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Monthly Archives: August 2013

F√°tima

En 1915, Lucia dos Santos, une petite fille de 8 ans garde souvent le troupeau familial, en compagnie de 3 amies, pr√®s du hameau d’Aljustrel, au coeur du Portugal. Cette ann√©e-l√†, d’avril √† octobre, elle aper√ßoit une figure identique √† une statue de neige, que les rayons du soleil rendent presque transparente. “C’√©tait comme un nuage plus blanc que la neige, quelque chose de transparent, ayant forme humaine”, √©crira-t-elle plus tard. La manifestation reste indistincte et silencieuse. Sa famille, qui est mise au courant, n’y voit que r√™veries enfantines.

L’ann√©e suivante, un jour de printemps 1916, Lucia garde de nouveau son troupeau avec ses cousins Jacinthe et Fran√ßois Marto, √Ęg√©s respectivement de 6 √† 8 ans, sur la petite colline de Cabe√ßo. Un vent assez fort secoue subitement les arbres et leur fait lever les yeux pour voir ce qui se passe, car la journ√©e s’annonce belle. Les 3 enfants remarquent un jeune homme de 14 ou 15 ans, plus blanc que la neige, que le soleil le rend transparent comme le cristal, et d’une grande beaut√©. Lucie reconna√ģt en lui l’√©trange et silencieux visiteur de l’ann√©e pr√©c√©dente, mais distingue davantage son apparence. Il s’approche des enfants et se met √† parler :

¬†Ne craignez rien ! Je suis l’Ange de la Paix. Priez avec moi !

L’Ange s’agenouille, baisse la t√™te vers le sol et dit :

¬†Mon Dieu, je crois, j’adore, j’esp√®re et je Vous aime
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’esp√®rent pas, qui ne Vous aiment pas

Apr√®s avoir r√©p√©t√© cette pri√®re 3 fois, l’Ange se remet debout et dit :

Priez ainsi
Les Coeurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications

Puis, l’Ange dispara√ģt.
Une nouvelle apparition de l’Ange se d√©roule au coeur de l’√©t√© 1916, toujours devant les enfants. L’Ange leur demande de prier davantage, de faire des sacrifices et d’accepter avec soumission les souffrances que le Seigneur leur enverra.
Fin septembre, une 3√®me apparition ang√©lique s’accompagne d’une th√©ophanie eucharistique et d’une communion miraculeuse. L’Ange tient dans sa main gauche un calice, sur lequel est suspendue une hostie de laquelle tombent quelques gouttes de Sang dans le calice. Apr√®s avoir r√©cit√© 3 fois une pri√®re, en r√©paration des outrages, sacril√®ges et indiff√©rences qui offensent J√©sus pr√©sent dans le tabernacle, il fait communier les 3 enfants, r√©p√®te 3 fois la pri√®re puis dispara√ģt.
L’Ange ne devait plus appara√ģtre.

Les enfants, qui se souviennent des moqueries de l’ann√©e pr√©c√©dente, n’en parlent √† personne.
Ces manifestations ang√©liques commencent √† √™tre connues qu’√† partir de l’ann√©e 1917, suite aux apparitions mariales, mais seulement de quelques personnes, comme l’√©v√™que du dioc√®se.

Les 13 mai, 13 juin, 13 juillet, 19 ao√Ľt et 13 septembre 1917, la Sainte Vierge se manifeste aux 3 enfants, dans la Cova da Iria, en pleine journ√©e. Elle appara√ģt √† chaque fois sous la forme d’une jeune Dame toute v√™tue de blanc, plus brillante que le soleil, r√©pandant autour d’elle une lumi√®re plus vive et plus intense qu’un verre de cristal plein d’eau claire, travers√© par les rayons du soleil le plus ardent.

Lors de la 1ère apparition, la Vierge commence par rassurer les gamins en leur disant de ne pas avoir peur. Elle déclare ensuite :

Je suis venue pour vous demander de venir ici 6 mois de suite, le 13 de chaque mois, à cette même heure. Plus tard, je vous dirai qui je suis et ce que je veux.
Ensuite, je reviendrai encore ici une 7ème fois

La s√©rie des 13 n’est interrompue qu’une seule fois en ao√Ľt. Les autorit√©s civiles, hostiles et inqui√®tes de la ferveur suscit√©e par les apparitions mariales, font emprisonner les enfants durant un jour et une nuit. La Vierge n’appara√ģt pas aux enfants dans leur prison, mais √† l’endroit habituel le 19 ao√Ľt.

En revanche les fid√®les qui se massent le 13 ao√Ľt sur les lieux des apparitions mariales, sont t√©moins de faits inoubliables : des coups de tonnerre et des √©clairs dans le ciel pur et bleu, ainsi qu’une sorte de nuage blanc qui vient se poser quelques instants sur un ch√™ne vert, tout proche des apparitions.

Lors des apparitions de l’ann√©e 1917, les 3 enfants voient bien la Vierge, mais Lucia est la seule √† l’entendre. La “Dame de lumi√®re” insiste beaucoup sur les fins derni√®res : l’Enfer, le Purgatoire, le Paradis. D√®s le 1er jour, Elle promet aux 3 enfants qu’ils iront au Ciel et r√©v√®le le destin post mortem de 2 jeunes filles, amies de Lucia, mortes peu de temps auparavant.

Le 13 juillet, les 3 enfants ont une vision terrifiante de l’enfer, pr√©sent√©e comme une mer de feu : image identique au Nouveau Testament. Il s’agit du 1er secret de Fatima, suivi de 2 autres. Lucia, devenue soeur Lucie, a rapport√© par la suite le contenu du 2nd secret de la Vierge :

Si vous faites ce que je vais vous dire, beaucoup d’√Ęmes se sauveront et vous aurez la paix
La guerre va finir. Mais, si vous ne cessez pas d’offenser Dieu, sous le r√®gne de Pie XI, commencera une autre guerre, pire

Quand vous verrez une nuit éclairée par une lumière inconnue,
sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’il va punir le monde de ses crimes
par les moyens de la guerre, de la famine et des pers√©cutions contre l’Eglise et le Saint P√®re

Pour l’emp√™cher, je viendrai demander la cons√©cration de la Russie √† mon Coeur Immacul√©e
et la Communion réparatrice des premiers samedis.
Si l’on √©coute mes demandes,
la Russie se convertira et on aura la paix
Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde,
provoquant des guerres et des pers√©cutions contre l’Eglise

La Vierge annonce la fin de la 1√®re Guerre mondiale, l’expansion du communisme et les pers√©cutions contre l’Eglise, le d√©but d’une Seconde Guerre mondiale lors du r√®gne du pape Pie XI. Ce dernier meurt le 10 f√©vrier 1939.

La 3√®me partie du secret, r√©v√©l√© √† Lucia le 13 juillet 1979, porterait pour certains sur la fin du communisme en Europe √† la veille du XIX√®me si√®cle. C’est la version officielle du Vatican.

Les apparitions de Fatima re√ßoivent leur couronnement en ce que l’on appelle le miracle du 13 octobre 1917, √† la Cova di Iria, devant plus de 50 000 personnes. Tous purent voir le “miracle du soleil”, annonc√© par la Sainte Vierge le 13 juillet en ces termes :

En octobre, je ferai un miracle que tous pourront voir pour croire

Même ceux qui ne croyaient pas aux apparitions en furent témoins.
C’est le cas du journaliste Avelino de Almeida, anticl√©rical convaincu, qui √©crit l’article suivant, dans le quotidien lib√©ral de Lisbonne O Seculo du 15 octobre 1917 :

“On voit l’immense multitude se tourner vers le soleil, qui appara√ģt au z√©nith, d√©gag√© des nuages. Il ressemble √† une plaque d’argent mat, et il est possible de le fixer sans le moindre effort. Il ne br√Ľle pas les yeux. Il n’aveugle pas. On dirait qu’il se produit une √©clipse. Mais voici que s’√©l√®ve une clameur immense et ceux qui sont plus pr√®s de la foule l’entendent crier : “Miracle ! Miracle !… Merveille !… Merveille !…” Aux yeux √©blouis de ce peuble, dont l’attitude transporte aux temps bibliques, et qui, stup√©fait, la t√™te d√©couverte, contemple l’azur du ciel, le soleil a trembl√©, le soleil a eu des mouvements insolites et brusques, en dehors de toutes les lois cosmiques, “le soleil a dans√©”, selon l’expression typique des paysans.”

Un autre témoin donne les détails suivants :

“On pouvait regarder le soleil sans √™tre incommod√©. On aurait dit qu’il s’√©teignait et se rallumait, tant√īt d’une mani√®re, tant√īt de l’autre. Il lan√ßait des faisceaux de lumi√®re, d’un c√īt√© et de l’autre, et peignait tout de diff√©rentes couleurs : les arbres, les gens, le sol, l’air. Mais la grande preuve du miracle, c’est que le soleil ne faisait pas mal aux yeux.”
Tout le monde √©tait immobile. Tout le monde se taisait… Tous regardaient le ciel. A un certain moment, le soleil s’arr√™ta, et puis recommen√ßa √† danser, √† tournoyer ; il s’arr√™ta encore une fois, et se remit encore une fois √† danser, jusqu’au moment, enfin, o√Ļ il parut se d√©tacher du ciel, s’avancer sur nous. Ce fut un instant terrible.”

Le ph√©nom√®ne dura une quinzaine de minutes, √† midi (heure solaire) et put √™tre vu √† 5 km √† la ronde. La pr√©sence de milliers de t√©moins prouve que quelque chose d’exceptionnel s’est d√©roul√©.

Knock Mhuire

L’apparition √† Knock Mhuire, en Irlande, rappelle celles de Pontmain et de Gietrzwalde. Le contexte historique est tout aussi dramatique. A Knock Mhuire, les paysans irlandais ne sont pas propri√©taires des terres qu’ils travaillent. L’Irlande de 1879 se trouve encore sous la totale domination de l’Angleterre. La maladie de la pomme de terre a occasionn√© une grave famine dans le pays, contraignant plus d’un million d’Irlandais √† √©migrer √† l’√©tranger. L’apparition mariale va √™tre un r√©confort spirituel pour tout le pays.

Le 21 ao√Ľt 1879, vers 19 heures, Marguerite Byrne, une jeune fille de 15 ans, rentre chez elle. Devant l’√©glise, elle voit une lumi√®re insolite sur l’un des murs ext√©rieurs. Mais elle n’y pr√™te pas attention. Peu apr√®s, Mary Mc Loughlin, une femme de 26 ans, passant elle aussi par l√†, voit 3 formes lumineuses sur le m√™me mur. Elle pense tout d’abord qu’il s’agit de statues. Au retour, accompagn√©e par une amie, elle voit toujours les 3 figures de lumi√®res sur le mur. Elle remarque qu’elles se mettent √† bouger. Elle comprend qu’il s’agit d’apparitions.

Pendant que d’autres personnes se rendent sur les lieux. Mary va pr√©venir le cur√© de la paroisse, qui n’accorde pas d’importance √† ce ph√©nom√®ne.¬† Il pense qu’il ne s’agit que d’un jeu de lumi√®re provoqu√© par l’une des vitres de l’√©glise. Pourtant une vingtaine de personnes affirment avoir contempl√© une sc√®ne extraordinaire.

Toutes vont √™tre interrog√©s en d√©tail par la Commission d’enqu√™te, form√©e peu apr√®s. Elles laissent des t√©moignages pr√©cis, dont celui de Patrick Hill, 14 ans :
“Nous v√ģmes les figures devant le mur : la Sainte Vierge, Saint Joseph, Saint Jean et un autel, avec un agneau sur l’autel et une croix derri√®re l’agneau (…).
Je contemplai distinctement la Tr√®s Sainte Marie. De grandeur naturelle, elle se tenait √† environ 2 pieds (60 cm) au-dessus du sol, en v√™tements blancs attach√©s au cou. Elle tenait ses mains comme si Elle √©tait en pri√®re, lev√©es √† la hauteur des √©paules et penchant l√©g√®rement vers son visage ; les paumes de ses mains face l’une √† l’autre. Ses yeux, tels que je les voyais, √©taient tourn√©s vers le ciel. Elle portait une couronne brillante sur la t√™te, et sur le front, √† l’endroit o√Ļ la couronne s’adaptait au front, une belle rose (…). Par moments, elle semblait se d√©placer, ainsi que les autres figures, avan√ßant un peu, puis reculant. Je les vis bouger. Mais aucune ne pronon√ßa un seul mot. Je les vis de tr√®s pr√®s (…).
Je vis Saint Joseph, √† la droite de la Tr√®s Sainte Vierge. Sa t√™te √©tait en avant, il semblait rendre hommage √† Marie. J’ai remarqu√© ses favoris, ils paraissaient l√©g√®rement gris. Je vis aussi les pieds de Saint Joseph. Quant √† ses mains, elles √©taient jointes comme celles d’une personne en pri√®re.
La 3√®me figure debout devant moi √©tait celle de de Saint Jean l’Evang√©liste. Il se tenait droit, aupr√®s de l’autel, du c√īt√© de l’Evangile, en angle avec la figure de la Tr√®s Sainte Vierge, de fa√ßon √† ne tourner son dos ni √† l’autel ni √† la M√®re de Dieu. Saint Jean √©tait habill√© comme un √©v√™que en train de pr√™cher. Il portait une petite mitre sur sa t√™te. Il tenait dans sa main gauche un livre de messe ou un livre d’Evangile. Sa main droite √©tait lev√©e √† la hauteur de sa t√™te, avec l’index ouvert et les 3 autres doigts ferm√©s. Il paraissait comme en train de pr√™cher, mais je n’entendis aucun mot (…).
Sur l’autel se tenait un agneau de 8 semaines, sa face tourn√©e vers l’ouest, regardant dans la direction de la Sainte Vierge et de Saint Joseph. Derri√®re l’agneau, je voyais des anges flottant tout le temps.”

L’apparition dure 2 heures, sans que les 3 personnages se mettent √† parler. Cet √©v√®nement fait grand bruit. Les p√®lerins ou les curieux se multiplient.

Des gu√©risons miraculeuses…

D√®s le 31 ao√Ľt, une 1√®re gu√©rison est signal√©e : une fillette de 12 ans, sourde de naissance, est gu√©rie imm√©diatement alors qu’elle s’agenouille devant le mur des apparitions. D’autres gu√©risons, ainsi que des conversions, ont lieu.

En octobre, l’archev√™que de Tuam, dont d√©pend la paroisse, met en place une Commission d’enqu√™te, compos√©e d’experts eccl√©siastiques et de la la√Įcs. Au printemps 1880, elle se prononce en faveur de la reconnaissance de l’authenticit√© de faire une d√©claration canonique, pour ne pas subir les foudres de l’occupant anglais. Mais il encourage l’organisation de p√®lerinages. Le nombre √©lev√© de p√®lerins et des gu√©risons reconnues font de Knock le “Lourdes” de l’Irlande.

L’apparition silencieuse de Knock a donn√© lieu √† diverses interpr√©tations. Le message n’est pas seulement marial, mais √©galement eucharistique du fait de la pr√©sence d’un autel et de l’Agneau pascal. Des th√©ologiens ont fait remarquer que le 21 ao√Ľt, le cur√© de la paroisse venait d’achever une s√©rie de 100 messes, commenc√©e le 14 mai, en faveur des √Ęmes du Purgatoire.

Gietrzwalde

Ces apparitions mariales se situent dans un contexte politique douloureux, au sein d’une r√©gion polonaise catholique, annex√©e √† la Prusse protestante depuis un si√®cle. Le bourg de Gietrzwalde (Dietrichswalde √† l’√©poque) compte 2 000 habitants √† la fin du XIX√®me si√®cle. L’Empire vient de mettre en place un arsenal juridique qui permet de placer l’Eglise catholique sous le boiseau, ainsi que d’interdire ses moyens d’actions.

Justine Szafrinska est une jeune fille de 13 ans en 1877. Orpheline de son p√®re, elle doit travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Employ√©e √† soigner des volailles, elle fr√©quente rarement l’√©cole.

Le 27 juin, √† 21 heures, elle rentre chez elle avec sa m√®re, par une petite route de campagne. Justine voit une lumi√®re blanche, dans un √©rable, √† une centaine de m√®tres devant elle. En regardant mieux, elle voit la lumi√®re grandir et prendre forme humaine. Elle veut crier mais ne peut pas. Elle rejoint sa m√®re, qui a continu√© son chemin en r√©citant une pri√®re. Le cur√© du village passant par l√†, Justine lui parle aussit√īt : “Il y a une belle dame, elle a de longs cheveux tr√®s beaux, qui lui tombent sur l’√©paule, elle est assise sur un tr√īne.” Sa m√®re et le cur√© ne voient rien. Celui-ci demande cependant que l’on r√©cite une pri√®re, puis ordonne √† Justine de rentrer chez elle.

Le lendemain, √† la m√™me heure et au m√™me endroit, Justine r√©cite le rosaire avec quelques compagnes, lorsque la Vierge appara√ģt de nouveau, mais portant cette fois l’Enfant-J√©sus. Une amie de Justine, Barbara Samulowska, 12 ans, voit √©galement la Vierge. Ce n’est qu’au 4√®me jour des apparitions, toujours √† la m√™me heure, que la Vierge se met √† parler :

Je désire que vous récitiez le rosaire tous les jours

Le 5√®me jour, le 1er juillet, l’apparition se pr√©sente :

Je suis la très Sainte Vierge Marie immaculée

Le 3 juillet, elle indique la durée de ses apparitions quotidiennes :

Je serai avec vous encore deux mois

Le 6 juillet, la Vierge indique comment elle va guérir les malades qui, de jour en jour, commencent à affluer :

Sous cet arbre, construisez un reposoir avec la statue de l’Immacul√©e Conception
Mettez des tissus au pied de ce reposoir puis donnez-les aux malades

La 1ère guérison attestée se passe dès juillet. Plusieurs autres suivent.
Fait incroyable, les apparitions sont très nombreuses, dépassant le nombre de 160.
La Vierge r√©pond de mani√®re br√®ve et pr√©cise et, parfois, se contente de sourire, voire de dispara√ģtre sans donner de r√©ponse.

La dernière apparition se déroule le 16 septembre, devant une foule de 15 000 personnes.
Ce jour-là, elle laisse comme ultime recommandation :

Dites toujours le rosaire

Les autorit√©s prussiennes jugent ces rassemblements dangereux et subversifs. Les 2 jeunes voyantes sont √©loign√©es pour un temps du village, le cur√© se trouve emprisonn√© durant 5 jours, les p√®lerins subissent diverses menaces. Les autorit√©s eccl√©siastiques se montrent prudentes. L’√©v√™que parvient cependant √† cr√©er une commission d’enqu√™te, qui remet par la suite un rapport favorable. L’√©v√™que fait envoyer sur place divers th√©ologiens, puis se rend lui-m√™me sur les lieux. Il rencontre les 2 voyantes, les questionne longuement et les fait examiner par 3 m√©decins, dont 2 sont catholiques, le 3√®me protestant. Les 3 experts m√©decins concluent √† la bonne sant√© physique et mentale des 2 jeunes filles.

Les 2 voyantes devinrent toutes deux religieuses, chez les Soeurs de la Charité.

De tr√®s nombreuses cas de gu√©rison ont √©t√© signal√©s au sanctuaire jusqu’√† aujourd’hui.
Ce n’est qu’en 1945 que Gietrzwalde retrouve la m√®re patrie polonaise.
En 1977, l’√©v√™que local a lu solennellement le d√©cret canonique de reconnaissance des apparitions. Le futur pape Jean-Paul II, le cardinal Wojtyla, √©tait pr√©sent.

Pellevoisin

Estelle Faguette et sa famille n’ont cess√© d’accumuler les malheurs.

Le p√®re poss√®de des carri√®res de craie et une auberge, pr√®s de Ch√Ęlons-sur-Marne. A la suite d’une mauvaise gestion, dont il n’est pas directement responsable, il se trouve ruin√©. Pour faire vivre sa famille, il accepte un emploi de concierge puis, avec sa famille, il tente sa chance √† Paris, o√Ļ il ne trouve du travail qu’au jour le jour.

C’est √† Paris, √† l’√Ęge de 15 ans, qu’Estelle commence √† tomber malade. Elle entre n√©anmoins comme novice chez les Augustines Hospitali√®res, qui occupent l’H√ītel-Dieu. Une chute la laisse handicap√©e du genou et la rend inapte aux t√Ęches hospitali√®res. Elle doit quitter le couvent, en 1863, avant d’avoir prononc√© ses voeux. La comtesse de La Rochefoucauld l’accepte chez elle comme couturi√®re pour l’aider. Estelle s’installe alors au ch√Ęteau de Pouriers (aujourd’hui de Montbel), √† Pellevoisin, en plein coeur du Berry. C’est l√† qu’elle est atteinte d’une p√©ritonite aig√ľe, qui mal soign√©e, s’ajoute aux douleurs li√©es au genou d√©form√©.

La comtesse de La Rochefoucauld la garde tout de m√™me chez elle, les gages servant √† faire vivre ses parents, √©galement install√©s √† Pellevoisin. “Tout en faisant mon service, racontera Estelle, je souffrais √©norm√©ment. Je disais mon chapelet chaque jour, je lisais un peu l’Imitation de J√©sus-Christ, c’√©tait ma seule lecture. J’avais conserv√© l’habitude d’aller √† la messe autant que je le pouvais, ce qui √©tait pour moi une consolation.”

Son √©tat ne cesse d’empirer. En 1875, le docteur Bucquoy, membre de l’Acad√©mie de m√©d√©cine, m√©decin de l’Archev√™que de Paris, constate que la p√©ritonite n’est pas gu√©rie et diagnostique une tumeur abdominale, grosse comme une orange, ainsi qu’une tuberculose pulmonaire. Il lui interdit de continuer √† travailler et ne laisse gu√®re d’espoir de gu√©rison. Apr√®s avoir √©t√© soign√©e √† Paris, gr√Ęce √† la bienveillance de la comtesse de La Rochefoucauld, Estelle est de retour au ch√Ęteau de Pouriers. Le docteur Bernard, m√©decin de Buzan√ßais, lui rend alors visite en septembre 1875 et se montre tr√®s pessimiste.

Le soir m√™me de ce mois de septembre 1875, √©crira Estelle, √©tant toute seule, je sentais que j’√©tais abandonn√©e de tous, parce que tout le monde √©tait fatigu√© de moi et de mes maladies. Alors, dans la nuit, je me suis recommand√©e de la Sainte Vierge et je pris la r√©solution de faire une demande √† la Sainte Vierge, ce que je fis cette nuit m√™me.”

Estelle prend un papier et un crayon pour √©crire √† la Vierge Marie. Le lendemain, elle la fait d√©poser dans une petite grotte, reproduisant celle des apparitions √† Lourdes, qui se trouve dans le parc du ch√Ęteau. Estelle y implore le secours de la Vierge, demandant √† √™tre gu√©rie : “Accordez-moi donc, de votre divin Fils, la sant√© de mon pauvre corps pour sa gloire. Regardez donc la douleur de mes parents : vous savez bien qu’ils n’ont que moi pour ressources. Ne pourrai-je pas achever l’oeuvre que j’ai commenc√©e ? Si vous ne pouvez, √† cause de mes p√©ch√©s, m’obtenir une enti√®re gu√©rison, vous pourrez du moins m’obtenir un peu de force pour pouvoir gagner ma vie et celle des parents (…). J’ai confiance en vous, ma bonne M√®re ; si vous voulez, votre Fils peut me gu√©rir.” Son √©tat de sant√© s’aggrave.

En d√©cembre 1875, on lui administre l’extr√™me-onction.
Le 20 janvier 1876, la comtesse de la Rochefoucauld la fait transporter dans une maison qu’elle a dans le bourg de Pellevoisin, et les parents d’Estelle y emm√©nagent √©galement. On la tient pour mourante.

Le 14 f√©vrier, au soir, le docteur Hubert, un nouveau m√©decin appel√© √† son chevet, estime qu’il n’y a plus de soins √† donner. Elle n’en a plus que pour quelques heures. C’est cette nuit-l√†, alors qu’elle est veill√©e par son p√®re et une femme de la r√©gion, qu’elle b√©n√©ficie d’une 1√®re apparition.

5 apparitions vont se dérouler 5 nuits de suite.
Fait √† remarquer, le diable “horrible et grima√ßant” est d’abord pr√©sent avant les 1√®res apparitions mariales, mais recule et dispara√ģt d√©finitivement lors de la 5√®me nuit. Il prend la fuite lors de chaque manifestation de la Vierge. Le message commun de ces 5 premi√®res apparitions porte sur la promesse de gu√©rison de la malade.¬† La description est indiqu√©e, comme suit : “La Vierge avait un voile de laine bien blanc qui formait 3 plis. Je ne pourrais jamais assez ce qu’elle √©tait belle ! Ses traits √©taient r√©guliers, son teint blanc et rose, plut√īt un peu p√Ęle.”

La 1ère nuit, la Vierge déclare :

Courage, prends patience : mon Fils va se laisser toucher.
Tu souffriras encore 5 jours, en l’honneur des 5 plaies de mon Fils.
Samedi, tu seras morte ou guérie

Le sort d’Estelle demeure donc incertain.
La 2nde nuit, l’annonce est cependant plus pr√©cise :

Cette fois, mon Fils s’est laiss√© attendrir,
il te laisse la vie ; tu seras guérie samedi

Lors de la 3ème nuit, la Vierge exhorte au courage.
Lors de la 4ème , elle rassure :

Ne crains rien, tu es ma fille ;
mon Fils est touché de ta résignation

Peu apr√®s la 5√®me apparition, √† la premi√®re heure du samedi 19 f√©vrier 1876, la gu√©rison miraculeuse a lieu alors qu’Estelle dit le chapelet.
Elle ressent d’ultimes douleurs, port√©es √† leur maximum, puis un soudain soulagement : “A ce moment, apr√®s que la Vierge eut disparu, je souffrais horriblement ; mon coeur battait si fort que je croyais qu’il voulait sortir de la poitrine. L’estomac et le ventre me faisaient aussi beaucoup souffrir. Je me souviens tr√®s bien que je tenais mon chapelet √† la main gauche ; il m’√©tait impossible de soulever la droite. J’offris mes souffrances au bon Dieu ; je ne savais pas que c’√©taient les derni√®res de cette maladie-l√†. Apr√®s un moment de repos, je me sentais bien. Je demandais l’heure, il √©tait minuit et demi. Je me sentais gu√©rie, except√© mon bras droit, dont je n’ai pu me servir qu’apr√®s avoir re√ßu le bon Dieu.”

Le matin, lorsque le cur√© du village lui apporte la communion. Estelle se d√©clare gu√©rie. Elle se l√®ve et mange avec app√©tit. Peu apr√®s, le m√©decin constate qu’elle ne porte plus aucune trace des maux l’ayant atteinte. Les autres m√©decins, qui l’avaient trait√©e auparavant, arrivent √† la m√™me conclusion.

De nouvelles apparitions se manifestent les 1er, 2 et 3 juillet, en fin de soir√©e. La Vierge appara√ģt les bras tendus, faisant tomber de ses mains une pluie de b√©n√©dictions. Dans le fond clair, on distingue nettement une guirlande de roses.
Le 2 juillet, elle dit à Estelle :

Tu as déjà publié ma gloire.
Continue.
Mon Fils a aussi quelques √Ęmes plus attach√©es.
Son coeur a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes.
Par moi, il touchera les coeurs les plus durs.

Je suis venue particulièrement pour la conversion des pècheurs

Une 3ème et dernière phase est constituée de 7 apparitions, sur 3 mois : 9, 10 et 15 septembre, 1, 5 et 11 novembre, 8 décembre.
L’√©l√©ment central porte sur la r√©v√©lation du scapulaire du Sacr√©-Coeur, qui intervient le 9 septembre, lors de la neuvi√®me apparition. La Vierge, √† la fin de cette apparition, montre un scapulaire du Sacr√©-Coeur et dit √† Estelle :

J’aime cette d√©votion.
Je t’ai choisie pour publier ma gloire et r√©pandre cette d√©votion, lui confie la Vierge le 8 d√©cembre

Description du scapulaire : il y avait aux 4 coins, des boutons de rose d’or ; dans le haut, il y avait un coeur d’or enflamm√© avec une couronne de roses, transperc√© d’un glaive. Voici ce qu’il y avait d’√©crit : “J’ai invoqu√© Marie au plus fort de ma mis√®re. Elle m’a obtenu de son Fils ma gu√©rison enti√®re.”

La Vierge Marie se penche vers elle et lui donne à baiser le scapulaire et les moyens de le répandre :

Tu iras toi-même trouver le Prélat, et tu lui présenteras le modèle que tu as fait.
Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agr√©able que de voir cette livr√©e sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous √† r√©parer les outrages que mon Fils re√ßoit dans le sacrement de son amour.

Elle montre la portée de la dévotion du scapulaire :

Voici les gr√Ęces que je r√©pands sur ceux qui le porteront avec confiance

Estelle √©crira de son c√īt√© : “En disant ceci, la Sainte Vierge √©tendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir des gr√Ęces √©crites telles que : piti√©, salut, confiance, conversion, sant√© ; en un mot toutes sortes de gr√Ęces plus ou moins fortes”. La Sainte Vierge ajoute :

Ces gr√Ęces sont de mon Fils ; je les prends dans son Coeur ; il ne peut me les refuser

Le scapulaire que montre la Vierge ne porte qu’un Sacr√©-Coeur sur une face. Estelle demande ce qu’il faut mettre sur l’autre c√īt√©. La Vierge lui r√©pond :

Je le r√©serve pour moi ; tu soumettras ta pens√©e, et l’Eglise d√©cidera

Lors de la 11√®me apparition, le 15 septembre, la Vierge parle de l’Eglise et de la France :

Dans l’Eglise, il n’y a pas ce calme que je d√©sire. Et la France ! Que n’ai-je fait pour elle !¬† Que d’avertissement, et pourtant elle refuse de m’entendre ! Je ne peux plus retenir mon Fils. La France souffrira…

Suite √† la gu√©rison miraculeuse du 19 f√©vrier 1876, le cur√© de Pellevoisin adresse un r√©cit d√©taill√© de l’affaire √† l’archev√™que de Bourges. Monseigneur de la Tour d’Auvergne. Il re√ßoit m√™me Estelle Faguette le 8 d√©cembre et institue, le 13 janvier 1877, une Commission d’enqu√™te. Les m√©decins et les personnes, ayant soign√© Estelle, sont interrog√©s. La Commission rend des conclusions favorables au caract√®re miraculeux de la gu√©rison. Monseigneur de la Touche se rend √† Rome et soumet au pape Pie IX le projet d’une confr√©rie. Pie IX b√©nit le projet. Monseigneur de la Tour d’Auvergne autorise, le 28 juillet suivant :

la cr√©ation d’une “Confr√©rie en l’honneur de Notre Dame de Pellevoisin, sous le titre de M√®re toute Mis√©ricordieuse ainsi que le port du scapulaire du Sacr√©-Coeur, dont Estelle a eu la r√©v√©lation lors de la 9√®me apparition

Le 5 d√©cembre 1878, Monseigneur de la Tour d’Auvergne ordonne une seconde enqu√™te portant cette fois sur les apparitions. Si, encore aujourd’hui, ces derni√®res ne sont pas officiellement reconnues par l’Eglise, sans √™tre pour cela rejet√©es, on remarquera que la gu√©rison est d√©sormais canoniquement d√©finie comme miraculeuse. Monseigneur Vignancourt, archev√™que de Bourges en 1983, a soin de pr√©ciser que “ce miracle” a √©t√© obtenu par l’intercession de Marie, M√®re de Mis√©ricorde”. La Commission m√©dicale a conclu que la gu√©rison avait bien √©t√© “soudaine, totale et durable”.

Saint Bauzille de la Sylve

Ce petit village, situ√© √† 45 km au sud de B√©ziers, se trouve en Languedoc. L’arriv√©e du chemin de fer a favoris√© l’essor de la viticulture, en facilitant l’exportation des productions. Le pays s’est enrichi, mais cette prosp√©rit√© mat√©rielle a √©galement provoqu√© un rel√Ęchement de la pratique religieuse et une augmentation de l’alcoolisme. Puis le phyllox√©ra, cette grave maladie de la vigne, menace le Languedoc en 1873.

Le dimanche 8 juin 1873, vers 7 heures, alors qu’Auguste Arnaud, ouvrier vigneron, s’occupe de ses vignes, il voit appara√ģtre √† 1,50 m du sol, un personnage dans une nu√©e lumineuse. C’est une femme de taille moyenne, toute de blanc v√™tue. Elle porte une ceinture frang√©e, sa t√™te est surmont√©e d’une couronne haute, semblable √† la mitre d’un √©v√™que. Un grand voile blanc, partant du sommet de la couronne l’enveloppe de toutes parts jusqu’aux pieds, couvrant m√™me les mains, crois√©es sur la poitrine. Tous ces divers ornements sont d’une √©clatante blancheur. Sa figure est belle, calme, sans exprimer ni joie ni tristesse. Elle se retrouve noy√©e dans une atmosph√®re lumineuse. N’en croyant pas ses yeux, Auguste questionne l’apparition : “Qui √™tes-vous ?”

Je suis la Sainte Vierge. N’ayez pas peur.
Vous avez la maladie de la vigne.
Vous avez abandonn√© Saint Bauzille. Il faut faire sa f√™te le jour o√Ļ elle tombe. Jeudi, il faudra aller √† Saint Antoine, la chapelle d’un ancien ermitage sur la colline qui domine le village, en procession et y dire la messe. D’aujourd’hui en quinze, il faut aller en procession √† Notre-Dame, tout le canton de Gignac, Montpellier et Lod√®ve en ville.
Il vous faut placer une nouvelle croix et changer l’autre. Vous placerez une croix charg√©e d’une Vierge au fond de votre vigne, et y ferez procession chaque ann√©e.
Allez dire cela à votre père et au curé de suite.
Dans un mois, je viendrai vous remercier.

La Vierge dispara√ģt ensuite. Auguste va raconter l’√©v√®nement √† son p√®re et, ensemble, ils se rendent chez le cur√© du village, qui les √©coute mais n’y accorde pas foi. Il lui semble impossible que la Vierge apparaisse √† un homme qui profane le jour du Seigneur en ne respectant pas le repos dominical. Auguste d√©sire cependant accomplir les demandes de la Vierge. Le lendemain m√™me de l’apparition, il dresse une croix de bois provisoire dans sa vigne, que le cur√© refuse de b√©nir.

Le jeudi 12 juin, accompagn√© de membres de sa famille, il accomplit le p√©lerinage √† l’ermitage Saint Antoine.
Le dimanche suivant, il fait de m√™me au sanctuaire Notre Dame de Gr√Ęce, √† Gignac.
Rassemblant ses √©conomies, il participe √† l’√©dification d’une croix de fer, dor√©e et argent√©e, pour remplacer celle en bois.

Tous ces faits ne passent pas inaper√ßus dans le village. Auguste Arnaud ne cache pas avoir eu une apparition de la Vierge. Except√© une minorit√© de sceptiques, libres penseurs ou anticl√©ricaux, la majorit√© des braves gens croit au r√©cit d’Auguste. On √©carte la possibilit√© d’une hallucination : l’homme est trop calme et pond√©r√© pour √™tre la victime de ses sens. La vie pass√©e¬† du vigneron plaide en faveur de la r√©alit√© des faits.

A la date prescrite, le 8 juin, Auguste va √† a vigne √† 4 h 30 du matin et se met au travail. Plusieurs centaines de personnes des environs se trouvent √©galement sur les lieux, dans l’attente de l’apparition promise. Vers 7 h 30, tout √† coup, Auguste laisse √©chapper sa pioche. Il est droit, la t√™te lev√©e, les yeux ouverts, fix√©s vers le ciel, sa main droite saisit √©nergiquement son chapeau et le jette √† terre. Ses 2 bras s’√©l√®vent en l’air, son visage est devenu p√Ęle, tr√®s p√Ęle, ses mains semblent d√©mesur√©ment allong√©es, ses yeux n’√©prouvent aucun mouvement des paupi√®res, comme fix√©s par l’apparition qui l’attire.

Auguste fera la d√©position suivante : “Tout √† coup, √† 2 m devant moi, j’aper√ßus de nouveau la m√™me personne de la 1√®re apparition. A peine l’eus-je vue que, rapide comme l’√©clair, elle fut sur la Croix. Je me trouvais toujours devant elle √† la m√™me distance de 2 m. Je ne sais, je ne puis comprendre comment je me suis trouv√© l√†, ni comment j’ai parcouru la distance qui me s√©parait du lieu o√Ļ j’√©tais d’abord, de la Croix au pied de laquelle je me suis ensuite trouv√©.”

Si les t√©moins n’ont rien vu de l’apparition, en revanche ils ont tous constat√© ce d√©placement prodigieux, inexplicable. L’un d’eux fera la d√©position suivante : “Il est emport√© avec une rapidit√© effrayante vers la Croix… directement en ligne droite, √† travers les souches et les ceps qui √©taient alors dans toute leur vigueur, enlac√©s les uns dans les autres.”

Auguste Arnaud ajoute : “La Sainte Vierge avait les m√™mes traits et la m√™me expression que la 1√®re fois ; ses v√™tements √©taient de m√™me forme, mais de couleur d’or, et paraissaient encadr√©s, dans une atmosph√®re lumineuse de quelques centim√®tres de large. Sa figure √©tait pleine de clart√©. Les mains, crois√©es sur la poitrine et sous le voile, √©taient entour√©es d’une chapelet toujours de couleur d’or.”

D’apr√®s les t√©moins, Auguste est plong√© dans une profonde contemplation durant une dizaine de minutes. Puis la Vierge d√©livre un ultime message :

Il ne faut pas travailler le dimanche.
Heureux celui qui croira, malheureux celui qui ne croira pas.
Il faut aller à Notre-Dame-de-Gignac en procession.
Vous serez heureux avec toute la famille.

Puis, la Sainte Vierge fait glisser le chapelet sur la main gauche et de la droite elle donne la bénédiction à la foule comme font les prêtres à la fin de la messe en disant :

Que l’on chante des cantiques.

Et elle disparait de la même manière que la 1ère fois.
L’√©v√®nement fait grand bruit dans toute la r√©gion. La vigne d’Auguste devient un lieu de p√®lerinage. Des gu√©risons miraculeuses de malades s’y produisent. Le cur√© du village, l’abb√© Coste, reste cependant r√©serv√©. Il n’ose pas communiquer √† l’√©v√™que du dioc√®se, Monseigneur Le Courtier, un rapport de l’√©v√®nement. Il sait que ce dernier s’exprime parfois en “vrai voltairien” et ne croit pas aux apparitions de La Salette. L’abb√© Coste se contente d’organiser, l’ann√©e suivante, de grands p√®lerinages √† Saint-Antoine et √† Notre-Dame-de-Gr√Ęce √† Gignac. Il fait √©riger les croix demand√©es.

Un nouvel √©v√™que, Monseigneur de Cabri√®res, prend les choses en mains. En f√©vrier 1875, il se rend √† Saint Bauzille, s’entretient longuement avec Auguste Arnaud, visite les lieux de l’apparition et d√©cide de nommer une commission d’enqu√™te, afin d’√©tudier l’√©v√®nement. En 1879, il autorise finalement la construction d’une chapelle. Il vient lui-m√™me c√©l√©brer la messe dans le nouveau sanctuaire, o√Ļ la Vierge est invoqu√©e sous le vocable “Notre Dame du Dimanche”.

Pontmain

En 1871, Pontmain est un important village de 500 √Ęmes, juch√© dans le bocage mayennais. La maison de la famille Barbedette donne sur la place principale, non loin de l’√©glise, face √† une imposante maison, occup√©e par le buraliste, Augustin Guidecoq.

Le mardi 17 janvier, vers 17 h 30, le p√®re Barbedette, ainsi que 2 de ses fils (Eug√®ne 12 ans et Joseph 10 ans) p√©n√®trent dans la grange attenante √† leur habitation, afin de pilier des ajoncs destin√©s √† la nourriture des chevaux. Un quart d’heure plus tard, Jeannette D√©tais entre dans la grange pour parler au p√®re Barbedette. Eug√®ne en profite pour interrompre son travail et se mettre sur le pas de la porte. Dehors il fait un froid glacial, la neige recouvre le sol et les toits. La nuit est tomb√©e depuis un bon moment et le ciel, tr√®s pur, s’illumine d’√©toiles.

Soudain, non loin de la maison Guidecoq, mais bien au-dessus du toit, Eug√®ne voit une belle grande Dame, v√™tue d’une robe bleue, parsem√©e d’√©toiles d’or, sans ceinture et sans taille, identique √† un sarrau d’enfant : une robe d’une seule pi√®ce, allant du cou jusqu’aux pieds. “Elle avait des chaussons, racontera-t-il plus tard, bleus comme la robe, et au milieu, un ruban d’or formait un noeud en forme de rosette. Un voile noir, cachant enti√®rement les cheveux et les oreilles, et couvrant le tiers du front, retombait sur les √©paules jusqu’√† la moiti√© du dos. Imm√©diatement rejet√© en arri√®re, il ne cachait pas la figure. Sur la t√™te, elle portait une couronne d’or, sans autre ornement qu’un petit liser√© rouge, situ√© √† peu pr√®s au milieu. Pos√©e sur le voile, haute √† peu pr√®s de 20 centim√®tres, elle ne montait pas tout droit, mais en s’√©largissant comme un c√īne renvers√©. Un grand cercle ovale, du m√™me bleu que la robe, entoure la Dame. 4 bougies sont √† l’int√©rieur du cercle bleu, 2 √† la hauteur des genoux de la Dame, 2 √† la hauteur de ses √©paules. Sur la poitrine, est situ√©e une petite croix rouge.”

Cette tenue pour le moins étonnante, tranche avec celles des autres apparitions. Il faut certainement y voir une interprétation symbolique.

La Vierge reste silencieuse. Seules les expressions de son visage et un texte qui va s’inscrire dans le ciel permettent de comprendre son message.

Lors de la 1√®re √©tape de l’apparition, Eug√®ne voit la Dame avec les bras baiss√©s, les mains ouvertes, le visage, d’une beaut√© incomparable, demeure souriant. Lorsque Jeannette D√©tais sort de la grange, Eug√®ne lui demande : “Jeannette, regarde donc sur la maison du buraliste si tu ne vois rien ?” Jeannette ne voit rien. Le p√®re Barbedette et son second fils, Joseph, sortent √† leur tour et regardent le ciel. L’adulte ne voit rien, mais en revanche, Joseph parle √† son tour : “Oui, je vois une belle grande Dame.” Sachant ses enfants incapables d’inventer des histoires pour se moquer de la religion, le p√®re Barbedette fait chercher son √©pouse, qui ne voit rien. On va alors chercher la domestique de la famille, Louis, qui ne distingue rien non plus.

Puis la famille va souper. En sortant √† nouveau, les 2 gar√ßons voient toujours la belle Dame. Leur m√®re, tr√®s troubl√©e, leur recommande de r√©citer 5 Pater et 5 Ave. L’apparition se prolonge. On va chercher une des religieuses qui s’occupent de l’√©cole. Elle ne voit rien, mais fait venir 3 de ses pensionnaires. 2 des 3 enfants, Fran√ßoise Richer, 11 ans, et Jeanne-Marie Leboss√©, 9 ans, voient √©galement “la belle Dame”. Leur description co√Įncide exactement avec celle des gar√ßons. L’abb√© Richard et 2 enfants se rendent √©galement sur les lieux. Les all√©es et venues sont remarqu√©es. Des curieux, malgr√© la nuit glaciale, viennent grossir le groupe. Au total, 7 enfants voient la Vierge dans le ciel : outre les 2 fr√®res Barbedette et les 2 √©l√®ves des soeurs, il faut ajouter Eug√®ne Friteau, 6 ans, Augustine Boitin (25 mois) et Auguste Avice (4 ans).

Le cur√© demande que l’on prie. L’une des religieuses dirige la r√©citation du chapelet. Lors de cette r√©citation, la Vierge et l’ovale bleu grandissent de moiti√©. Lorsqu’une soeur entonne le Magnificat, un grand √©criteau blanc appara√ģt au-dessous des pieds de la Vierge. Des lettres se forment lentement une √† une que les enfants voyants lisent :

Mais priez mes enfants

L’abb√© Richard d√©cide alors de faire chanter les litanies de la Vierge. A la 1√®re invocation, une nouvelle lettre se forme, suivie par d’autres. A la fin des litanies, une nouvelle phrase est √©crite :

Dieu vous exaucera en peu de temps.
Mon Fils se laisse toucher.

Un nouveau cantique √† la Vierge est chant√©. “Alors, raconte l’abb√© Richard, la Sainte Vierge √©leva, √† la hauteur de ses √©paules, les mains qu’elle tenait abaiss√©es et √©tendues, et agitant les doigts lentement, comme si elle e√Ľt accompagn√© le chant du cantique, elle regardait les enfants avec un sourire d’une douceur infinie : “Voil√† qu’elle rit, voil√† qu’elle rit, s’√©criaient-ils”

Apr√®s 10 minutes, alors que la foule entame un chant de p√©nitence, l’inscription dispara√ģt. Puis le visage de la Vierge s’assombrit, une grande croix rouge, avec un Christ de m√™me couleur, appara√ģt devant la Vierge, qui prend ce crucifix, entre ses mains et l’incline l√©g√®rement vers la foule. “Pendant tout ce cantique, dira Joseph Barbedette lors de l’une de ses d√©positions au proc√®s canonique, le regard de la tr√®s Sainte Vierge ne se dirigeait plus vers nous, mais vers le crucifix. D√®s le commencement de ce cantique, une des √©toiles qui s’√©taient group√©es au-dessous des pieds vint allumer la bougie du genou droit, remonta √† celle de l’√©paule droite et alla se placer au-dessus de la t√™te… Pendant tout le temps que la tr√®s Sainte Vierge garda le crucifix dans ses mains, son visage √©tait empreint d’une tristesse indicible. Cependant elle n’a pas pleur√© : nous n’avons pas vu les larmes rouler dans ses yeux ; mais, sp√©cialement au coin de la bouche, le tremblement des l√®vres qui manifeste une vive √©motion. Les l√®vres remuaient, semblant prononcer les paroles du cantique de p√©nitence que l’on chantait √† ses pieds, sp√©cialement au refrain, qui est le Parce”.

Lorsque la foule commence √† chanter l’Ave Maria Stella, le crucifix rouge disparait. Sur chacune des √©paules de la Vierge, appara√ģt une petite croix blanche. Son visage s’illumine √† nouveau d’un sourire. Le cur√© ordonne de faire la pri√®re du soir. Lors de cette pri√®re, l’apparition disparait peu √† peu. Un grand voile blanc, partant des pieds, couvre le corps de la Vierge. Puis son visage se voile, l’ovale bleu et les 4 bougies allum√©es disparaissent. Il est pr√®s de 21 heures lorsque se termine l’apparition. Elle a dur√© environ 3 heures.

Vers une reconnaissance officielle…

L’abb√© Richard, persuad√© de la v√©racit√© des affirmations des enfants, √©crit le lendemain m√™me √† son sup√©rieur imm√©diat, le cur√©-doyen de Landivy, Fran√ßois Gu√©rin. Ce dernier, assez sceptique, se rend √† Pontmain le 19. Il interroge s√©par√©ment les enfants, avec parfois une certaine brusquerie, cherchant des failles √©ventuelles ou des contradictions. Il doit finalement s’incliner devant la bonne foi √©vidente des enfants.¬† Il r√©dige un rapport favorable √† l’√©v√™que de Laval, Monseigneur Wicart ordonne une enqu√™te officielle. Le 14 mai, il se rend lui-m√™me √† Pontmain et en repart boulevers√© et convaincu : “Rien de plus calme, rien de plus modeste, rien de plus net et de plus ferme que les d√©clarations faites.”

Les enfants sont soumis √† l’examen de 3 m√©decins : un professeur de l’√©cole de m√©decine de Rennes et 2 sommit√©s m√©dicales du d√©partement. Leur rapport conclut √† la bonne sant√© physique et psychique des enfants, excluant ainsi que la vision soit la cons√©quence d’une affection ophtalmologique, d’une illusion d’optique ou d’une hallucination. Le 2 f√©vrier 1872, l’√©v√™que prononce un jugement d√©finitif qui conclut que la Vierge Marie est bien apparue le 17 janvier 1871 dans le hameau de Pontmain.

L’annonce de la fin de la guerre franco-prussienne

Cette apparition, plac√©e sous le signe de l’esp√©rance, annonce la fin de la guerre franco-prussienne, comme l’indique la blanche banderole : “Dieu vous exaucera en peu de temps”. En effet, les 2 parties bellig√©rantes concluent un armistice et signent les pr√©liminaires de la paix le 28 janvier 1871, 11 jours apr√®s l’apparition. Le contexte historique de l’apparition est √©vident quand on sait que l’invasion prussienne touche √† cette √©poque la Mayenne, et que c’est dans cette r√©gion que se font entendre les derniers coups de canons.

Philippsdorf

Philippsdorf √©tait au XIX√®me si√®cle un village de Boh√™me, peupl√© en majorit√© d’Allemands. Cette localit√© se trouve aujourd’hui en R√©publique tch√®que sous le nom de Filippov.

Madeleine Kade voit le jour dans une famille de tisserands. Par malheur, elle perd √† l’√Ęge de 13 ans son p√®re, puis sa m√®re √† 26 ans. Elle s’installe chez son fr√®re, Joseph, mari√© et p√®re de 5 enfants. Elle a accumul√© depuis 12 ans une succession impressionnante de maladies : convulsions, pleur√©sie, pneumonie, ulc√®re √† l’estomac, √©vanouissements fr√©quents, m√©ningite, cancer du sein, dermatose. A plusieurs reprises, on a cru sa derni√®re arriv√©e et on lui a administr√© l’extr√™me-onction.

Elle se trouve alit√©e depuis 1 mois, lorsque dans la nuit du 13 janvier 1866, alors qu’une amie veille aupr√®s d’elle, vers 4 heures du matin, la malade voit tout √† coup une grande lumi√®re √©clairer sa chambre. Son amie ne voit rien. Assise dans son lit, la malade voit une lumi√®re toujours plus resplendissante, et au centre, une Dame √©clatante, enti√®rement v√™tue de blanc, couronn√©e d’un diad√®me d’or. Elle se trouve si proche du pied du lit, que Madeleine pense pouvoir la toucher. L’apparition tient sa main gauche sur le coeur et celle de droite est tendue vers le bas, comme pour inviter √† faire quelque chose.

Pas de doute pour Madeleine, il s’agit bien de la Vierge. “Je tremblai de joie et de peur √† la fois”, dira-t-elle plus tard.
Elle ordonne √† son amie de se mettre √† genoux et lui demande : “Tu ne la vois pas ? C’est la M√®re de Dieu, l√†.”
L’amie r√©pond : “Je vois seulement la flamme de la lampe √† huile”

L’√©motion est si forte et l’√©clat de la Vierge si intense que Madeleine se couvre les yeux de ses mains et se met √† pleurer. La lumi√®re se faisant plus douce, elle peut √† nouveau contempler l’apparition et, joignant les mains, elle d√©bute une pri√®re : “Mon √Ęme exalte le Seigneur. Exulte mon esprit en Dieu mon sauveur”. Elle r√©cite les 1ers versets du Magnificat. A peine a-t-elle dit ces 2 premiers versets que la Vierge se met √† lui parler, d’une voix douce et harmonieuse :

Ma fille, bient√īt, tu seras gu√©rie.

Puis l’apparition cesse subitement. Madeleine demande √† son amie de l’aider √† terminer la r√©citation de la pri√®re, tandis qu’elle commence √† sentir une √©nergie nouvelle monter en elle.
Elle appelle ensuite ses proches, raconte l’apparition et se sent gu√©rie.

On remarque que sa tumeur au sein a totalement disparu. Le lendemain m√™me, son m√©decin, qui l’examine longuement, constate avec stup√©faction, que sa patiente ne souffre plus d’aucun mal et que toute s√©quelle a disparu. Madeleine va vivre d√®s lors pendant plus de 40 ans, sans conna√ģtre la moindre rechute. Elle d√©c√®dera √† 72 ans.

Vers une reconnaissance de l’apparition et du miracle

Le cur√© du village se rend au domicile de la miracul√©e et constate √©galement que la gu√©rison semble spontan√©e, int√©grale et durable. Peu de jours apr√®s, il adresse √† l’√©v√™que de Leitmeritz (aujourd’hui Litomerice) un r√©cit d√©taill√© de l’apparition et du miracle.

Monseigneur Wahala fait nommer une Commission d’enqu√™te, pr√©sid√©e par le vicaire capitulaire. Le 7 mars, la Commission d√©bute ses travaux. Elle interroge longuement Madeleine, ainsi que son amie qui la veillait, sans oublier la famille, les 2 m√©decins qui la soignaient et avaient d√©clar√© incurable son cancer. Les interrogatoires se prolongent durant une semaine.

Monseigneur Wahala se montre n√©anmoins plus prudent. Il ne fait pas de d√©claration officielle, mais il laisse les p√®lerins affluer √† Philippsdorf, allant m√™me jusqu’√† accepter que la chambre de la miracul√©e soit transform√©e en chapelle.

En 1870, l’√©v√™que autorise qu’une √©glise soit construite et que les principales pi√®ces de la “chambre du miracle” soient conserv√©es¬† dans une aile du sanctuaire. L’√©glise sera √©lev√©e au rang de basilique mineure par le pape Pie XI en 1925.

En 1985, jour anniversaire de l’apparition, le pape Jean-Paul II a b√©ni au Vatican une couronne destin√©e √† orner la statue de la Vierge se trouvant au sanctuaire.

De nos jours, plus de 50 mille p√®lerins se rendent chaque ann√©e dans ce qui est consid√©r√© comme la “Lourdes de la Boh√®me”.

Guérisons miraculeuses

La même année 1866, 2 autres guérisons, qualifiées de miraculeuses, sont constatées par les médecins.

Depuis, de nombreuses gu√©risons s’y sont pass√©es.

Bernadette Soubirous

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 √† Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins √©chelonn√©s √† quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le ch√Ęteau fort de Lourdes et les collines couvertes de pr√©s et de bois qui s’√©l√®vent vers Bartr√®s.

Bernardette est une enfant d√©sir√©e, car sa naissance comble un mariage d’amour, dont l’origine a surgi d’un malheur. Le 1er juillet 1841, Justin Casterot, le meunier de Boly, a trouv√© la mort dans un accident de charette. Sa veuve, Claire, se retrouve seule avec 4 grandes filles et un moulin. Pour subsister, elle d√©cide de marier l’a√ģn√©e, Bernade, √Ęg√©e de 19 ans, √† un gar√ßon de la corporation : Fran√ßois Soubirous, un gaillard de 34 ans, issu d’une vieille famille lourdaise peu fortun√©e. Il se rend avec plaisir au moulin mais pr√©f√®re la cadette, Louise, une blonde aux yeux bleus. Bien qu’√† cette √©poque, les int√©r√™ts d√©passent souvent les sentiments, Fran√ßois parvient √† convaincre sa future belle-m√®re de sa pr√©f√©rence pour Louise. Leur mariage est c√©l√©br√©e le 9 janvier 1843.

Le 9 janvier 1844, Bernadette est baptis√©e, sous le nom de Bernarde-Marie. Elle est au d√©but choy√©e par sa m√®re, une grande-m√®re, 3 tantes et la marraine, Bernarde, la fianc√©e d√©laiss√©e. Un soir de novembre 1844, Louise, qui attend un 2√®me enfant, se br√Ľle gravement avec une chandelle de r√©sine suspendue √† la chemin√©e. Ne pouvant plus nourrir Bernadette, elle d√©cide de la confier √† Marie Lag√ľes qui vient de perdre son a√ģn√©, Jean, 18 jours apr√®s l’accouchement. Celle-ci accepte de prendre Bernadette en nourrice pour 5 francs par mois, et ce, pour une dur√©e d’un an et demi.

L’ann√©e o√Ļ le pape Pie IX d√©finit l’Immacul√©e Conception de Marie, Fran√ßois Soubirous se retrouve au ch√īmage et devient ouvrier-manoeuvre pour 1,20 franc par jour.

Alors que le baron Haussmann transforme Paris en cit√© lumi√®re et que la bourgeoisie du Second Empire s’enrichit. Lourdes conna√ģt l’√©preuve de la disette parmi les pauvres. Les plus d√©munis s’entassent dans un quartier insalubre, au pied des vieux remparts. A l’automne 1855, une √©pid√©mie de chol√©ra cause la mort de 30 personnes, dont la grand-m√®re Cast√©rot. Bernadette, √©galement atteinte, subit le traitement de l’√©poque : on lui bouchonne le dos avec de la paille jusqu’au sang. Elle sera asthmatique jusqu’√† sa mort.

Avec 900 francs d’h√©ritage, les Soubirous louent un moulin √† Arcizac, pr√®s de Lourdes. Mais ce n’est qu’un court r√©pit. La r√©colte de 1856 s’av√®re d√©sastreuse. La famine s√©vit √† nouveau. Le prix du pain fait plus que doubler. Au d√©but de l’hiver 1857, les Soubirous sont de nouveau √† la rue. Andr√© Sajous, cousin germain de Louise Soubirous, leur loue le cachot de l’ancienne prison de Lourdes d√©saffect√©e pour cause d’insalubrit√©.

Fran√ßois, sa femme et leurs 3 enfants, Bernadette (15 ans), Toinette (12 ans) et Jean-Marie (7 ans) s’entassent dans ce rez-de-chauss√©e malodorant, rue des Petits Foss√©s, situ√©e dans la partie haute et centrale de la ville, pr√®s du ch√Ęteau fort. La pi√®ce ne re√ßoit le jour que par une petite fen√™tre munie de barreaux de fer. Au cachot, on conna√ģt la faim. Non seulement le pain manque, mais on ne peut m√™me pas s’offrir la maigre bouillie de ma√Įs qui “tient le ventre”. Le petit fr√®re est surpris en train de manger la cire des cierges √† l’√©glise.

Le 27 mars 1857, les gendarmes arr√™tent Fran√ßois Soubirous, accus√© injustement de vol de farine. Le boulanger Maisongrosse l’a d√©nonc√© pour l’unique motif inscrit dans les actes de la proc√©dure : “C’est l’√©tat de sa mis√®re qui m’a fait croire qu’il pourrait √™tre l’auteur de ce vol”. On mettra 1 semaine pour s’apercevoir qu’il est innocent. Aucun des enfants Soubirous ne re√ßoit d’instruction. Bernadette doit travailler, tant√īt comme chiffonni√®re, tant√īt comme gardienne d’enfant, le plus souvent comme serveuse dans un cabaret tenu par la tante Bernade.

L’asthme chronique de Bernadette la fait tousser au moindre effort. Pour se soigner, elle part en 1857 chez sa nourrice d’enfance √† Bartr√®s, garder les moutons, comme berg√®re sans gages. La bergerie, c’est une longue solitude, mais tout de m√™me un refuge amical. Sa joie, c’est de mener ses moutons dans les pacages au-dessus de Lourdes. Bernadette sait appr√©cier cette solitude choisie, cette nature paisible et tendre. Elle respire √† pleins poumons l’air pur des p√Ęturages. Elle contemple la vall√©e et la Gave √† ses pieds, et communie avec la splendeur du paysage. Bernadette est alors une adolescente menue, presque ch√©tive.

Marie Lag√ľes s’est charg√©e de la pr√©parer pour sa 1√®re communion. Le soir, apr√®s d√ģner, pendant que son mari, le sabotier, travaille √† la lueur d’une bougie, la vieille femme fait r√©p√©ter laborieusement des phrases √† Bernadette. C’est une rude √©preuve pour la jeune fille, car sa m√©moire n’a jamais travaill√©, faute d’√™tre all√©e √† l’√©cole. Tout s’enfuit. La nourrice mart√®le les syllabes, mais Bernadette n’en est que plus bloqu√©e. Elle ne retient pas les paroles abstraites. Alors, parfois, la nourrice qui est un peu soupe-au-lait, jette le cat√©chisme √† travers la pi√®ce et s’emporte : “Tiens ! tu es trop b√™te ! Jamais tu ne pourras faire ta 1√®re communion ! Tu ne retiens rien !

Au cachot, on fait chaque jour la pri√®re du soir, et la voix ferme de Bernadette √©merge √† travers le plafond. Le cousin Sajous, qui loge √† l’√©tage au-dessus, en t√©moignera. Bernadette vit une profonde union √† Dieu, sans bagage d’instruction religieuse, dans une grande indigence de langage et de moyens.

C’est finalement √† l’√©cole gratuite des soeurs de l’Hospice, dans la “classe des indigents”, o√Ļ elle a √©t√© admise avec sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum, que Bernadette finit par apprendre √† lire.

Elle peut faire sa 1√®re communion gr√Ęce √† l’abb√© Ader qui tente de lui enseigner le cat√©chisme. P√©dagogue admirable, il a pressenti avant tout le monde quelle profondeur se cache sous l’apparente lenteur d’esprit de cette enfant timide. Il dit un jour √† Bernadette : “Tu ne sais rien, mais tu comprends tout…” L’abb√© Ader, qui a choisi la vocation monastique, chez les B√©n√©dictins, la recommande √† l’abb√© Pomian, l’aum√īnier de l’Hospice, qui accepte de l’inscrire au cat√©chisme pr√©paratoire.

Apr√®s les apparitions et la Commission d’enqu√™te, Bernadette arrive √† Nevers le 7 juillet 1868 et re√ßoit l’habit des soeurs de la Charit√© et de l’Instruction chr√©tienne du couvent de Saint Gildard, le 29 du m√™me mois. Elle s’appelle d√©sormais soeur Marie-Bernard.

Victime de la tuberculose, elle meurt le mercredi de P√Ęques 1879, √† 3 heures de l’apr√®s-midi, √† l’heure m√™me o√Ļ le Christ mourut sur la croix. Bernadette Soubirous est d√©clar√©e “Bienheureuse” en juin 1925 par le pape Pie XI, et canonis√©e le 8 d√©cembre 1933, le jour de l’Immacul√©e Conception.

Depuis ao√Ľt 1925, elle repose dans une chasse de la chapelle du couvent Saint Gildard.

Guérisons miraculeuses

Le 1er mars est marqu√© par la 1√®re gu√©rison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps m√©dical. Au moment des 1√®res apparitions, Catherine Latapie, √Ęg√©e de 39 ans, habite √† Loubajac, village voisin de Lourdes. Elle est invalide de sa main droite depuis 1856, apr√®s la chute d’un arbre. Cette accident a caus√© une “luxation de l’hum√©rus, ais√©ment r√©duite… mais laiss√© une paralysie de type cubital, par √©longation traumatique du plexus brachial”. Sa main se trouvant paralys√©e et d√©form√©e, elle ne peut plus travailler et s’enfonce dans la mis√®re. Mue par une inspiration soudaine, elle se l√®ve √† 3 heures du matin, r√©veille ses 2 jeunes enfants et se met en route pour Lourdes. Elle arrive √† temps pour √™tre bien plac√©e, rencontre Bernadette, s’agenouille et prie dans la grotte. Et puis, tr√®s simplement, elle trempe sa main dans le petit bassin qui recueille l’eau de la source. Ses doigts paralys√©s, d√©form√©s, retrouvent leur souplesse. Elle peut √† nouveau les allonger, les plier, s’en servir avec la m√™me facilit√© qu’avant l’accident. Se trouvant enceinte depuis plusieurs mois, elle doit aussit√īt rentrer chez elle. Sa joie est alors interrompue par des douleurs au ventre. Elle fait courageusement les 4 km du retour et met au monde, le soir m√™me, un petit Jean-Baptiste, qui deviendra pr√™tre en 1882 ! Le professeur Vergez, dans son rapport √† l’intention de Monseigneur Laurence, √©v√™que de Tarbes, classe “ce cas dans les gu√©risons pr√©sentant un caract√®re surnaturel”.

De nouveaux miracles se d√©roulent √† la grotte, dont celle de Louis Bouriette, ouvrier carrier, travaillant et vivant √† Lourdes. Il est atteint depuis 2 ans d’une perte de vision compl√®te de l’oeil droit, suite √† un accident de mine. Il se rend √† la grotte, s’agenouille, se met √† prier, lave ensuite son oeil droit avec l’eau de la source.

“Je lavai et relavai, racontera-t-il plus tard, encore plusieurs fois en l’espace de peu de temps mon oeil droit, et ma vue, apr√®s ces ablutions, a √©t√© ce qu’elle est en ce moment, excellente”.

Quand le docteur Dozous, qui le soigne, l’examine peu apr√®s, il constate, stup√©fait, que l’oeil perdu est redevenu normal et que la gu√©rison est inexplicable.

Blaisette Cazenave a √©galement de s√©rieux probl√®mes avec ses yeux. Cette lourdaise de 50 ans souffre d’une infection chronique de la conjonctive et des paupi√®res. La m√©decine de l’√©poque ne peut lui √™tre d’aucun secours. D√©clar√©e incurable, elle d√©cide, en mars 1858, d’utiliser l’eau de la grotte en lotions. D√®s la seconde application, elle est totalement gu√©rie : les paupi√®res se sont redress√©es, les bourgeons charnus ont disparu, ainsi que les douleurs et l’inflammation. Le professeur Vergez est oblig√© de reconna√ģtre que “l’effet surnaturel est d’autant plus manifeste dans cette merveilleuse gu√©rison que la “l√©sion mat√©rielle” – nous dirions maintenant l’atteinte organique des paupi√®res – √©tait plus frappante… et que, au r√©tablissement rapide des tissus dans les conditions organiques et vitales normales, est venu s’ajouter le redressement des paupi√®res.

Un jeune couple d√©sesp√©r√© vient √† la grotte. Leur enfant en bas √Ęge va mourir ; il est quasiment √† l’agonie. La femme, Croisine Bouhort, le tient serr√© contre elle envelopp√© dans son ch√Ęle. Son mari, un ardoisier, la suit et tente de la raisonner. Mais, guid√©e par l’esp√©rance, elle ne veut rien entendre. Elle d√©semmaillote son petit qui appara√ģt pitoyable, d√©charn√©, inerte. Croisine plonge son enfant dans l’eau glac√©e de la source. En l’immergeant, elle prie et implore la M√®re de Dieu de tout son coeur. Loin de succomber, l’enfant crit et gigote avec √©nergie. Sanglotant de joie, Croisine l’essuie, l’enveloppe et l’emporte en rendant gr√Ęce √† Bernadette √† qui la Dame vient de parler. Le petit Justin Bouhort, dont l’oncle menuisier avait d√©j√† pr√©par√© un cercueil, grandira, pour la plus grande perplexit√© des m√©decins.

Bernadette r√©cuse les gu√©risons miraculeuses qu’on tente de lui attribuer. Une commission administrative, form√©e du commissaire Jacomet, du maire Lacad√© et du procureur Vital-Dufour, l’interroge le 18 mars. Bernadette se comporte avec simplicit√© : “Je ne crois pas avoir gu√©ri qui que ce soit, et je n’ai pas au reste rien fait pour cela. Je ne sais pas si je reviendrai davantage √† la grotte.”

LOURDES est aujourd’hui le plus important p√©lerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 gu√©risons y ont √©t√© attest√©es, 2 000 qualifi√©s d’inexplicables, 66 jug√©es miraculeuses. Des milliers de personnes, gu√©ries de diverses maladies, ont sans doute pr√©f√©r√© conserver l’anonymat.

Lourdes

BERNADETTE SOUBIROUS voit le jour le 7 janvier 1844 √† Boly, dans l’avant-dernier des 5 moulins √©chelonn√©s √† quelques pas les uns des autres, au bord du ruisseau de Lapaca, entre le ch√Ęteau fort de Lourdes et les collines couvertes de pr√©s et de bois qui s’√©l√®vent vers Bartr√®s – lire la suite…

Le jeudi 11 f√©vrier 1858, Bernadette, sa soeur Toinette et leur amie Jeanne Baloum s’en vont ramasser du bois mort, malgr√© le froid. Elles quittent la rue des Petits Foss√©s et franchissent le Pont Vieux afin de prendre le chemin de la for√™t, de suivre le sentier couvert de ronces et de pierres. Elles s’engagent dans l’√ģle du Moulin de Savy, et franchissent la passerelle. Mais les meuniers qui se r√©servent le bois autour de chez eux, se f√Ęchent.

Les 3 filles d√©cident d’aller du c√īt√© de Massabielle, l√† o√Ļ le canal du Moulin rejoint le Gave. A cet endroit, le bois est √† tout le monde. A leur gauche, de l’autre c√īt√© du canal, se dresse la grotte de Massabielle au bas d’une falaise. Bernadette la voit pour la 1√®re fois. Jeanne et Toinette retroussent leurs jupes et traversent en pataugeant dans l’eau glac√©e. Bernadette qui redoute d’attraper froid et de se voir saisie par une crise d’asthme, d√©cide de rester sur la rive. Elle cherche un passage pour franchir l’√©troit canal. Mais les pierres sont trop √©loign√©es les unes des autres.

“Aidez-moi √† jeter des pierres dans l’eau, que je passe !” supplie Bernadette
“Passe comme nous”, crie Jeanne

Alors, malgr√© les consignes de sa m√®re, Bernadette commence √† se d√©chausser. “A peine si j’avais √īt√© le 1er bas, j’entendis un bruit comme si c’e√Ľt √©t√© un coup de vent…” racontera-t-elle. Bernadette ignore les Actes des Ap√ītres et le coup de vent de la Pentec√īte. Elle tourne la t√™te derri√®re elle, vers les peupliers de la prairie qui ne bougent pas. Elle continue donc √† se d√©chausser. Nouveau “coup de vent”. Et c’est alors qu’elle per√ßoit, devant elle, dans la niche de la grotte, √† 3 m√®tres au-dessus du sol, une douce lumi√®re, comme celle du soleil sous la pluie, au sombre creux de ce versant nord. Et, dans cette lumi√®re, un sourire : une merveille Dame blanche lui fait signe d’approcher, Bernadette tombe √† genoux, son chapelet √† la main. D’abord, c’est la crainte qui para√ģt sur son visage puis, lentement, l’extase. Ses compagnons la d√©couvrent agenouill√©e, immobile, le regard fixe, souriante, tr√®s p√Ęle et comme irradi√©e d’une totale b√©atitude.

“Je mis la main √† la poche, racontera Bernadette Soubirous, j’y trouvais le chapelet. Je voulais faire le signe de croix…, mais je ne pus porter la main jusqu’au front. Elle m’est tomb√©e. Le saisissement s’empara plus fort que moi ; ma main tremblait. La vision fit un signe de la croix, le grand saisissement que j’√©prouvais disparut. Je me mis √† genoux et je dis mon chapelet en pr√©sence de cette belle Dame. La vision faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les l√®vres. Quand j’eus fini mon chapelet, elle me fit signe d’approcher. Mais je n’ai pas os√©. Alors “Cela” a disparu.

“Cela” ! Aquer√ī, en patois de Lourdes, Bernadette d√©signe ainsi l’apparition, par respect, par prudence √©galement. Elle ne sait pas qui c’est.

Saisie, Toinette s’√©crie : “Regarde ! Bernadette est toute blanche ! Elle est peut-√™tre morte ?
Jeanne hausse les √©paules : “Si elle √©tait morte, elle serait couch√©e”
Bernadette para√ģt se r√©veiller. Elle se rel√®ve lentement et sourit aux 2 filles qui l’observent avec inqui√©tude, puis les interroge : “Vous n’avez rien vu ?”
“Je vois que tu n’as rien ramass√©”, grogne Jeanne

Alors, Bernadette se met joyeusement √† ramasser les branches mortes. Elle para√ģt extraordinairement heureuse, comme si une ivresse l√©g√®re la transportait. Les 2 compagnes ont devin√© quelque chose. Bernadette voudrait garder pour elle ce beau secret inexprimable. Sur le chemin du retour, Toinette arrache √† Bernadette un lambeau de son secret en lui promettant de n’en souffler mot √† personne. Mais, le soir m√™me, Toinette raconte tout √† sa m√®re. La m√®re questionne. Il en r√©sulte une bonne correction pour les 2 soeurs.

“Il ne faudra plus retourner √† cette grotte !”

Le 14 f√©vrier, pourtant, √† la sortie de la messe, les filles de la classe indigente, d√©vor√©es de curiosit√©, d√©cident d’aller √† la grotte. L’√©quip√©e ne sera pas glorieuse. Jeanne Baloum, vex√©e que Bernadette et le groupe de t√™te ne l’aient pas attendue, leur joue un vilain tour. Du rocher abrupt que la grotte troue √† la base, elle fait tomber une grosse pierre au milieu du groupe. Heureusement, personne n’est touch√© et la pierre termine sa course dans le Gave. C’est la panique chez les filles, d√©j√† effray√©es par la p√Ęleur de Bernadette en extase. Pour elles, c’est Aquer√ī qui leur tombe dessus. La plupart des gamines s’enfuient en poussant des cris per√ßants. Arriv√©es en ville, elles diront : “Bernadette est tomb√©e morte √† la grotte”.

Pendant ce temps, les plus courageuses tentent d’entra√ģner Bernadette, toujours agenouill√©e. Mais elle semble si lourde. Les femmes du moulin de Savy, accourues aux cris des fuyardes, ne parviennent pas √† la faire bouger. Il faut toute la force du meunier Nicolau, habitu√© √† porter des sacs de 100 kilos, pour la soulever. Encore le fait-il √† grande peine, car il a le coeur touch√© de la voir souriante, les yeux lev√©s, tandis qu’il l’entra√ģne de force jusqu’au moulin o√Ļ cesse l’extase. Les gens accourent. La m√®re, Louise Soubirous, arrive avec un b√Ęton et interdit d√©finitivement √† sa fille d’aller √† la grotte.

La nouvelle s’est r√©pandue comme une tra√ģn√©e de poudre dans Lourdes. On ne parle que de “l’apparition”. Madame Milhet, pieuse bourgeoise assez sotte, chez qui Louise Soubirous fait le m√©nage, veut accompagner Bernadette √† la grotte, pour voir. Madame Pailhason, une fort belle femme, patronne de la p√Ętisserie-salon de th√©, gifle publiquement Bernadette qu’elle tra√ģte de menteuse.

Les libres penseurs, rationalistes et voltairiens, se sont r√©unis au Caf√© Fran√ßais. Il y a l√† le commissaire de police Jacomet, le maire Lacade, l’avocat Du Fo, le po√®te Hyacinthe de Lafitte, le pr√©sident du tribunal Pougot, le procureur imp√©rial Vital-Dufour… Tout en jouant au billard et en sirotant une absinthe, ces messieurs discutent gravement de l’aspect politique de l’affaire “des apparitions”. Il ne fait aucun doute pour eux qu’elle sera exploit√©e par la clique des calotins et le parti royaliste. Ils sont persuad√©s que cette “gamine illumin√©e” est manoeuvr√©e en sous-main par les partisans des Bourbons !

Au cachot, le petit peuple d√©file : paysans, brassiers, ardoisiers et carriers apportent d’humbles pr√©sents √† la “petiote qui a vu la Dame”. Ils demandent sa b√©n√©diction, que Bernadette refuse avec humilit√©.

Accabl√©e de sollicitations, de promesses et de mises en demeure, Louise Soubirous finit par accepter que sa fille se rende √† Massabielle en compagnie de Madame Milhet. On ne peut rien refuser √† son employeuse. Elle veut √©claircir l’affaire. Ne serait-ce pas une √Ęme du purgatoire qui vient demander du secours ? Madame Milhet voudrait que “l’apparition” √©crive ce qu’elle veut. Bernadette lui pr√©sentera plume et papier. Elle demande √©galement √† jeune couturi√®re, Antoinette Peyret, la fille de l’huissier, de l’accompagner.

Au matin du jeudi 18 f√©vrier, Bernadette marche vers la grotte, suivie par les 2 corpulentes bourgeoises arm√©es d’un gros cierge et de quoi √©crire. Comme toujours quand elle se rend √† Massabielle, Bernadette avance d’un pas rapide, sans traces d’essoufflement. Par enchantement, son asthme semble avoir disparu. Les 2 femmes engonc√©es dans leur corset, peinent √† suivre. Elles glissent et tr√©buchent. Parvenue √† la 1√®re grotte, Bernadette s’agenouille, sort son chapelet et commence √† prier en silence.

C’est ainsi que la d√©couvrent les 2 matrones qui arrivent hors d’haleine et les mains √©corch√©es. Elles essaient de prier en √©piant la petite visionnaire. Soudain, le visage de Bernadette irradie une lumi√®re authentique. Elle p√Ęlit et resplendit √† la fois. Elle sourit, les yeux lev√©s vers la niche du rocher. Emerveill√©e, elle murmure : “Elle y est !”

Commence la 3√®me apparition, l’une des plus importantes. Les 2 bigotes se tordent le cou mais ne voient que la roche nue. Antoinette Peyret se saisit de l’encrier et du papier pour les donner √† Bernadette.

“Demande-lui d’√©crire son nom !”, souffle Madame Milhet

Docilement, Bernadette s’approche de la niche de la grotte. Les 2 femmes veulent la suivre, mais Bernadette fait signe de demeurer o√Ļ elles sont. Elle tend la plume, l’encrier et la feuille de papier √† Aquer√ī.

L’apparition rit et dit : “Ce n’est pas n√©cessaire” puis elle demande “Voulez-vous avoir la gr√Ęce de venir ici pendant 15 jours ?”

Bernadette, confondue par la déférence de cette belle expression promet sans hésiter.
L’apparition poursuit par une promesse :

Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde,
mais dans l’autre.

Il n’y a aucune tristesse, ni aucun regret chez Bernadette qui accepte, sans r√©volte ni angoisse, de renoncer √† sa part de bonheur terrestre. D√©j√†, elle sait qu’elle a √©t√© choisie pour un autre destin et un autre cheminement.

Madame Milhet encha√ģne d’une voix pinc√©e : “Demande √† ta Dame si notre pr√©sence lui est d√©sagr√©able”.
Bernadette se retourne vers la niche et pose la question sans qu’on l’entende, puis s’adresse aux 2 femmes : “Rien n’emp√™che que vous veniez !”.

Elles s’approchent et se remettent √† genoux.
Mais, en fait, la vision a disparu en s’√©levant dans la cavit√© o√Ļ le halo de lumi√®re s’est un instant prolong√©.
Le rayonnement de Bernadette s’efface progressivement.

Sur le chemin du retour, les questions fusent :
“Et si c’√©tait la Vierge ?” demande Madame Milhet

Bernadette reste silencieuse. Elle ne sait pas. Pourquoi la Sainte Vierge se d√©rangerait-elle pour une pauvre berg√®re ? Elle reste interdite et presque g√™n√©e par l’exquise politesse de la Dame. Elle n’en revient pas !

“Elle a bien dit : Voudriez-vous ?”, demande Madame Milhet.
Bernadette acquiesce. Madame Milhet décide de prendre Bernadette chez elle. Le mystère de cette enfant la passionne.

C’est donc de la maison de Madame Milhet que Bernadette, paisible et silencieuse, part le vendredi 19 f√©vrier pour la 4√®me apparition. Il devient difficile de le faire en secret. Les membres de la famille veulent s’y rendre √©galement, dont Bernarde Cast√©rot, la marraine, qui supporte mal le patronnage de Madame Milhet sur sa filleule.

Le 20 f√©vrier, le groupe s’agrandit. 30 personnes sont t√©moins de l’extase silencieuse de Bernadette.

Le dimanche 21 f√©vrier, 100 personnes remplissent la grotte jusqu’au bord du Gave. A son retour, Bernadette est interrog√©e sur ce qu’elle √©prouve par l’abb√© Peine, vicaire √† Lourdes :

“Il me semble que je ne suis plus de ce monde, et lorsque la vision a disparu, je suis √©tonn√©e de m’y trouver √† nouveau”.

Cette visite produit une grande impression sur le vicaire qui fait semblant de n’en rien para√ģtre. A la sortie des V√™pres, le commissaire Jacomet fait saisir Bernadette “par le capuchon”. Cet homme intelligent et redout√©, au regard imposant, l’interroge √† la maison Cenac qu’il partage avec Jean-Baptiste Estrade, commis √† cheval des Contributions indirectes. La jeune fille se d√©fend bien, malgr√© son illetrisme. Elle r√©pond bri√®vement √† la question pos√©e. Le commissaire essaie d’embrouiller Bernadette, qui remet les choses au point avec un candide √©tonnement.

Bernadette ne sait toujours pas qui est l’apparition. Elle dit toujours Aquer√ī.

Le commissaire fait promettre au p√®re Soubirous, d’interdire √† sa fille d’aller √† la grotte.

Le lendemain, lundi 22 f√©vrier, Bernadette tente d’ob√©ir. Elle est d√©chir√©e int√©rieurement, car elle a promis √† Aquer√ī d’y aller durant 15 jours. Elle se fait violence pour ob√©ir. Elle y parvient √† grand-peine, pendant la longue matin√©e de classe. Mais l’apr√®s-midi, sur le seuil de l’√©cole, une force int√©rieure irr√©sistible la pousse √† s’y rendre. L’apparition n’est pas au rendez-vous ce jour-l√†, et Bernadette en revient troubl√©e. A sa d√©tresse, ses parents comprennent que cette affaire la d√©passe.

“On n’a pas le droit de l’emp√™cher !” s’√©crie son p√®re, approuv√© par sa femme.

Le mardi 23 f√©vrier, pour la 1√®re fois, le cercle des spectateurs ne se limite pas √† la basse classe, selon l’expression du commissaire Jacomet, mais s’√©tend aux bourgeois de la ville. Jean-Baptiste Estrade, venu en sceptique, repart boulevers√©.

Le 24, Bernadette se rend sous la crevasse int√©rieure de la vo√Ľte, o√Ļ l’apparition descend pour lui parler. L’extase de la voyante pr√©sente de curieuses alternances : les couleurs reviennent sur les joues, puis la p√Ęleur y descend comme un voile. L’apparition lui parle. Bernadette √©coute, fait des signes d’approbation et de d√©n√©gation.

Bernadette entend ce jour-l√† cette parole : “Allez baiser la terre, en p√©nitence pour la conversion des p√™cheurs“. Aquer√ī r√©p√®te √©galement 3 fois ces mots :

Pénitence, pénitence, pénitence !

Le 25 f√©vrier, on compte pr√®s de 500 personnes devant la grotte. Bernadette se livre √† des exercices √©tranges. Elle monte √† genoux sur le plan inclin√© qui s’√©l√®ve jusqu’au fond de la grotte, baise la terre et creuse un petit trou. Elle prend de l’eau boueuse dans le creux de sa main, en boit et redescend le visage barbouill√© de boue rouge√Ętre. Dans la foule, c’est la consternation. Bernadette vient de d√©couvrit la source, dont personne ne soup√ßonnait l’existence. En y puisant, l’eau se clarifie, devient limpide.

Le jour de cette d√©couverte, Bernadette doit subir l’interrogatoire du procureur imp√©rial Vital-Dufour qui la questionne au d√©but avec bienvaillance, puis tente de l’intimider. Sa description de l’apparition est la suivante : “L’apparition ressemble √† la Sainte Vierge de la paroisse pour le visage et les v√™tements… mais entour√©e de lumi√®re et vivante. Elle est jeune.”

Les exercices pénitentiels se poursuivent les jours suivants, malgré les intimidations de la police et les menaces du procureur.

Durant l’apparition du 28, Bernadette se trouve devant une foule de 1 150 personnes. Le commandant Renault, chef d’escadron de gendarmerie, est venu en personne de Tarbes. C’est alors qu’elle subit l’interrogatoire agressif du juge Ribes.

Le m√™me jour, le directeur de l’Ecole sup√©rieure de Lourdes, Antoine Clarens, se rend au cachot pour y rencontrer Bernadette. Il a observ√© ses gestes √† la grotte : marche √† genoux, baisement de terre, ablution d’eau sale. Il entend persuader la jeune fille de ne plus y retourner. Il est vite d√©sarm√© par la paix et la s√©r√©nit√© qui transpara√ģt du visage de la jeune fille. Elle n’a rien d’une hallucin√©e. Elle r√©pond aux questions avec un naturel et une assurance qui √©branlent sa conviction premi√®re.

Parmi les observateurs assidus se trouve le docteur Dozous, jeune m√©decin √† l’esprit ouvert et nullement sectaire qui se passionne, professionnellement, pour le “cas Bernadette”. Il sera l’un des premiers √† reconna√ģtre la r√©alit√© des gu√©risons et leur caract√®re inexprimable. C’est lui qui constatera que, lors d’une apparition, Bernadette se br√Ľle la main pendant plus de 10 minutes sans manifester la moindre douleur. Bien au contraire : “Sur les l√®vres de Bernadette, raconte le docteur Dozous, qui s’agitent parfois, persiste un sourire infiniment doux. Ses joues sont extr√™mement p√Ęles, cependant qu’une l√©g√®re rougeur teinte √† peine ses pommettes. L’oeil, √©lev√© et bien ouvert, s’√©puise en regards rayonnants, avides et enivr√©s. Pendant que Bernadette prie, autour d’elle, on a remarqu√© que la flamme passe au travers de ses doigts. On s’inqui√®te, on s’agite. Louise Soubirous et tante Bernarde, affol√©es, ne savent que faire. Quant √† la tante Lucile, elle s’√©vanouit tout de bon ! Enfin, comme s’√©veillant, Bernadette trace un large signe de croix. J’en profite pour lui examiner la paume, sans que Bernadette, surprise, retire sa main. Je ne constate aucune trace de br√Ľlure.”

Le 1er mars est marqué par la 1ère guérison miraculeuse, reconnue comme telle par les instances religieuses et le corps médical lire la suite

 

Le 2 mars, Bernadette se rend pour la 1√®re fois au presbyt√®re, car l’apparition lui a dit : “Allez dire aux pr√™tres qu’on vienne ici en procession et qu’on y b√Ętisse une chapelle.” Les d√©votes, qui ont veill√© toute la nuit pour avoir les bonnes places, inform√©es du message d√®s la fin de l’apparition, se sont pr√©cipit√©es chez l’abb√© Peyramale porter le message, mais √† leur fa√ßon : “La Vierge veut une procession pour jeudi !”

Dans leur t√™te, l’apparition demande cette procession pour ce dernier jour de la quinzaine, o√Ļ l’on attend un grand miracle ou un grand ch√Ętiment. Le cur√© de la paroisse, l’abb√© Peyramale, est un homme rude, le vrai montagnard. Ses adversaires disent de lui qu’il est s√©v√®re, “doctrinaire et mal l√©ch√©”. Mais il est surtout profond√©ment bon et charitable. “Je suis riche de tout ce que je donne”, dit-il volontiers. Il n’est pas indiff√©rent de l’affaire de la grotte. Les conversions qui affluent √† son confessionnal lui donnent √† penser que le doigt de Dieu est l√†, mais il se d√©fend contre la tentation de croire √† la l√©g√®re. La mise en demeure de faire un procession pour le surlendemain lui semble d√©raisonnable. Elle ne pourra √™tre accept√©e √† temps par l’√©v√™que. Il renvoie les d√©votes avec pertes et fracas. C’est alors que Bernadette arrive pos√©ment. C’est la 1√®re fois qu’il la voit.

“C’est toi qui vas √† la grotte ?”, demande l’abb√© Peyramale
“Oui”, r√©pond Bernadette
“Et tu dis que tu vois la Sainte Vierge ?”, reprend l’abb√©
“Je n’ai pas dit que c’est la Sainte Vierge ?”, r√©pond Bernadette
“Alors qu’est-ce que c’est que cette dame ?”, s’enquit l’abb√©
“Je ne sais pas !”, r√©pond Bernadette
“Alors, qu’est-ce que tu vois ?”, s’√©nerve l’abb√©
“Quelque chose… qui ressemble √† une dame…, qui demande qu’on vienne en procession √† la grotte”, r√©pond Bernadette
“Comment veux-tu que je commande une procession ? C’est Monseigneur qui d√©cide des processions. Si ta vision √©tait quelque chose de bon, elle ne te dirait pas de telles b√™tises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? C’est jeudi que tu as dit ?” crie l’abb√©

Bernadette perd pied. Elle ne comprend pas pourquoi l’abb√© Peyramale est si agit√© et lui parle de “jeudi”. L’apparition a-t-elle dit “jeudi” ? Bernadette ne retrouve plus le sens exact du message. A peine a-t-elle pass√© la porte du presbyt√®re qu’elle se rend compte qu’elle a oubli√© de parler de la chapelle. Elle retourne au presbyt√®re le soir m√™me. Elle y est interrog√©e par tout un a√©ropage de pr√™tres. Elle s’en sort bien. Mais l’anonymat de l’apparition laisse tout en suspens.

“Une chapelle, quand bien m√™me elle serait toute petite”, insiste Bernadette
“Eh bien, qu’elle dise d’abord son nom, et qu’elle fasse fleurir le rosier de la grotte. Alors on lui fera sa chapelle, et elle ne sera pas “toute petite”. Elle sera toute grande !” r√©pond l’abb√© Peyramale.

Entre-temps, de nouveaux miracles se d√©roulent √† la grotte… lire la suite


Le 4 mars, “le grand jour”, la foule accourt de plusieurs dizaines de kilom√®tres √† la ronde. Il y a plus de 8000 personnes √† la ronde, d’apr√®s les estimations les plus modestes. La gendarmerie et la troupe de tout le d√©partement se trouvent mobilis√©es afin de parer aux √©ventuels accidents. L’exaltation est √† son comble. Mais il n’y a ni miracle, ni r√©v√©lation, Aquer√ī n’a toujours pas dit son nom. La quinzaine prometteuse de merveilles se termine en d√©ception. Bernadette ne se trouble pas.¬† Elle avait promis de se rendre √† la grotte durant 15 jours ; elle a tenu sa parole. Elle d√©courage les exalt√©s qui l’abordent en sainte, refuse l’argent en disant : “Non, cela me br√Ľle.”

On lui fait raconter, une fois de plus, les apparitions, qu’elle pr√©sente en raccourci :

“Les premiers jours je ne faisais que me mettre √† genoux pour prier Dieu, et Aquer√ī m’apparaissait √† l’ouverture ext√©rieure qui est au-dessus de la grotte principale. Elle riait, elle me saluait ; je lui souriais et la saluais aussi. Elle tenait un chapelet √† la main droite. Elle a une rose sur chaque pied.
Aquer√ī me dit de marcher √† genoux en baisant la terre pour faire p√©nitence pour les p√™cheurs. Enfin elle me dit d’aller boire √† la fontaine.”

Dans la nuit du 25 mars, jour de l’Annonciation, Bernadette se r√©veille. Un pressant d√©sir d’aller √† la grotte la saisit. Ce n’est pas l’oppression, comme lors des crises d’asthme : c’est la joie d’un attrait vite reconnu. Elle s’y rend √† 5 heures du matin. Surprise ! Il y a foule. La f√™te de la Vierge a soulev√© une ferveur, une grande esp√©rance. Le commissaire Jacomet est √©galement pr√©sent. Aquer√ī appara√ģt √† Bernadette, seule. Bernadette r√©p√®te alors la demande c√©r√©monieuse qu’elle a pr√©par√© pour satisfaire l’abb√© Peyramale :

“Mademoiselle, voulez-vous avoir la volont√© de me dire qui vous √™tes, s’il vous pla√ģt ?”
Bernadette s’embrouille dans la belle phrase, dit volont√© au lieu de bont√©, 2 mots qu’elle ne sait pas bien distinguer.
La demoiselle de lumière sourit.
Mais Bernadette, √† force de pers√©v√©rance, insiste : “Mademoiselle, voulez-vous avoir la volont√©…”

A la 4√®me fois, Aquer√ī passe son chapelet √† son bras droit. Elle √©tend les bras, les joint √† la hauteur de la poitrine, et dit enfin, en levant les yeux au ciel :

Que soy era Immaculada Counceptiou
(Je suis l’Immacul√©e Conception)

Le visage de Bernadette reprend ses couleurs. Elle se rel√®ve joyeuse, d√©bordante d’actions de gr√Ęce, au-del√† de toute r√©flexion. Elle r√©p√®te ces mots, tout au long du chemin, sans rien n’y comprendre. A 14 ans, elle ignore m√™me le myst√®re de la Sainte Trinit√©. elle sait encore moins ce qu’est l’Immacul√©e Conception. Elle se rend chez l’abb√© Peyramale et lui r√©p√®te phon√©tiquement ce qu’elle a entendu. Monsieur le cur√© vacille sous le choc. Comment cette petite paysanne aurait-elle entendu parler d’un dogme pointu admis seulement 4 ans plus t√īt ? Le bon cur√© Peyramale, d√©sormais totalement convaincu, devient un fervent d√©fenseur de Bernadette. Une √©vidence s’impose : Bernadette ne dit pas cela elle-m√™me, et ces mots la d√©passent. Du fond de son coeur et de sa poitrine, une mar√©e s’est soulev√©e, qui le submerge. Il se retient pour ne pas sangloter.

“Elle veut toujours la chapelle”, ajoute Bernadette
Le cur√© mobilise ses derni√®res forces pour sauver la face : “Rentre chez toi, je te verrai un autre jour !”
Il s’enfuit dans sa chambre cacher ses larmes. Sa raison semble vouloir reprendre le dessus, mais il est de nouveau submerg√© par le sens po√©tique et mystique de la formule.

A Lourdes, certains notables sont d√©rout√©s. Ils tentent de corriger Bernadette sur ce qu’elle dit mais elle maintient. Elle a bien r√©p√©t√© tout au long du chemin ce qu’elle ne comprend toujours pas. L’apr√®s-midi,¬† chez Monsieur Estrade, qui sait l’√©couter, elle demande na√Įvement : “Mais que veulent dire ces mots : Immaculada Counceptiou”.

Le samedi 27 mars, Bernadette subit l’examen de 3 m√©decins : les docteurs Balencie, Lacrampe et Peyrus. Ils ne trouvent aucun trouble psychique n√©cessitant l’internement.

Elle continue √† refuser l’argent. 2 messieurs √©mus de la pauvret√© de la famille Soubirous au cachot, tentent de glisser doucement dans la main de la jeune fille un louis de 40 francs et un de 20 francs. Mais elle les repousse et ne veut rien prendre.

Il n’y aura plus, apr√®s cela, que 2 apparitions : l’une publique, le 7 avril, mardi de P√Ęques, afin de rappeler le message relatif √† la construction d’une chapelle ; l’autre priv√©e, le 16 juillet, au soir de la f√™te du Mont Carmel, c’est l’adieu peu apr√®s le coucher du soleil. La grotte est √† ce moment interdite,¬† entour√©e de palissades, surveill√©e par la garde champ√™tre. Bernadette parvient √† l’approcher √† distance, dans la prairie, de l’autre c√īt√© du G√Ęve :

Je ne voyais ni les planches ni le Gave, dira-t-elle. Il me semblait que j’√©tais √† la grotte, sans plus de distance que les autres fois. Je ne voyais que la Sainte Vierge.

C’est la derni√®re fois qu’elle la voit sur la terre. Jamais, elle ne lui a paru aussi belle.

Fin juillet, l’√©v√™que de Tarbes, Monseigneur Laurence, nomme une Commission d’enqu√™te. Mais elle ne peut commencer ses travaux car la grotte reste toujours interdite par l’administration imp√©riale. L’enqu√™te effective peut donc d√©buter en novembre de l’ann√©e 1858. Deux ann√©es plus tard, le 7 d√©cembre 1860, Bernadette est de Tarbes, devant Monseigneur Laurence, masque glabre et impassible, entour√© de 12 membres de la Commission, aux visages de marbre. Monseigneur Laurence reconna√ģt l’authenticit√© des apparitions le 18 janvier 1862.

LOURDES est aujourd’hui le plus important p√©lerinage du monde, avec plus de 5 millions de visiteurs par an, dont 70 000 malades. En 150 ans, plus de 6 000 gu√©risons y ont √©t√© attest√©es, 2 000 qualifi√©s d’inexplicables, 66 jug√©es miraculeuses. Des milliers de personnes, gu√©ries de diverses maladies, ont sans doute pr√©f√©r√© conserver l’anonymat.

Le sanctuaire de Lourdes attire les repr√©sentants des autres grandes religions. Ce fut le cas de Sa Saintet√© le Dala√Į-Lama, qui apr√®s une visite √† Lourdes, devait d√©clarer : “Je voudrais mentionner la visite que je fis √† Lourdes (…) en tant que p√©lerin. Devant la grotte, j’ai v√©cu quelque chose de tr√®s particulier. J’ai senti une vibration spirituelle, une sorte de pr√©sence spirituelle, et ensuite, devant la statue j’ai pri√©. J’ai d√©j√† dit quelle admiration j’√©prouve pour ce lieu saint qui est depuis longtemps une source d’inspiration et de force, qui a apport√© consolation, r√©confort et gu√©rison spirituelle √† des millions de gens. J’ai pri√© que cela continue encore longtemps. Ainsi, ma pri√®re s’adressait simplement √† tous les grands √™tres dou√©s d’une infinie compassion envers tous les √™tres sensibles.

Fatima
Notre Dame de Lourdes
Sauvons plus de forêt !
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