Il est droit, la tête levée, les yeux ouverts, fixés vers le ciel, sa main droite saisit énergiquement son chapeau et le jette à terre. Ses 2 bras s’élèvent en l’air, son visage est devenu pâle, très pâle, ses mains semblent démesurément allongées, ses yeux n’éprouvent aucun mouvement des paupières, comme fixés par l’apparition qui l’attire.

Auguste fera la déposition suivante : “Tout à coup, à 2 m devant moi, j’aperçus de nouveau la même personne de la 1ère apparition. A peine l’eus-je vue que, rapide comme l’éclair, elle fut sur la Croix. Je me trouvais toujours devant elle à la même distance de 2 m. Je ne sais, je ne puis comprendre comment je me suis trouvé là, ni comment j’ai parcouru la distance qui me séparait du lieu où j’étais d’abord, de la Croix au pied de laquelle je me suis ensuite trouvé.”

Si les témoins n’ont rien vu de l’apparition, en revanche ils ont tous constaté ce déplacement prodigieux, inexplicable. L’un d’eux fera la déposition suivante : “Il est emporté avec une rapidité effrayante vers la Croix… directement en ligne droite, à travers les souches et les ceps qui étaient alors dans toute leur vigueur, enlacés les uns dans les autres.”

Auguste Arnaud ajoute : “La Sainte Vierge avait les mêmes traits et la même expression que la 1ère fois ; ses vêtements étaient de même forme, mais de couleur d’or, et paraissaient encadrés, dans une atmosphère lumineuse de quelques centimètres de large. Sa figure était pleine de clarté. Les mains, croisées sur la poitrine et sous le voile, étaient entourées d’une chapelet toujours de couleur d’or.”

D’après les témoins, Auguste est plongé dans une profonde contemplation durant une dizaine de minutes. Puis la Vierge délivre un ultime message :

Il ne faut pas travailler le dimanche.
Heureux celui qui croira, malheureux celui qui ne croira pas.
Il faut aller à Notre-Dame-de-Gignac en procession.
Vous serez heureux avec toute la famille.

Puis, la Sainte Vierge fait glisser le chapelet sur la main gauche et de la droite elle donne la bénédiction à la foule comme font les prêtres à la fin de la messe en disant :

Que l’on chante des cantiques.

Et elle disparait de la même manière que la 1ère fois.
L’évènement fait grand bruit dans toute la région. La vigne d’Auguste devient un lieu de pèlerinage. Des guérisons miraculeuses de malades s’y produisent. Le curé du village, l’abbé Coste, reste cependant réservé. Il n’ose pas communiquer à l’évêque du diocèse, Monseigneur Le Courtier, un rapport de l’évènement. Il sait que ce dernier s’exprime parfois en “vrai voltairien” et ne croit pas aux apparitions de La Salette. L’abbé Coste se contente d’organiser, l’année suivante, de grands pèlerinages à Saint-Antoine et à Notre-Dame-de-Grâce à Gignac. Il fait ériger les croix demandées.

Un nouvel évêque, Monseigneur de Cabrières, prend les choses en mains. En février 1875, il se rend à Saint Bauzille, s’entretient longuement avec Auguste Arnaud, visite les lieux de l’apparition et décide de nommer une commission d’enquête, afin d’étudier l’évènement. En 1879, il autorise finalement la construction d’une chapelle. Il vient lui-même célébrer la messe dans le nouveau sanctuaire, où la Vierge est invoquée sous le vocable “Notre Dame du Dimanche”.

Pontmain

En 1871, Pontmain est un important village de 500 âmes, juché dans le bocage mayennais. La maison de la famille Barbedette donne sur la place principale, non loin de l’église, face à une imposante maison, occupée par le buraliste, Augustin Guidecoq.

Le mardi 17 janvier, vers 17 h 30, le père Barbedette, ainsi que 2 de ses fils (Eugène 12 ans et Joseph 10 ans) pénètrent dans la grange attenante à leur habitation, afin de pilier des ajoncs destinés à la nourriture des chevaux. Un quart d’heure plus tard, Jeannette Détais entre dans la grange pour parler au père Barbedette. Eugène en profite pour interrompre son travail et se mettre sur le pas de la porte. Dehors il fait un froid glacial, la neige recouvre le sol et les toits. La nuit est tombée depuis un bon moment et le ciel, très pur, s’illumine d’étoiles.

Soudain, non loin de la maison Guidecoq, mais bien au-dessus du toit, Eugène voit une belle grande Dame, vêtue d’une robe bleue, parsemée d’étoiles d’or, sans ceinture et sans taille, identique à un sarrau d’enfant : une robe d’une seule pièce, allant du cou jusqu’aux pieds. “Elle avait des chaussons, racontera-t-il plus tard, bleus comme la robe, et au milieu, un ruban d’or formait un noeud en forme de rosette. Un voile noir, cachant entièrement les cheveux et les oreilles, et couvrant le tiers du front, retombait sur les épaules jusqu’à la moitié du dos. Immédiatement rejeté en arrière, il ne cachait pas la figure. Sur la tête, elle portait une couronne d’or, sans autre ornement qu’un petit liseré rouge, situé à peu près au milieu. Posée sur le voile, haute à peu près de 20 centimètres, elle ne montait pas tout droit, mais en s’élargissant comme un cône renversé. Un grand cercle ovale, du même bleu que la robe, entoure la Dame. 4 bougies sont à l’intérieur du cercle bleu, 2 à la hauteur des genoux de la Dame, 2 à la hauteur de ses épaules. Sur la poitrine, est située une petite croix rouge.”

Cette tenue pour le moins étonnante, tranche avec celles des autres apparitions. Il faut certainement y voir une interprétation symbolique.

La Vierge reste silencieuse. Seules les expressions de son visage et un texte qui va s’inscrire dans le ciel permettent de comprendre son message.

Lors de la 1ère étape de l’apparition, Eugène voit la Dame avec les bras baissés, les mains ouvertes, le visage, d’une beauté incomparable, demeure souriant. Lorsque Jeannette Détais sort de la grange, Eugène lui demande : “Jeannette, regarde donc sur la maison du buraliste si tu ne vois rien ?” Jeannette ne voit rien. Le père Barbedette et son second fils, Joseph, sortent à leur tour et regardent le ciel. L’adulte ne voit rien, mais en revanche, Joseph parle à son tour : “Oui, je vois une belle grande Dame.” Sachant ses enfants incapables d’inventer des histoires pour se moquer de la religion, le père Barbedette fait chercher son épouse, qui ne voit rien. On va alors chercher la domestique de la famille, Louis, qui ne distingue rien non plus.

Puis la famille va souper. En sortant à nouveau, les 2 garçons voient toujours la belle Dame. Leur mère, très troublée, leur recommande de réciter 5 Pater et 5 Ave. L’apparition se prolonge. On va chercher une des religieuses qui s’occupent de l’école. Elle ne voit rien, mais fait venir 3 de ses pensionnaires. 2 des 3 enfants, Françoise Richer, 11 ans, et Jeanne-Marie Lebossé, 9 ans, voient également “la belle Dame”. Leur description coïncide exactement avec celle des garçons. L’abbé Richard et 2 enfants se rendent également sur les lieux. Les allées et venues sont remarquées. Des curieux, malgré la nuit glaciale, viennent grossir le groupe. Au total, 7 enfants voient la Vierge dans le ciel : outre les 2 frères Barbedette et les 2 élèves des soeurs, il faut ajouter Eugène Friteau, 6 ans, Augustine Boitin (25 mois) et Auguste Avice (4 ans).

Le curé demande que l’on prie. L’une des religieuses dirige la récitation du chapelet. Lors de cette récitation, la Vierge et l’ovale bleu grandissent de moitié. Lorsqu’une soeur entonne le Magnificat, un grand écriteau blanc apparaît au-dessous des pieds de la Vierge. Des lettres se forment lentement une à une que les enfants voyants lisent :

Mais priez mes enfants

L’abbé Richard décide alors de faire chanter les litanies de la Vierge. A la 1ère invocation, une nouvelle lettre se forme, suivie par d’autres. A la fin des litanies, une nouvelle phrase est écrite :

Dieu vous exaucera en peu de temps.
Mon Fils se laisse toucher.

Un nouveau cantique à la Vierge est chanté. “Alors, raconte l’abbé Richard, la Sainte Vierge éleva, à la hauteur de ses épaules, les mains qu’elle tenait abaissées et étendues, et agitant les doigts lentement, comme si elle eût accompagné le chant du cantique, elle regardait les enfants avec un sourire d’une douceur infinie : “Voilà qu’elle rit, voilà qu’elle rit, s’écriaient-ils”

Après 10 minutes, alors que la foule entame un chant de pénitence, l’inscription disparaît. Puis le visage de la Vierge s’assombrit, une grande croix rouge, avec un Christ de même couleur, apparaît devant la Vierge, qui prend ce crucifix, entre ses mains et l’incline légèrement vers la foule. “Pendant tout ce cantique, dira Joseph Barbedette lors de l’une de ses dépositions au procès canonique, le regard de la très Sainte Vierge ne se dirigeait plus vers nous, mais vers le crucifix. Dès le commencement de ce cantique, une des étoiles qui s’étaient groupées au-dessous des pieds vint allumer la bougie du genou droit, remonta à celle de l’épaule droite et alla se placer au-dessus de la tête… Pendant tout le temps que la très Sainte Vierge garda le crucifix dans ses mains, son visage était empreint d’une tristesse indicible. Cependant elle n’a pas pleuré : nous n’avons pas vu les larmes rouler dans ses yeux ; mais, spécialement au coin de la bouche, le tremblement des lèvres qui manifeste une vive émotion. Les lèvres remuaient, semblant prononcer les paroles du cantique de pénitence que l’on chantait à ses pieds, spécialement au refrain, qui est le Parce”.

Lorsque la foule commence à chanter l’Ave Maria Stella, le crucifix rouge disparait. Sur chacune des épaules de la Vierge, apparaît une petite croix blanche. Son visage s’illumine à nouveau d’un sourire. Le curé ordonne de faire la prière du soir. Lors de cette prière, l’apparition disparait peu à peu. Un grand voile blanc, partant des pieds, couvre le corps de la Vierge. Puis son visage se voile, l’ovale bleu et les 4 bougies allumées disparaissent. Il est près de 21 heures lorsque se termine l’apparition. Elle a duré environ 3 heures.

Vers une reconnaissance officielle…

L’abbé Richard, persuadé de la véracité des affirmations des enfants, écrit le lendemain même à son supérieur immédiat, le curé-doyen de Landivy, François Guérin. Ce dernier, assez sceptique, se rend à Pontmain le 19. Il interroge séparément les enfants, avec parfois une certaine brusquerie, cherchant des failles éventuelles ou des contradictions. Il doit finalement s’incliner devant la bonne foi évidente des enfants.  Il rédige un rapport favorable à l’évêque de Laval, Monseigneur Wicart ordonne une enquête officielle. Le 14 mai, il se rend lui-même à Pontmain et en repart bouleversé et convaincu : “Rien de plus calme, rien de plus modeste, rien de plus net et de plus ferme que les déclarations faites.”

Les enfants sont soumis à l’examen de 3 médecins : un professeur de l’école de médecine de Rennes et 2 sommités médicales du département. Leur rapport conclut à la bonne santé physique et psychique des enfants, excluant ainsi que la vision soit la conséquence d’une affection ophtalmologique, d’une illusion d’optique ou d’une hallucination. Le 2 février 1872, l’évêque prononce un jugement définitif qui conclut que la Vierge Marie est bien apparue le 17 janvier 1871 dans le hameau de Pontmain.

L’annonce de la fin de la guerre franco-prussienne

Cette apparition, placée sous le signe de l’espérance, annonce la fin de la guerre franco-prussienne, comme l’indique la blanche banderole : “Dieu vous exaucera en peu de temps”. En effet, les 2 parties belligérantes concluent un armistice et signent les préliminaires de la paix le 28 janvier 1871, 11 jours après l’apparition. Le contexte historique de l’apparition est évident quand on sait que l’invasion prussienne touche à cette époque la Mayenne, et que c’est dans cette région que se font entendre les derniers coups de canons.

Philippsdorf

Philippsdorf était au XIXème siècle un village de Bohême, peuplé en majorité d’Allemands. Cette localité se trouve aujourd’hui en République tchèque sous le nom de Filippov.

Madeleine Kade voit le jour dans une famille de tisserands. Par malheur, elle perd à l’âge de 13 ans son père, puis sa mère à 26 ans. Elle s’installe chez son frère, Joseph, marié et père de 5 enfants. Elle a accumulé depuis 12 ans une succession impressionnante de maladies : convulsions, pleurésie, pneumonie, ulcère à l’estomac, évanouissements fréquents, méningite, cancer du sein, dermatose. A plusieurs reprises, on a cru sa dernière arrivée et on lui a administré l’extrême-onction.

Elle se trouve alitée depuis 1 mois, lorsque dans la nuit du 13 janvier 1866, alors qu’une amie veille auprès d’elle, vers 4 heures du matin, la malade voit tout à coup une grande lumière éclairer sa chambre. Son amie ne voit rien. Assise dans son lit, la malade voit une lumière toujours plus resplendissante, et au centre, une Dame éclatante, entièrement vêtue de blanc, couronnée d’un diadème d’or. Elle se trouve si proche du pied du lit, que Madeleine pense pouvoir la toucher. L’apparition tient sa main gauche sur le coeur et celle de droite est tendue vers le bas, comme pour inviter à faire quelque chose.

Pas de doute pour Madeleine, il s’agit bien de la Vierge. “Je tremblai de joie et de peur à la fois”, dira-t-elle plus tard.
Elle ordonne à son amie de se mettre à genoux et lui demande : “Tu ne la vois pas ? C’est la Mère de Dieu, là.”
L’amie répond : “Je vois seulement la flamme de la lampe à huile”

L’émotion est si forte et l’éclat de la Vierge si intense que Madeleine se couvre les yeux de ses mains et se met à pleurer. La lumière se faisant plus douce, elle peut à nouveau contempler l’apparition et, joignant les mains, elle débute une prière : “Mon âme exalte le Seigneur. Exulte mon esprit en Dieu mon sauveur”. Elle récite les 1ers versets du Magnificat. A peine a-t-elle dit ces 2 premiers versets que la Vierge se met à lui parler, d’une voix douce et harmonieuse :

Ma fille, bientôt, tu seras guérie.

Puis l’apparition cesse subitement. Madeleine demande à son amie de l’aider à terminer la récitation de la prière, tandis qu’elle commence à sentir une énergie nouvelle monter en elle.
Elle appelle ensuite ses proches, raconte l’apparition et se sent guérie.

On remarque que sa tumeur au sein a totalement disparu. Le lendemain même, son médecin, qui l’examine longuement, constate avec stupéfaction, que sa patiente ne souffre plus d’aucun mal et que toute séquelle a disparu. Madeleine va vivre dès lors pendant plus de 40 ans, sans connaître la moindre rechute. Elle décèdera à 72 ans.

Vers une reconnaissance de l’apparition et du miracle

Le curé du village se rend au domicile de la miraculée et constate également que la guérison semble spontanée, intégrale et durable. Peu de jours après, il adresse à l’évêque de Leitmeritz (aujourd’hui Litomerice) un récit détaillé de l’apparition et du miracle.

Monseigneur Wahala fait nommer une Commission d’enquête, présidée par le vicaire capitulaire. Le 7 mars, la Commission débute ses travaux. Elle interroge longuement Madeleine, ainsi que son amie qui la veillait, sans oublier la famille, les 2 médecins qui la soignaient et avaient déclaré incurable son cancer. Les interrogatoires se prolongent durant une semaine.

Monseigneur Wahala se montre néanmoins plus prudent. Il ne fait pas de déclaration officielle, mais il laisse les pèlerins affluer à Philippsdorf, allant même jusqu’à accepter que la chambre de la miraculée soit transformée en chapelle.

En 1870, l’évêque autorise qu’une église soit construite et que les principales pièces de la “chambre du miracle” soient conservées  dans une aile du sanctuaire. L’église sera élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie XI en 1925.

En 1985, jour anniversaire de l’apparition, le pape Jean-Paul II a béni au Vatican une couronne destinée à orner la statue de la Vierge se trouvant au sanctuaire.

De nos jours, plus de 50 mille pèlerins se rendent chaque année dans ce qui est considéré comme la “Lourdes de la Bohème”.

Guérisons miraculeuses

La même année 1866, 2 autres guérisons, qualifiées de miraculeuses, sont constatées par les médecins.

Depuis, de nombreuses guérisons s’y sont passées.

Bernadette Soubirous

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 à Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins échelonnés à quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le château fort de Lourdes et les collines couvertes de prés et de bois qui s’élèvent vers Bartrès.

Bernardette est une enfant désirée, car sa naissance comble un mariage d’amour, dont l’origine a surgi d’un malheur. Le 1er juillet 1841, Justin Casterot, le meunier de Boly, a trouvé la mort dans un accident de charette. Sa veuve, Claire, se retrouve seule avec 4 grandes filles et un moulin. Pour subsister, elle décide de marier l’aînée, Bernade, âgée de 19 ans, à un garçon de la corporation : François Soubirous, un gaillard de 34 ans, issu d’une vieille famille lourdaise peu fortunée. Il se rend avec plaisir au moulin mais préfère la cadette, Louise, une blonde aux yeux bleus. Bien qu’à cette époque, les intérêts dépassent souvent les sentiments, François parvient à convaincre sa future belle-mère de sa préférence pour Louise. Leur mariage est célébrée le 9 janvier 1843.

Le 9 janvier 1844, Bernadette est baptisée, sous le nom de Bernarde-Marie. Elle est au début choyée par sa mère, une grande-mère, 3 tantes et la marraine, Bernarde, la fiancée délaissée. Un soir de novembre 1844, Louise, qui attend un 2ème enfant, se brûle gravement avec une chandelle de résine suspendue à la cheminée. Ne pouvant plus nourrir Bernadette, elle décide de la confier à Marie Lagües qui vient de perdre son aîné, Jean, 18 jours après l’accouchement. Celle-ci accepte de prendre Bernadette en nourrice pour 5 francs par mois, et ce, pour une durée d’un an et demi.

L’année où le pape Pie IX définit l’Immaculée Conception de Marie, François Soubirous se retrouve au chômage et devient ouvrier-manoeuvre pour 1,20 franc par jour.

Alors que le baron Haussmann transforme Paris en cité lumière et que la bourgeoisie du Second Empire s’enrichit. Lourdes connaît l’épreuve de la disette parmi les pauvres. Les plus démunis s’entassent dans un quartier insalubre, au pied des vieux remparts. A l’automne 1855, une épidémie de choléra cause la mort de 30 personnes, dont la grand-mère Castérot. Bernadette, également atteinte, subit le traitement de l’époque : on lui bouchonne le dos avec de la paille jusqu’au sang. Elle sera asthmatique jusqu’à sa mort.

Avec 900 francs d’héritage, les Soubirous louent un moulin à Arcizac, près de Lourdes. Mais ce n’est qu’un court répit. La récolte de 1856 s’avère désastreuse. La famine sévit à nouveau. Le prix du pain fait plus que doubler. Au début de l’hiver 1857, les Soubirous sont de nouveau à la rue. André Sajous, cousin germain de Louise Soubirous, leur loue le cachot de l’ancienne prison de Lourdes désaffectée pour cause d’insalubrité.

François, sa femme et leurs 3 enfants, Bernadette (15 ans), Toinette (12 ans) et Jean-Marie (7 ans) s’entassent dans ce rez-de-chaussée malodorant, rue des Petits Fossés, située dans la partie haute et centrale de la ville, près du château fort. La pièce ne reçoit le jour que par une petite fenêtre munie de barreaux de fer. Au cachot, on connaît la faim. Non seulement le pain manque, mais on ne peut même pas s’offrir la maigre bouillie de maïs qui “tient le ventre”. Le petit frère est surpris en train de manger la cire des cierges à l’église.

Le 27 mars 1857, les gendarmes arrêtent François Soubirous, accusé injustement de vol de farine. Le boulanger Maisongrosse l’a dénoncé pour l’unique motif inscrit dans les actes de la procédure : “C’est l’état de sa misère qui m’a fait croire qu’il pourrait être l’auteur de ce vol”. On mettra 1 semaine pour s’apercevoir qu’il est innocent. Aucun des enfants Soubirous ne reçoit d’instruction. Bernadette doit travailler, tantôt comme chiffonnière, tantôt comme gardienne d’enfant, le plus souvent comme serveuse dans un cabaret tenu par la tante Bernade.

L’asthme chronique de Bernadette la fait tousser au moindre effort. Pour se soigner, elle part en 1857 chez sa nourrice d’enfance à Bartrès, garder les moutons, comme bergère sans gages. La bergerie, c’est une longue solitude, mais tout de même un refuge amical. Sa joie, c’est de mener ses moutons dans les pacages au-dessus de Lourdes. Bernadette sait apprécier cette solitude choisie, cette nature paisible et tendre. Elle respire à pleins poumons l’air pur des pâturages. Elle contemple la vallée et la Gave à ses pieds, et communie avec la splendeur du paysage. Bernadette est alors une adolescente menue, presque chétive.

Marie Lagües s’est chargée de la préparer pour sa 1ère communion. Le soir, après dîner, pendant que son mari, le sabotier, travaille à la lueur d’une bougie, la vieille femme fait répéter laborieusement des phrases à Bernadette. C’est une rude épreuve pour la jeune fille, car sa mémoire n’a jamais travaillé, faute d’être allée à l’école. Tout s’enfuit. La nourrice martèle les syllabes, mais Bernadette n’en est que plus bloquée. Elle ne retient pas les paroles abstraites. Alors, parfois, la nourrice qui est un peu soupe-au-lait, jette le catéchisme à travers la pièce et s’emporte : “Tiens ! tu es trop bête ! Jamais tu ne pourras faire ta 1ère communion ! Tu ne retiens rien !

Au cachot, on fait chaque jour la prière du soir, et la voix ferme de Bernadette émerge à travers le plafond. Le cousin Sajous, qui loge à l’étage au-dessus, en témoignera. Bernadette vit une profonde union à Dieu, sans bagage d’instruction religieuse, dans une grande indigence de langage et de moyens.

C’est finalement à l’école gratuite des soeurs de l’Hospice, dans la “classe des indigents”, où elle a été admise avec sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum, que Bernadette finit par apprendre à lire.

Elle peut faire sa 1ère communion grâce à l’abbé Ader qui tente de lui enseigner le catéchisme. Pédagogue admirable, il a pressenti avant tout le monde quelle profondeur se cache sous l’apparente lenteur d’esprit de cette enfant timide. Il dit un jour à Bernadette : “Tu ne sais rien, mais tu comprends tout…” L’abbé Ader, qui a choisi la vocation monastique, chez les Bénédictins, la recommande à l’abbé Pomian, l’aumônier de l’Hospice, qui accepte de l’inscrire au catéchisme préparatoire.

Après les apparitions et la Commission d’enquête, Bernadette arrive à Nevers le 7 juillet 1868 et reçoit l’habit des soeurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne du couvent de Saint Gildard, le 29 du même mois. Elle s’appelle désormais soeur Marie-Bernard.

Victime de la tuberculose, elle meurt le mercredi de Pâques 1879, à 3 heures de l’après-midi, à l’heure même où le Christ mourut sur la croix. Bernadette Soubirous est déclarée “Bienheureuse” en juin 1925 par le pape Pie XI, et canonisée le 8 décembre 1933, le jour de l’Immaculée Conception.

Depuis août 1925, elle repose dans une chasse de la chapelle du couvent Saint Gildard.

Guérisons miraculeuses

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical. Au moment des 1ères apparitions, Catherine Latapie, âgée de 39 ans, habite à Loubajac, village voisin de Lourdes. Elle est invalide de sa main droite depuis 1856, après la chute d’un arbre. Cette accident a causé une “luxation de l’humérus, aisément réduite… mais laissé une paralysie de type cubital, par élongation traumatique du plexus brachial”. Sa main se trouvant paralysée et déformée, elle ne peut plus travailler et s’enfonce dans la misère. Mue par une inspiration soudaine, elle se lève à 3 heures du matin, réveille ses 2 jeunes enfants et se met en route pour Lourdes. Elle arrive à temps pour être bien placée, rencontre Bernadette, s’agenouille et prie dans la grotte. Et puis, très simplement, elle trempe sa main dans le petit bassin qui recueille l’eau de la source. Ses doigts paralysés, déformés, retrouvent leur souplesse. Elle peut à nouveau les allonger, les plier, s’en servir avec la même facilité qu’avant l’accident. Se trouvant enceinte depuis plusieurs mois, elle doit aussitôt rentrer chez elle. Sa joie est alors interrompue par des douleurs au ventre. Elle fait courageusement les 4 km du retour et met au monde, le soir même, un petit Jean-Baptiste, qui deviendra prêtre en 1882 ! Le professeur Vergez, dans son rapport à l’intention de Monseigneur Laurence, évêque de Tarbes, classe “ce cas dans les guérisons présentant un caractère surnaturel”.

De nouveaux miracles se déroulent à la grotte, dont celle de Louis Bouriette, ouvrier carrier, travaillant et vivant à Lourdes. Il est atteint depuis 2 ans d’une perte de vision complète de l’oeil droit, suite à un accident de mine. Il se rend à la grotte, s’agenouille, se met à prier, lave ensuite son oeil droit avec l’eau de la source.

“Je lavai et relavai, racontera-t-il plus tard, encore plusieurs fois en l’espace de peu de temps mon oeil droit, et ma vue, après ces ablutions, a été ce qu’elle est en ce moment, excellente”.

Quand le docteur Dozous, qui le soigne, l’examine peu après, il constate, stupéfait, que l’oeil perdu est redevenu normal et que la guérison est inexplicable.

Blaisette Cazenave a également de sérieux problèmes avec ses yeux. Cette lourdaise de 50 ans souffre d’une infection chronique de la conjonctive et des paupières. La médecine de l’époque ne peut lui être d’aucun secours. Déclarée incurable, elle décide, en mars 1858, d’utiliser l’eau de la grotte en lotions. Dès la seconde application, elle est totalement guérie : les paupières se sont redressées, les bourgeons charnus ont disparu, ainsi que les douleurs et l’inflammation. Le professeur Vergez est obligé de reconnaître que “l’effet surnaturel est d’autant plus manifeste dans cette merveilleuse guérison que la “lésion matérielle” – nous dirions maintenant l’atteinte organique des paupières – était plus frappante… et que, au rétablissement rapide des tissus dans les conditions organiques et vitales normales, est venu s’ajouter le redressement des paupières.

Un jeune couple désespéré vient à la grotte. Leur enfant en bas âge va mourir ; il est quasiment à l’agonie. La femme, Croisine Bouhort, le tient serré contre elle enveloppé dans son châle. Son mari, un ardoisier, la suit et tente de la raisonner. Mais, guidée par l’espérance, elle ne veut rien entendre. Elle désemmaillote son petit qui apparaît pitoyable, décharné, inerte. Croisine plonge son enfant dans l’eau glacée de la source. En l’immergeant, elle prie et implore la Mère de Dieu de tout son coeur. Loin de succomber, l’enfant crit et gigote avec énergie. Sanglotant de joie, Croisine l’essuie, l’enveloppe et l’emporte en rendant grâce à Bernadette à qui la Dame vient de parler. Le petit Justin Bouhort, dont l’oncle menuisier avait déjà préparé un cercueil, grandira, pour la plus grande perplexité des médecins.

Bernadette récuse les guérisons miraculeuses qu’on tente de lui attribuer. Une commission administrative, formée du commissaire Jacomet, du maire Lacadé et du procureur Vital-Dufour, l’interroge le 18 mars. Bernadette se comporte avec simplicité : “Je ne crois pas avoir guéri qui que ce soit, et je n’ai pas au reste rien fait pour cela. Je ne sais pas si je reviendrai davantage à la grotte.”

LOURDES est aujourd’hui le plus important pélerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 guérisons y ont été attestées, 2 000 qualifiés d’inexplicables, 66 jugées miraculeuses. Des milliers de personnes, guéries de diverses maladies, ont sans doute préféré conserver l’anonymat.

Lourdes

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 à Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins échelonnés à quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le château fort de Lourdes et les collines couvertes de prés et de bois qui s’élèvent vers Bartrès – lire la suite…

Le jeudi 11 février 1858, Bernadette, sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum s’en vont ramasser du bois mort, malgré le froid. Elles quittent la rue des Petits Fossés et franchissent le Pont Vieux afin de prendre le chemin de la forêt, de suivre le sentier couvert de ronces et de pierres. Elles s’engagent dans l’île du Moulin de Savy, et franchissent la passerelle. Mais les meuniers qui se réservent le bois autour de chez eux, se fâchent.

Les 3 filles décident d’aller du côté de Massabielle, là où le canal du Moulin rejoint le Gave. A cet endroit, le bois est à tout le monde. A leur gauche, de l’autre côté du canal, se dresse la grotte de Massabielle au bas d’une falaise. Bernadette la voit pour la 1ère fois. Jeanne et Toinette retroussent leurs jupes et traversent en pataugeant dans l’eau glacée. Bernadette qui redoute d’attraper froid et de se voir saisie par une crise d’asthme, décide de rester sur la rive. Elle cherche un passage pour franchir l’étroit canal. Mais les pierres sont trop éloignées les unes des autres.

“Aidez-moi à jeter des pierres dans l’eau, que je passe !” supplie Bernadette
“Passe comme nous”, crie Jeanne

Alors, malgré les consignes de sa mère, Bernadette commence à se déchausser. “A peine si j’avais ôté le 1er bas, j’entendis un bruit comme si c’eût été un coup de vent…” racontera-t-elle. Bernadette ignore les Actes des Apôtres et le coup de vent de la Pentecôte. Elle tourne la tête derrière elle, vers les peupliers de la prairie qui ne bougent pas. Elle continue donc à se déchausser. Nouveau “coup de vent”. Et c’est alors qu’elle perçoit, devant elle, dans la niche de la grotte, à 3 mètres au-dessus du sol, une douce lumière, comme celle du soleil sous la pluie, au sombre creux de ce versant nord. Et, dans cette lumière, un sourire : une merveille Dame blanche lui fait signe d’approcher, Bernadette tombe à genoux, son chapelet à la main. D’abord, c’est la crainte qui paraît sur son visage puis, lentement, l’extase. Ses compagnons la découvrent agenouillée, immobile, le regard fixe, souriante, très pâle et comme irradiée d’une totale béatitude.

“Je mis la main à la poche, racontera Bernadette Soubirous, j’y trouvais le chapelet. Je voulais faire le signe de croix…, mais je ne pus porter la main jusqu’au front. Elle m’est tombée. Le saisissement s’empara plus fort que moi ; ma main tremblait. La vision fit un signe de la croix, le grand saisissement que j’éprouvais disparut. Je me mis à genoux et je dis mon chapelet en présence de cette belle Dame. La vision faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les lèvres. Quand j’eus fini mon chapelet, elle me fit signe d’approcher. Mais je n’ai pas osé. Alors “Cela” a disparu.

“Cela” ! Aquerô, en patois de Lourdes, Bernadette désigne ainsi l’apparition, par respect, par prudence également. Elle ne sait pas qui c’est.

Saisie, Toinette s’écrie : “Regarde ! Bernadette est toute blanche ! Elle est peut-être morte ?
Jeanne hausse les épaules : “Si elle était morte, elle serait couchée”
Bernadette paraît se réveiller. Elle se relève lentement et sourit aux 2 filles qui l’observent avec inquiétude, puis les interroge : “Vous n’avez rien vu ?”
“Je vois que tu n’as rien ramassé”, grogne Jeanne

Alors, Bernadette se met joyeusement à ramasser les branches mortes. Elle paraît extraordinairement heureuse, comme si une ivresse légère la transportait. Les 2 compagnes ont deviné quelque chose. Bernadette voudrait garder pour elle ce beau secret inexprimable. Sur le chemin du retour, Toinette arrache à Bernadette un lambeau de son secret en lui promettant de n’en souffler mot à personne. Mais, le soir même, Toinette raconte tout à sa mère. La mère questionne. Il en résulte une bonne correction pour les 2 soeurs.

“Il ne faudra plus retourner à cette grotte !”

Le 14 février, pourtant, à la sortie de la messe, les filles de la classe indigente, dévorées de curiosité, décident d’aller à la grotte. L’équipée ne sera pas glorieuse. Jeanne Baloum, vexée que Bernadette et le groupe de tête ne l’aient pas attendue, leur joue un vilain tour. Du rocher abrupt que la grotte troue à la base, elle fait tomber une grosse pierre au milieu du groupe. Heureusement, personne n’est touché et la pierre termine sa course dans le Gave. C’est la panique chez les filles, déjà effrayées par la pâleur de Bernadette en extase. Pour elles, c’est Aquerô qui leur tombe dessus. La plupart des gamines s’enfuient en poussant des cris perçants. Arrivées en ville, elles diront : “Bernadette est tombée morte à la grotte”.

Pendant ce temps, les plus courageuses tentent d’entraîner Bernadette, toujours agenouillée. Mais elle semble si lourde. Les femmes du moulin de Savy, accourues aux cris des fuyardes, ne parviennent pas à la faire bouger. Il faut toute la force du meunier Nicolau, habitué à porter des sacs de 100 kilos, pour la soulever. Encore le fait-il à grande peine, car il a le coeur touché de la voir souriante, les yeux levés, tandis qu’il l’entraîne de force jusqu’au moulin où cesse l’extase. Les gens accourent. La mère, Louise Soubirous, arrive avec un bâton et interdit définitivement à sa fille d’aller à la grotte.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans Lourdes. On ne parle que de “l’apparition”. Madame Milhet, pieuse bourgeoise assez sotte, chez qui Louise Soubirous fait le ménage, veut accompagner Bernadette à la grotte, pour voir. Madame Pailhason, une fort belle femme, patronne de la pâtisserie-salon de thé, gifle publiquement Bernadette qu’elle traîte de menteuse.

Les libres penseurs, rationalistes et voltairiens, se sont réunis au Café Français. Il y a là le commissaire de police Jacomet, le maire Lacade, l’avocat Du Fo, le poète Hyacinthe de Lafitte, le président du tribunal Pougot, le procureur impérial Vital-Dufour… Tout en jouant au billard et en sirotant une absinthe, ces messieurs discutent gravement de l’aspect politique de l’affaire “des apparitions”. Il ne fait aucun doute pour eux qu’elle sera exploitée par la clique des calotins et le parti royaliste. Ils sont persuadés que cette “gamine illuminée” est manoeuvrée en sous-main par les partisans des Bourbons !

Au cachot, le petit peuple défile : paysans, brassiers, ardoisiers et carriers apportent d’humbles présents à la “petiote qui a vu la Dame”. Ils demandent sa bénédiction, que Bernadette refuse avec humilité.

Accablée de sollicitations, de promesses et de mises en demeure, Louise Soubirous finit par accepter que sa fille se rende à Massabielle en compagnie de Madame Milhet. On ne peut rien refuser à son employeuse. Elle veut éclaircir l’affaire. Ne serait-ce pas une âme du purgatoire qui vient demander du secours ? Madame Milhet voudrait que “l’apparition” écrive ce qu’elle veut. Bernadette lui présentera plume et papier. Elle demande également à jeune couturière, Antoinette Peyret, la fille de l’huissier, de l’accompagner.

Au matin du jeudi 18 février, Bernadette marche vers la grotte, suivie par les 2 corpulentes bourgeoises armées d’un gros cierge et de quoi écrire. Comme toujours quand elle se rend à Massabielle, Bernadette avance d’un pas rapide, sans traces d’essoufflement. Par enchantement, son asthme semble avoir disparu. Les 2 femmes engoncées dans leur corset, peinent à suivre. Elles glissent et trébuchent. Parvenue à la 1ère grotte, Bernadette s’agenouille, sort son chapelet et commence à prier en silence.

C’est ainsi que la découvrent les 2 matrones qui arrivent hors d’haleine et les mains écorchées. Elles essaient de prier en épiant la petite visionnaire. Soudain, le visage de Bernadette irradie une lumière authentique. Elle pâlit et resplendit à la fois. Elle sourit, les yeux levés vers la niche du rocher. Emerveillée, elle murmure : “Elle y est !”

Commence la 3ème apparition, l’une des plus importantes. Les 2 bigotes se tordent le cou mais ne voient que la roche nue. Antoinette Peyret se saisit de l’encrier et du papier pour les donner à Bernadette.

“Demande-lui d’écrire son nom !”, souffle Madame Milhet

Docilement, Bernadette s’approche de la niche de la grotte. Les 2 femmes veulent la suivre, mais Bernadette fait signe de demeurer où elles sont. Elle tend la plume, l’encrier et la feuille de papier à Aquerô.

L’apparition rit et dit : “Ce n’est pas nécessaire” puis elle demande “Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant 15 jours ?”

Bernadette, confondue par la déférence de cette belle expression promet sans hésiter.
L’apparition poursuit par une promesse :

Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde,
mais dans l’autre.

Il n’y a aucune tristesse, ni aucun regret chez Bernadette qui accepte, sans révolte ni angoisse, de renoncer à sa part de bonheur terrestre. Déjà, elle sait qu’elle a été choisie pour un autre destin et un autre cheminement.

Madame Milhet enchaîne d’une voix pincée : “Demande à ta Dame si notre présence lui est désagréable”.
Bernadette se retourne vers la niche et pose la question sans qu’on l’entende, puis s’adresse aux 2 femmes : “Rien n’empêche que vous veniez !”.

Elles s’approchent et se remettent à genoux.
Mais, en fait, la vision a disparu en s’élevant dans la cavité où le halo de lumière s’est un instant prolongé.
Le rayonnement de Bernadette s’efface progressivement.

Sur le chemin du retour, les questions fusent :
“Et si c’était la Vierge ?” demande Madame Milhet

Bernadette reste silencieuse. Elle ne sait pas. Pourquoi la Sainte Vierge se dérangerait-elle pour une pauvre bergère ? Elle reste interdite et presque gênée par l’exquise politesse de la Dame. Elle n’en revient pas !

“Elle a bien dit : Voudriez-vous ?”, demande Madame Milhet.
Bernadette acquiesce. Madame Milhet décide de prendre Bernadette chez elle. Le mystère de cette enfant la passionne.

C’est donc de la maison de Madame Milhet que Bernadette, paisible et silencieuse, part le vendredi 19 février pour la 4ème apparition. Il devient difficile de le faire en secret. Les membres de la famille veulent s’y rendre également, dont Bernarde Castérot, la marraine, qui supporte mal le patronnage de Madame Milhet sur sa filleule.

Le 20 février, le groupe s’agrandit. 30 personnes sont témoins de l’extase silencieuse de Bernadette.

Le dimanche 21 février, 100 personnes remplissent la grotte jusqu’au bord du Gave. A son retour, Bernadette est interrogée sur ce qu’elle éprouve par l’abbé Peine, vicaire à Lourdes :

“Il me semble que je ne suis plus de ce monde, et lorsque la vision a disparu, je suis étonnée de m’y trouver à nouveau”.

Cette visite produit une grande impression sur le vicaire qui fait semblant de n’en rien paraître. A la sortie des Vêpres, le commissaire Jacomet fait saisir Bernadette “par le capuchon”. Cet homme intelligent et redouté, au regard imposant, l’interroge à la maison Cenac qu’il partage avec Jean-Baptiste Estrade, commis à cheval des Contributions indirectes. La jeune fille se défend bien, malgré son illetrisme. Elle répond brièvement à la question posée. Le commissaire essaie d’embrouiller Bernadette, qui remet les choses au point avec un candide étonnement.

Bernadette ne sait toujours pas qui est l’apparition. Elle dit toujours Aquerô.

Le commissaire fait promettre au père Soubirous, d’interdire à sa fille d’aller à la grotte.

Le lendemain, lundi 22 février, Bernadette tente d’obéir. Elle est déchirée intérieurement, car elle a promis à Aquerô d’y aller durant 15 jours. Elle se fait violence pour obéir. Elle y parvient à grand-peine, pendant la longue matinée de classe. Mais l’après-midi, sur le seuil de l’école, une force intérieure irrésistible la pousse à s’y rendre. L’apparition n’est pas au rendez-vous ce jour-là, et Bernadette en revient troublée. A sa détresse, ses parents comprennent que cette affaire la dépasse.

“On n’a pas le droit de l’empêcher !” s’écrie son père, approuvé par sa femme.

Le mardi 23 février, pour la 1ère fois, le cercle des spectateurs ne se limite pas à la basse classe, selon l’expression du commissaire Jacomet, mais s’étend aux bourgeois de la ville. Jean-Baptiste Estrade, venu en sceptique, repart bouleversé.

Le 24, Bernadette se rend sous la crevasse intérieure de la voûte, où l’apparition descend pour lui parler. L’extase de la voyante présente de curieuses alternances : les couleurs reviennent sur les joues, puis la pâleur y descend comme un voile. L’apparition lui parle. Bernadette écoute, fait des signes d’approbation et de dénégation.

Bernadette entend ce jour-là cette parole : “Allez baiser la terre, en pénitence pour la conversion des pêcheurs“. Aquerô répète également 3 fois ces mots :

Pénitence, pénitence, pénitence !

Le 25 février, on compte près de 500 personnes devant la grotte. Bernadette se livre à des exercices étranges. Elle monte à genoux sur le plan incliné qui s’élève jusqu’au fond de la grotte, baise la terre et creuse un petit trou. Elle prend de l’eau boueuse dans le creux de sa main, en boit et redescend le visage barbouillé de boue rougeâtre. Dans la foule, c’est la consternation. Bernadette vient de découvrit la source, dont personne ne soupçonnait l’existence. En y puisant, l’eau se clarifie, devient limpide.

Le jour de cette découverte, Bernadette doit subir l’interrogatoire du procureur impérial Vital-Dufour qui la questionne au début avec bienvaillance, puis tente de l’intimider. Sa description de l’apparition est la suivante : “L’apparition ressemble à la Sainte Vierge de la paroisse pour le visage et les vêtements… mais entourée de lumière et vivante. Elle est jeune.”

Les exercices pénitentiels se poursuivent les jours suivants, malgré les intimidations de la police et les menaces du procureur.

Durant l’apparition du 28, Bernadette se trouve devant une foule de 1 150 personnes. Le commandant Renault, chef d’escadron de gendarmerie, est venu en personne de Tarbes. C’est alors qu’elle subit l’interrogatoire agressif du juge Ribes.

Le même jour, le directeur de l’Ecole supérieure de Lourdes, Antoine Clarens, se rend au cachot pour y rencontrer Bernadette. Il a observé ses gestes à la grotte : marche à genoux, baisement de terre, ablution d’eau sale. Il entend persuader la jeune fille de ne plus y retourner. Il est vite désarmé par la paix et la sérénité qui transparaît du visage de la jeune fille. Elle n’a rien d’une hallucinée. Elle répond aux questions avec un naturel et une assurance qui ébranlent sa conviction première.

Parmi les observateurs assidus se trouve le docteur Dozous, jeune médecin à l’esprit ouvert et nullement sectaire qui se passionne, professionnellement, pour le “cas Bernadette”. Il sera l’un des premiers à reconnaître la réalité des guérisons et leur caractère inexprimable. C’est lui qui constatera que, lors d’une apparition, Bernadette se brûle la main pendant plus de 10 minutes sans manifester la moindre douleur. Bien au contraire : “Sur les lèvres de Bernadette, raconte le docteur Dozous, qui s’agitent parfois, persiste un sourire infiniment doux. Ses joues sont extrêmement pâles, cependant qu’une légère rougeur teinte à peine ses pommettes. L’oeil, élevé et bien ouvert, s’épuise en regards rayonnants, avides et enivrés. Pendant que Bernadette prie, autour d’elle, on a remarqué que la flamme passe au travers de ses doigts. On s’inquiète, on s’agite. Louise Soubirous et tante Bernarde, affolées, ne savent que faire. Quant à la tante Lucile, elle s’évanouit tout de bon ! Enfin, comme s’éveillant, Bernadette trace un large signe de croix. J’en profite pour lui examiner la paume, sans que Bernadette, surprise, retire sa main. Je ne constate aucune trace de brûlure.”

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical lire la suite

 

Le 2 mars, Bernadette se rend pour la 1ère fois au presbytère, car l’apparition lui a dit : “Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle.” Les dévotes, qui ont veillé toute la nuit pour avoir les bonnes places, informées du message dès la fin de l’apparition, se sont précipitées chez l’abbé Peyramale porter le message, mais à leur façon : “La Vierge veut une procession pour jeudi !”

Dans leur tête, l’apparition demande cette procession pour ce dernier jour de la quinzaine, où l’on attend un grand miracle ou un grand châtiment. Le curé de la paroisse, l’abbé Peyramale, est un homme rude, le vrai montagnard. Ses adversaires disent de lui qu’il est sévère, “doctrinaire et mal léché”. Mais il est surtout profondément bon et charitable. “Je suis riche de tout ce que je donne”, dit-il volontiers. Il n’est pas indifférent de l’affaire de la grotte. Les conversions qui affluent à son confessionnal lui donnent à penser que le doigt de Dieu est là, mais il se défend contre la tentation de croire à la légère. La mise en demeure de faire un procession pour le surlendemain lui semble déraisonnable. Elle ne pourra être acceptée à temps par l’évêque. Il renvoie les dévotes avec pertes et fracas. C’est alors que Bernadette arrive posément. C’est la 1ère fois qu’il la voit.

“C’est toi qui vas à la grotte ?”, demande l’abbé Peyramale
“Oui”, répond Bernadette
“Et tu dis que tu vois la Sainte Vierge ?”, reprend l’abbé
“Je n’ai pas dit que c’est la Sainte Vierge ?”, répond Bernadette
“Alors qu’est-ce que c’est que cette dame ?”, s’enquit l’abbé
“Je ne sais pas !”, répond Bernadette
“Alors, qu’est-ce que tu vois ?”, s’énerve l’abbé
“Quelque chose… qui ressemble à une dame…, qui demande qu’on vienne en procession à la grotte”, répond Bernadette
“Comment veux-tu que je commande une procession ? C’est Monseigneur qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne te dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? C’est jeudi que tu as dit ?” crie l’abbé

Bernadette perd pied. Elle ne comprend pas pourquoi l’abbé Peyramale est si agité et lui parle de “jeudi”. L’apparition a-t-elle dit “jeudi” ? Bernadette ne retrouve plus le sens exact du message. A peine a-t-elle passé la porte du presbytère qu’elle se rend compte qu’elle a oublié de parler de la chapelle. Elle retourne au presbytère le soir même. Elle y est interrogée par tout un aéropage de prêtres. Elle s’en sort bien. Mais l’anonymat de l’apparition laisse tout en suspens.

“Une chapelle, quand bien même elle serait toute petite”, insiste Bernadette
“Eh bien, qu’elle dise d’abord son nom, et qu’elle fasse fleurir le rosier de la grotte. Alors on lui fera sa chapelle, et elle ne sera pas “toute petite”. Elle sera toute grande !” répond l’abbé Peyramale.

Entre-temps, de nouveaux miracles se déroulent à la grotte… lire la suite


Le 4 mars, “le grand jour”, la foule accourt de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Il y a plus de 8000 personnes à la ronde, d’après les estimations les plus modestes. La gendarmerie et la troupe de tout le département se trouvent mobilisées afin de parer aux éventuels accidents. L’exaltation est à son comble. Mais il n’y a ni miracle, ni révélation, Aquerô n’a toujours pas dit son nom. La quinzaine prometteuse de merveilles se termine en déception. Bernadette ne se trouble pas.  Elle avait promis de se rendre à la grotte durant 15 jours ; elle a tenu sa parole. Elle décourage les exaltés qui l’abordent en sainte, refuse l’argent en disant : “Non, cela me brûle.”

On lui fait raconter, une fois de plus, les apparitions, qu’elle présente en raccourci :

“Les premiers jours je ne faisais que me mettre à genoux pour prier Dieu, et Aquerô m’apparaissait à l’ouverture extérieure qui est au-dessus de la grotte principale. Elle riait, elle me saluait ; je lui souriais et la saluais aussi. Elle tenait un chapelet à la main droite. Elle a une rose sur chaque pied.
Aquerô me dit de marcher à genoux en baisant la terre pour faire pénitence pour les pêcheurs. Enfin elle me dit d’aller boire à la fontaine.”

Dans la nuit du 25 mars, jour de l’Annonciation, Bernadette se réveille. Un pressant désir d’aller à la grotte la saisit. Ce n’est pas l’oppression, comme lors des crises d’asthme : c’est la joie d’un attrait vite reconnu. Elle s’y rend à 5 heures du matin. Surprise ! Il y a foule. La fête de la Vierge a soulevé une ferveur, une grande espérance. Le commissaire Jacomet est également présent. Aquerô apparaît à Bernadette, seule. Bernadette répète alors la demande cérémonieuse qu’elle a préparé pour satisfaire l’abbé Peyramale :

“Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté de me dire qui vous êtes, s’il vous plaît ?”
Bernadette s’embrouille dans la belle phrase, dit volonté au lieu de bonté, 2 mots qu’elle ne sait pas bien distinguer.
La demoiselle de lumière sourit.
Mais Bernadette, à force de persévérance, insiste : “Mademoiselle, voulez-vous avoir la volonté…”

A la 4ème fois, Aquerô passe son chapelet à son bras droit. Elle étend les bras, les joint à la hauteur de la poitrine, et dit enfin, en levant les yeux au ciel :

Que soy era Immaculada Counceptiou
(Je suis l’Immaculée Conception)

Le visage de Bernadette reprend ses couleurs. Elle se relève joyeuse, débordante d’actions de grâce, au-delà de toute réflexion. Elle répète ces mots, tout au long du chemin, sans rien n’y comprendre. A 14 ans, elle ignore même le mystère de la Sainte Trinité. elle sait encore moins ce qu’est l’Immaculée Conception. Elle se rend chez l’abbé Peyramale et lui répète phonétiquement ce qu’elle a entendu. Monsieur le curé vacille sous le choc. Comment cette petite paysanne aurait-elle entendu parler d’un dogme pointu admis seulement 4 ans plus tôt ? Le bon curé Peyramale, désormais totalement convaincu, devient un fervent défenseur de Bernadette. Une évidence s’impose : Bernadette ne dit pas cela elle-même, et ces mots la dépassent. Du fond de son coeur et de sa poitrine, une marée s’est soulevée, qui le submerge. Il se retient pour ne pas sangloter.

“Elle veut toujours la chapelle”, ajoute Bernadette
Le curé mobilise ses dernières forces pour sauver la face : “Rentre chez toi, je te verrai un autre jour !”
Il s’enfuit dans sa chambre cacher ses larmes. Sa raison semble vouloir reprendre le dessus, mais il est de nouveau submergé par le sens poétique et mystique de la formule.

A Lourdes, certains notables sont déroutés. Ils tentent de corriger Bernadette sur ce qu’elle dit mais elle maintient. Elle a bien répété tout au long du chemin ce qu’elle ne comprend toujours pas. L’après-midi,  chez Monsieur Estrade, qui sait l’écouter, elle demande naïvement : “Mais que veulent dire ces mots : Immaculada Counceptiou”.

Le samedi 27 mars, Bernadette subit l’examen de 3 médecins : les docteurs Balencie, Lacrampe et Peyrus. Ils ne trouvent aucun trouble psychique nécessitant l’internement.

Elle continue à refuser l’argent. 2 messieurs émus de la pauvreté de la famille Soubirous au cachot, tentent de glisser doucement dans la main de la jeune fille un louis de 40 francs et un de 20 francs. Mais elle les repousse et ne veut rien prendre.

Il n’y aura plus, après cela, que 2 apparitions : l’une publique, le 7 avril, mardi de Pâques, afin de rappeler le message relatif à la construction d’une chapelle ; l’autre privée, le 16 juillet, au soir de la fête du Mont Carmel, c’est l’adieu peu après le coucher du soleil. La grotte est à ce moment interdite,  entourée de palissades, surveillée par la garde champêtre. Bernadette parvient à l’approcher à distance, dans la prairie, de l’autre côté du Gâve :

Je ne voyais ni les planches ni le Gave, dira-t-elle. Il me semblait que j’étais à la grotte, sans plus de distance que les autres fois. Je ne voyais que la Sainte Vierge.

C’est la dernière fois qu’elle la voit sur la terre. Jamais, elle ne lui a paru aussi belle.

Fin juillet, l’évêque de Tarbes, Monseigneur Laurence, nomme une Commission d’enquête. Mais elle ne peut commencer ses travaux car la grotte reste toujours interdite par l’administration impériale. L’enquête effective peut donc débuter en novembre de l’année 1858. Deux années plus tard, le 7 décembre 1860, Bernadette est de Tarbes, devant Monseigneur Laurence, masque glabre et impassible, entouré de 12 membres de la Commission, aux visages de marbre. Monseigneur Laurence reconnaît l’authenticité des apparitions le 18 janvier 1862.

LOURDES est aujourd’hui le plus important pélerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 guérisons y ont été attestées, 2 000 qualifiés d’inexplicables, 66 jugées miraculeuses. Des milliers de personnes, guéries de diverses maladies, ont sans doute préféré conserver l’anonymat.

Le sanctuaire de Lourdes attire les représentants des autres grandes religions. Ce fut le cas de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, qui après une visite à Lourdes, devait déclarer : “Je voudrais mentionner la visite que je fis à Lourdes (…) en tant que pélerin. Devant la grotte, j’ai vécu quelque chose de très particulier. J’ai senti une vibration spirituelle, une sorte de présence spirituelle, et ensuite, devant la statue j’ai prié. J’ai déjà dit quelle admiration j’éprouve pour ce lieu saint qui est depuis longtemps une source d’inspiration et de force, qui a apporté consolation, réconfort et guérison spirituelle à des millions de gens. J’ai prié que cela continue encore longtemps. Ainsi, ma prière s’adressait simplement à tous les grands êtres doués d’une infinie compassion envers tous les êtres sensibles.

Fatima