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Saut de l'Ange

Intelligence, ordinateurs et esprit mécanique

Seminaire de Madras, le 31 décembre 1982

Asit Chandmal : Monsieur, depuis deux ans et demi, nous parlons des ordinateurs, de la façon dont ils progressent et de l’impact que la technologie pourrait avoir sur l’esprit humain et, par conséquent, sur l’espèce. Nous avons discuté de son impact sociologique et si l’ordinateur peut être comme l’esprit humain. Le gouvernement et les meilleurs informaticiens du Japon ont décidé de créer un ordinateur qui reproduira les processus du cerveau humain et ils ont affecté des centaines de millions de dollars à ce projet. Ils appellent cela la cinquième génération d’ordinateurs. Ils disent qu’ils le feront en 1990 et que l’ordinateur parlera et comprendra plusieurs langues. Maintenant, le problème auquel ils font face est le suivant : ils ne savent pas ce qu’est l’intelligence.

Il y a suffisamment de connaissances sur le matériel avec lequel les ordinateurs sont construits. Le cerveau est une matière constituée d’hydrogène, de carbone et d’autres molécules et il fonctionne essentiellement comme un circuit électrique et par des réactions chimiques. L’ordinateur est constitué de molécules de silicium et fonctionne essentiellement comme une collection de circuits électriques de puces. Ainsi, ils peuvent maintenant rendre ces puces de plus en plus petites et de plus en plus rapides, ils peuvent mettre de côté plus de mémoire, plus de logique, que les êtres humains ne le peuvent jamais. Ils peuvent mettre en place une quantité énorme de circuits logiques, mais l’ordinateur ne peut toujours pas, ne répond pas comme un être humain parce qu’il pense les choses de manière séquentielle; il ne peut pas percevoir immédiatement, il ne peut pas travailler en parallèle.

Donc ils disent que si nous pouvons comprendre comment fonctionne l’esprit humain, nous pouvons le simuler dans un ordinateur. Ils admettent qu’ils ne comprennent pas l’esprit humain, le cerveau ou l’intelligence. Ils disent que pour comprendre l’intelligence, nous devons comprendre le processus de la pensée, car alors nous pourrions comprendre l’intelligence. Ils ne comprennent pas non plus comment fonctionne la créativité. Qu’est-ce que la créativité? La plupart des gens disent que l’esprit humain a la capacité de faire un bond. Ils étudient donc ce qu’est l’intelligence et ce qu’est le processus de réflexion et ce qu’est la créativité, car ils pensent que s’ils peuvent comprendre cela, ils peuvent le reproduire dans un ordinateur et cela leur donnera de l’intelligence et de la créativité. Et vous dites que l’intelligence n’a rien à voir avec la pensée.

Krishnamurti : Vous êtes presque certain qu’ils le feront ?

Asit Chandmal : Ils appellent cela une attaque majeure contre l’inconnu, qui est l’esprit, et ils disent que c’est notre perception de l’avenir – l’industrie future, la technologie future et tout ça. Les Américains sont très inquiets à ce sujet. Donc, IBM, tous, investissent des centaines de millions de dollars dans des recherches similaires.

Krishnamurti : Les Américains le font aussi !

Asit Chandmal : Il existe en Amérique une organisation que la plupart des gens ne connaissent pas, la National Security Agency. Il a dix milles carrés couverts d’ordinateurs. C’est tellement grand qu’il a sa propre université. Il a plus de doctorats que toutes les universités d’Europe, toutes orientées vers le travail de défense. Ils travaillent également sur de tels ordinateurs mais ils ne reçoivent pas de publicité. Il y a une somme incroyable d’argent, et des spécialistes hautement qualifiés travaillent à la création d’une machine qui fonctionnera comme l’esprit humain. Donc ce que je veux vous demander est ceci : s’ils réussissent à faire cela, alors, comme je le vois, l’esprit humain actuel doit finalement s’éteindre : il est obsolète ; il ne peut pas rivaliser. En termes d’évolution, il ne peut pas survivre.

Alors, quelle est notre réponse à cela ?
Là encore, si l’esprit humain actuel est différent d’être simplement une machine à penser, Quelle est la différence ?
Est-ce la créativité, c’est l’intelligence, et si oui, alors Qu’est-ce que la créativité et Qu’est-ce que l’intelligence ?
Donc, nous allons prendre la première question monsieur : nos esprits sont-ils simplement programmés en pensant à des machines, nos esprits sont-ils mécaniques?

Krishnamurti : Où commençons-nous à discuter, à explorer cela ?

Asit Chandmal : Je pense que nous devrions partir de la façon dont nous fonctionnons dans notre vie quotidienne. Toute action est basée sur la pensée et la pensée est un processus matériel. Il me semble assez clair qu’un tel esprit doit disparaître parce qu’il sera remplacé par une technologie supérieure.

Krishnamurti : Feriez -vous la différence entre l’esprit et le cerveau ou utiliseriez-vous seulement le mot «esprit» pour transmettre l’intégralité de l’esprit humain ?

Asit Chandmal : J’utilise le mot «esprit» en termes de ce qu’est un être humain. Il a un cerveau avec la pensée, les émotions et toutes les réactions.

Krishnamurti : Donc, vous utilisez le mot «esprit» dans le sens où il inclut toutes les réactions, les émotions, les souvenirs, la confusion, le désir, le plaisir, le chagrin, l’affection. Si tout cela est l’esprit, alors quelle est la relation entre cela et le cerveau?

Asit Chandmal : Que voulez-vous dire par le cerveau?

Krishnamurti : Ce cerveau est-il un cerveau individuel, ou le résultat de tout le processus d’évolution de l’être humain ?

Asit Chandmal : Physiquement, c’est un cerveau séparé. Mais dites-vous que les cellules de mon cerveau ou celles de quelqu’un d’autre ont le même contenu ?

Krishnamurti : Est-ce que le cerveau, qui a évolué, mon cerveau ou le cerveau de cette formidable évolution?

Asit Chandmal : C’est évidemment l’évolution.

Krishnamurti: Donc ce n’est pas mon cerveau ; pas ma pensée. C’est penser. Que ce soit un homme pauvre ou un homme riche ou un professeur, c’est penser. Vous pouvez penser différemment, je peux penser différemment, mais c’est toujours penser. Êtes-vous en train de dire que la pensée fait partie intégrante du cerveau ?

Asit Chandmal : Il semble être.

Krishnamurti: C’est-à-dire que cette réflexion a créé tous les problèmes humains ainsi que les problèmes technologiques. Et la pensée essaye de résoudre ces problèmes et trouve qu’elle ne peut pas.

Asit Chandmal : Et ça dit que ça ne peut pas parce que je ne pense pas assez bien.

Krishnamurti : La pensée elle-même dit que : Il est général à toute l’humanité, que ce soit le scientifique supérieur ou le pauvre villageois ignorant, et que la pensée a créé la guerre, la division des personnes, des églises, des temples, des mosquées. Il a créé toutes ces divisions et il essaie de créer un dieu, qui n’est pas divisible. Dans la relation humaine, la pensée a créé des problèmes et elle ne les a pas résolus. Cela ne peut pas parce que la pensée elle-même est limitée. La pensée est le résultat de l’expérience, de la connaissance, de la mémoire. La connaissance n’est jamais complète. Par conséquent, la pensée ne peut jamais être complète.
Comme la connaissance est limitée, la pensée doit être limitée et cette pensée limitée crée les problèmes. Toutes les limitations doivent créer des problèmes et alors cette pensée même qui a créé le problème essaie de résoudre le problème. Donc, cela ne peut pas résoudre le problème.

Asit Chandmal : Êtes-vous en train de dire que les problèmes sont créés parce que la connaissance est limitée et que les instruments de la connaissance sont limités ?

Krishnamurti : Et la pensée est limitée à cause de la connaissance.

Asit Chandmal : Dites-vous que la pensée est limitée parce qu’elle n’a pas été capable de tout savoir ?

Krishnamurti : La pensée est le résultat d’une vaste expérience, de la mémoire, tout cela. Vous avez vu l’ordinateur. C’est une forme d’ordinateur qui a beaucoup d’expérience, beaucoup de connaissances, et la pensée et les connaissances sont limitées.

PJ : Quelle est la distinction entre la pensée et l’esprit ?

Krishnamurti : Ils sont tous deux les mêmes mouvements.

Asit Chandmal : En d’autres termes, vous dites que toute nouvelle connaissance est essentiellement contenue dans l’ancienne connaissance et résulte de la pensée.

Krishnamurti : Bien sûr. Toute connaissance est le résultat de la pensée.

Asit Chandmal : Êtes-vous en train de dire que découvrir une nouvelle chose en physique ou en mathématiques n’est pas de la créativité ? La même connaissance limitée augmente-t-elle ?

Krishnamurti : Regardez, nous devons garder la création pour le moment, car cela peut avoir un sens différent pour vous ou pour elle. Soyons clairs. toutes les connaissances sont limitées. Les scientifiques ajoutent ; cela continuera pendant les mille prochaines années, mais tout ce qui est ajouté doit être limité, car il y a toujours quelque chose de plus à ajouter.

Asit Chandmal : Est-ce limité à un moment donné ?

Krishnamurti : Bien sûr. Donc, la connaissance doit toujours aller avec l’ignorance. La pensée est née de la connaissance. Si vous n’avez aucune connaissance, vous ne penseriez pas. Vous pouvez atteindre un état total d’amnésie ou quoi que ce soit appelé ; vous serez complètement vide.

Asit Chandmal : Comme vous dites que toutes les connaissances sont limitées, je dois poser cette question de la créativité telle que nous la connaissons. Aujourd’hui, si quelqu’un compose une nouvelle symphonie ou écrit une nouvelle équation en physique, diriez-vous que ce n’est pas la créativité dans le vrai sens du terme?

Krishnamurti : Je n’appellerai pas cette créativité. J’ai peut-être tort. Je ne pose pas la loi.

Asit Chandmal : Dans ce cas, monsieur, vous dites en fait que nos esprits, tels que nous les connaissons et qu’ils agissent dans notre vie quotidienne, sont entièrement mécaniques. Dans ce cas, c’est ce que les Japonais vont faire – construire un ordinateur qui possède une vaste réserve de connaissances, et un cerveau extrêmement «intelligent», logique – déductif et inductif – bien meilleur que le cerveau humain. Alors, qu’arrive-t-il à notre cerveau?

PJ : L’esprit humain – que Krishnaji dit être à la fois l’esprit individuel et l’esprit de l’humanité –
a lui-même été un entrepôt pour l’esprit de l’humanité à enquêter et à en tirer parti.
La banque de mémoire de l’ordinateur ne peut jamais être la banque de mémoire de l’esprit racial.

Asit Chandmal : Pourquoi dites-vous cela ?

Interlocuteur : L’esprit racial est le résultat de l’évolution. Donc, dans un sens, alors que toutes les options qui s’y trouvent peuvent encore être limitées, toutes les options de la mémoire de l’humanité sont disponibles.

Asit Chandmal : Il peut avoir plus d’options, plus de mémoire que l’ordinateur, mais essentiellement, il fait toujours la même chose – fonctionner hors de la mémoire et des connaissances.

Krishnamurti : Bien sûr, bien sûr.

Asit Chandmal : Les informaticiens disent que nous pouvons mettre un plus grand réservoir de connaissances dans l’ordinateur en mettant en réseau des ordinateurs, etc. Maintenant, superficiellement, c’est vrai ; aucun être humain ne peut se souvenir de tout dans l’encyclopédie. Donc, extérieurement, la mémoire de l’ordinateur est bien meilleure. Dans un sens beaucoup plus profond, puisqu’il n’a pas de souvenirs subconscients ou raciaux, le cerveau humain peut avoir beaucoup plus accès à la connaissance et plus de mémoire, mais c’est toujours la même chose – l’accès à plus de mémoire.

Krishnamurti : Oui, monsieur, allez-y.

Asit Chandmal : Et vous dites que tout acte de cet esprit n’est pas créatif, y compris la composition de symphonies, la découverte d’Einstein, l’écriture de poésie – rien de tout cela. Tout est une projection de la connaissance, de la mémoire, peut être juste des permutations et des combinaisons.

Krishnamurti : Bien sûr, bien sûr.

Asit Chandmal : Au moment où vous acceptez cela, l’ordinateur deviendra définitivement supérieur à l’homme, l’esprit humain, dans cette fonction.

AP : Ce que vous dites équivaut à dire que le processus évolutif du cerveau a pris fin.

Asit Chandmal : C’est correct.

AP : Maintenant, je pose cette question ?
Je dis que l’esprit tel qu’il est, le cerveau tel qu’il est, a pris fin
parce que ce cerveau particulier va être remplacé par un cerveau,
l’ordinateur, qui peut remplir ces fonctions.
C’est juste une hypothèse…

Asit Chandmal : Ce n’est pas une hypothèse. Déjà, il accomplit beaucoup de fonctions bien mieux que l’esprit humain. Il ne peut pas tous les faire, alors ils travaillent là-dessus. Pourquoi devriez-vous croire que la matière faite de molécules d’hydrogène et de carbone est intrinsèquement supérieure à quelque chose faite de molécules de silicium ou que les circuits électriques du cerveau humain sont intrinsèquement et à jamais supérieurs à ceux des ordinateurs?

Krishnamurti : Achyutji, Asit, seriez-vous d’accord sur un point – que l’ordinateur a une cause comme le cerveau humain a une cause ? Alors qu’est-ce qui a une cause, a une fin. Maintenant, y a-t-il quelque chose qui est sans cause ? S’il y a une chose qui est sans cause, c’est la création.

RR : Ce que vous dites, c’est qu’il y a un esprit extraordinaire.

Krishnamurti : Non, je ne m’en suis pas encore occupé. Après quarante ou cinquante mille ans, nous avons atteint ce point – le cerveau. L’ordinateur a atteint ce point. Entre les deux, il n’y a pas beaucoup de différence ; les deux sont créés par la pensée.

AP : Je ne veux pas admettre que ce que le cerveau humain a créé
est entré en possession de toutes les facultés de son créateur : c’est ce que vous dites, Asit ?

Krishnamurti : Non, monsieur. Il ne dit pas ça. L’ordinateur ne peut pas voir les étoiles et regarder la beauté des étoiles.

RR : Mais il peut le simuler.

Krishnamurti : Bien sûr. Mais il n’a pas la perception de l’œil humain regardant le ciel et disant quelle merveilleuse nuit c’est.

RR : Pourquoi concédez-vous ce point, Asit?

Asit Chandmal : Je ne l’ai pas concédé. En fait, ils peuvent simuler tout cela.

Krishnamurti : Bien sûr, ils peuvent le simuler.

RR : Est-ce que tu dis ça parce que les émotions sont aussi le résultat de la perception sensorielle et de la pensée ?

Krishnamurti : Y a-t-il une perception qui n’est pas le produit de la pensée ?

Asit Chandmal : Est-ce que l’esprit humain a une telle chose ?

Krishnamurti : Probablement pas.

Asit Chandmal : L’ordinateur ne l’a pas non plus. Mais ils auront dans vingt ou trente ans le temps – l’ordinateur sera supérieur aux êtres humains.

Krishnamurti : Bien sûr, je suis enclin à être d’accord avec vous.

PJ : Je suis enclin à vous interroger, monsieur.

AP : Si nous observons l’esprit humain qui est entré dans la fabrication de l’ordinateur,
vous supposez qu’il a épuisé son potentiel en créant l’ordinateur :
Ayant créé, ayant donné naissance au bébé, la mère meurt. C’est ce que vous dites.

Krishnamurti : Non, non.

AP : Je refuse de l’accepter.

Asit Chandmal : Pourquoi refusez-vous de l’accepter ? Avoir donné naissance à des armes nucléaires … ces armes anéantiront des êtres humains.

AP : D’accord.

Asit Chandmal : Alors, ayant donné naissance à des ordinateurs qui conçoivent et fabriquent de nouveaux ordinateurs qui rendront les ordinateurs meilleurs et plus rapides, pourquoi dites-vous qu’ils ne pourront pas détruire l’homme qui les a fabriqués ?

RR : Et même s’ils n’ont pas détruit, pourquoi le bébé n’a-t-il pas toutes les potentialités de la mère ?

Rupert Sheldrake : Alors, pourquoi ai-je besoin des Japonais, de tous les meilleurs informaticiens,
du gouvernement japonais et de vingt-cinq entreprises internationales,
pour produire ces ordinateurs si les ordinateurs le permettent déjà ?

Asit Chandmal : C’est la cible. Les ordinateurs ne peuvent pas déjà le faire.

RS : Le fait est que c’est une cible mais ce n’est rien.
Alchimistes pour le passé tant d’années ont essayé de créer de l’or, mais ils ont échoué.
Nous parlons de ce qui est dans l’esprit comme de la fantaisie.

Asit Chandmal : Sais-tu ce qu’ils essaient de faire ? Les chercheurs en génétique se sont réunis avec des informaticiens. Ils disent, pourquoi utilisez-vous le silicium ? Le cerveau humain a des molécules d’hydrogène et de carbone. Prenons donc des molécules d’hydrogène et de carbone, utilisons des cellules cérébrales pour fabriquer des ordinateurs. Une autre approche est la suivante : Nos gènes sont programmés pour que certaines cellules deviennent un œil, d’autres deviennent le nez et ainsi de suite. Si vous pouvez briser ce code génétique, vous pouvez le programmer pour devenir un cerveau ou un ordinateur. Il y a beaucoup de recherches en cours dans ce domaine.

RS : Je connais cette recherche.
Je considère cela aussi comme un fantasme, parce que je pense que le tout repose sur de fausses prémisses
concernant la nature du cerveau, la nature de la vie et ainsi de suite.
Mais cela détournerait le problème principal, je pense.

Je préférerais revenir sur le fait que, par rapport à la production d’ordinateurs plus grands et meilleurs qui pourraient remplacer certaines puissances humaines, il s’agit de l’activité humaine, appelons-la pensée ou ce que vous voulez. Et ces ordinateurs sont le produit de l’activité humaine. Il ne fait aucun doute que beaucoup de choses que les êtres humains font dépassent les capacités humaines, mais il y a une limite. Les machines peuvent faire beaucoup de choses que les êtres humains ne peuvent pas faire. Néanmoins, ils sont les produits des êtres humains et il me semble improbable que ces choses puissent en aucun cas supplanter les êtres humains. Ils peuvent remplacer des facultés particulières d’êtres humains.

Asit Chandmal : Quelles sont les choses qu’ils ne pourront pas remplacer ?

RS : Ils n’ont pas encore remplacé la capacité d’inventer la cinquième génération d’ordinateurs.

Asit Chandmal : Oui, mais les Japonais ne peuvent pas le faire sans ordinateurs. C’est fait par les Japonais et par les ordinateurs. Et si vous le mesurez, peut-être que 20% de l’effort sera humain, 80% sera celui de l’ordinateur.

RS : Eh bien, tout ce que nous faisons aujourd’hui dans le monde moderne est aidé par la machine.

Asit Chandmal : Qu’est-ce qui, dans un être humain, ne peut pas être fait par des machines dans les vingt-cinq ou cinquante prochaines années?

RS : Eh bien, c’est un sujet que nous abordons maintenant – la créativité.

Laissez-nous prendre un point plus petit – humour. Et l’une des choses les plus frappantes est que la plupart d’entre nous ne se comportent pas comme des machines à calculer desséchées. La plupart des gens mènent leur vie avec un certain sens de l’humour. Vous voyez des gens rire de toutes sortes de choses. Je n’ai jamais vu un ordinateur rire.

Asit Chandmal : Si vous avez entendu l’ordinateur rire, accepteriez-vous qu’il puisse faire ce que les êtres humains peuvent faire ?

RS : Non. Vous pouvez faire rire un magnétophone.

Asit Chandmal : Qu’est-ce qui va vous convaincre ?

RS : Rien.

Asit Chandmal : Vous avez pris votre décision.

RS : J’ai des préjugés.

Asit Chandmal : Pourquoi avez-vous des préjugés ? Si vous voyez un bébé, vous direz que le bébé sera capable, lorsqu’il grandira, de faire beaucoup de choses que les ordinateurs ne peuvent pas faire. Mais si un groupe de personnes conçoit un nouveau type d’ordinateur, vous direz a priori que les ordinateurs ne pourront jamais faire ce que le bébé peut faire. Pourquoi ? Qu’est-ce que c’est dans ce bébé qui vous persuade ?

RS : Vous voyez, il y a beaucoup de choses que nous reconnaissons et comprenons directement sans pouvoir tout mettre dans des programmes de reconnaissance explicitement stockés.  Je peux reconnaître beaucoup de différentes sortes de fleurs, d’arbres et d’animaux. Si je dois dire comment je les reconnais, qu’est-ce qui me fait les reconnaître, ce sera très difficile pour moi de vous le dire. Je pense que ce sera difficile pour toi aussi.

Krishnamurti : Mais, monsieur, quand vous reconnaissez, c’est basé sur la mémoire.

Asit Chandmal : Ils travaillent sur la reconnaissance des formes. Il y a énormément de recherches là-dessus aujourd’hui. Les ordinateurs commencent à reconnaître visuellement certaines choses.

RS : Mais il y a un certain sens intuitif.

Asit Chandmal : Qu’est-ce que l’intuition ?

RS : Il est notoirement difficile de dire ce qu’est l’intuition.

Asit Chandmal : C’est juste un mot. À moins que vous ne sachiez ce que cela signifie, vous ne pouvez pas utiliser ce mot.

RS : Non. Vous n’avez pas besoin d’être en mesure d’épeler dans une formule mathématique quels que soient les mots.

Asit Chandmal : Épelez-le avec des mots. Qu’est-ce que l’intuition ?

RS : L’intuition consiste à saisir quelque chose de plus, à voir quelque chose de plus,
à comprendre quelque chose qui implique un type direct de connaissance qui n’a pas à passer par un processus de mots,
de pensée et d’action.

Asit Chandmal : Comment savez-vous qu’il n’a pas traversé le processus de la parole ou de la pensée? Il aurait pu le faire subconsciemment dans votre esprit, le cerveau y a travaillé, et il émerge instantanément, et vous l’appelez intuition. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas traversé le processus de la pensée.

RS : Il a peut-être traversé de tels processus. Si, pour tout ce que je dis, vous allez postuler des processus cachés …

Asit Chandmal : Je ne postule pas.

RS : Oui, vous l’êtes.

PJ : Monsieur, le problème semble être que si le cerveau est un circuit fermé seulement, ce que dit Asit est vrai.
Mais le «mais» intervient parce que toute la raison de notre présence ici,
peut-il y avoir une accélération de la capacité même du cerveau pour qu’il cesse d’être un processus ?
Le cerveau est-il un circuit fermé ?

RS : Le problème, c’est qu’il faut beaucoup de temps pour répondre à ces questions. J’ai ma propre théorie sur la biologie qui nierait la plupart de ces prémisses fondamentales. Vous voyez, la théorie conventionnelle de la biologie, y compris la théorie conventionnelle du cerveau, part de l’hypothèse qu’il y a simplement des processus mécaniques, chimiques ou physiques dans l’organisme. Maintenant, seulement 99 pour cent de la biologie est basée sur cette hypothèse, et par conséquent, le genre de langage dans lequel nous parlons est basé sur ce genre de pensée.

Je ne suis pas d’accord avec l’hypothèse, premièrement, que le cerveau est un circuit fermé.
Deuxièmement, cela fonctionne entièrement mécaniquement ou chimiquement ou électriquement et ainsi de suite.

Donc, je pense que nous avons une théorie de la vie qui dit que les organismes vivants ne sont que des machines, et ensuite nous avons une théorie qui dit que cela n’a rien à voir avec les machines. Pourquoi ne pouvons-nous pas les modéliser par des machines ? C’est la base de votre argument, et cela semble assez raisonnable à première vue, mais il y a un certain nombre d’hypothèses.

PJ : Il a posé trois choses : si le cerveau tel qu’il est aujourd’hui est un circuit fermé ;
Qu’est-ce que l’intelligence ? Quelle est la créativité ?

Asit Chandmal : Je n’ai pas dit que le cerveau était un circuit fermé.

Krishnamurti : Puis-je poser une question, monsieur ? Considérez-vous que le cerveau a une capacité infinie ? Ne dites pas «non» tout de suite. Utilisons le mot «capacité». Je n’aime pas le mot «capacité» car pour nous la capacité est une connaissance éduquée et tout ça. Mais si je peux utiliser ce mot, le cerveau a une capacité infinie. Regardez ce qu’il a fait dans le monde technologique, y compris l’ordinateur.

Asit Chandmal : Vous ne pouvez pas dire que la pensée est limitée et ensuite dire que le cerveau a une capacité infinie.

Krishnamurti : Oui, je vais y venir. La pensée a limité le cerveau, conditionné le cerveau. L’accepteriez-vous ? Je suis un hindou, je crois à toutes les superstitions, à tous les non-sens. D’accord ?

Asit Chandmal : Vous séparez la pensée et le cerveau.

Krishnamurti : Non non. Je veux savoir si le cerveau peut être libéré de sa propre limitation, pensée, connaissance, émotion. Très bien, appelez ça pensée. Est-ce que le cerveau qui a été conditionné par la pensée, si ce conditionnement est en quelque sorte libéré, il l’a …

Asit Chandmal : Vous ne pouvez pas dire ça.

Krishnamurti : Peut-être. Vous comprenez maintenant ? Vous avez été à la lune, le cerveau a créé des missiles de croisière, il a eu un mouvement technologique extraordinaire. D’accord ? Maintenant, y a-t-il un instrument qui n’est pas pensée ? Ce n’est pas une spéculation romantique. Je demande juste ; Je ne dis pas qu’il y a ou il n’y en a pas. Vous comprenez ma question ? La pensée est un instrument usé. Je pense qu’il a atteint ses limites, parce qu’il n’a pas résolu le problème humain. Alors, y a-t-il une manière de regarder qui n’est pas pensée mais qui peut au lieu d’aller là-bas, aller au ciel et tout cela, se tourner vers l’intérieur ? Ce mouvement intérieur est l’infini.

RR : Pourtant, il n’a pas résolu le problème humain.

Krishnamurti : Je vais le montrer. Non, la pensée ne résoudra pas les problèmes humains. Soit c’est un fait ou ce n’est pas un fait. Au contraire, cela augmente les problèmes humains. D’accord ?

Interlocuteur : Votre question est la suivante : y a-t-il autre chose que de la pensée qui pourrait être un instrument ?

Krishnamurti : Oui, vous n’êtes peut-être pas d’accord avec ce que je vais dire tout à l’heure. Alors, peut-être, cet instrument peut regarder à la fois vers l’extérieur et vers l’intérieur, et cela est infini.

Interlocuteur : Les psychologues essaient de découvrir ce qu’il y a dedans ; au moins, ils professent faire cela.

Krishnamurti : Je sais, monsieur, ce qu’ils disent est tout mécanique.

Auditeur : J’accepte ce que vous dites.

Krishnamurti : N’acceptez pas, monsieur. J’hésite à accepter ce que je dis aussi. Je veux d’abord être très clair que la pensée n’a pas résolu les problèmes humains. Il a résolu des problèmes technologiques et non humains – ma relation avec ma femme, ma relation avec la communauté, ma relation avec le ciel et tout le reste. Et la pensée essaie de résoudre ces problèmes et cela a empiré les choses. C’est tellement évident. Donc, je demande maintenant, y a-t-il quelque chose qui n’est pas pensé, qui n’est pas mécanique ?

Asit Chandmal : Vous demandez en d’autres termes ce que Pupulji demandait l’autre jour : Y a-t-il une perception sensorielle sans pensée ?

Krishnamurti : Oui – Voulez-vous écouter quelque chose ? La vie est un mouvement qui va et vient, comme la marée. Je crée le monde, et le monde me contrôle ensuite. Et je réagis au monde. C’est un mouvement. Seriez-vous d’accord avec cela ? Maintenant, si vous voyez la même chose que je vois – pas que vous le devez – c’est un mouvement de dehors et dedans, c’est notre vie, notre action et notre réaction, notre récompense et notre punition. Ce mouvement peut-il s’arrêter ?

PJ : Vous devez sortir de votre circuit fermé de l’ordinateur pour faire face à cette question.

Krishnamurti : Non, ne quittez pas le circuit. C’est notre vie. Maintenant, aussi longtemps que ce mouvement existe, je suis pris dans le temps, c’est l’évolution.

RS : Pourquoi ne pas simplement dire que c’est la vie, l’évolution ?

Krishnamurti : Oui, et c’est : J’évolue. Ce mouvement va mieux, pire, c’est toujours du mouvement. Donc, tant que ce mouvement existe, je suis mécanique.

Auditeur : Seulement mécanique ?

Krishnamurti : Oui, je vois une femme et je la veux – je vois un jardin, je le veux. C’est l’action et la réaction, la récompense et la punition, la punition et la récompense. Où est l’intelligence dans tout ça ? Tant que vous êtes pris dans cela, votre intelligence est éteinte ; c’est une intelligence mécanique : Tu me détestes et je te déteste.

AC : Je suis ça.

Krishnamurti : Si vous acceptez cela, l’intelligence est quelque chose de totalement différent de la pensée.

RS : Si ce que vous dites est ce que je pense, peut-être pourriez-vous dire que c’est la cause et l’effet, l’action et la réaction, au lieu de «mécanique».

Krishnamurti : Oui, oui.

RS : Maintenant, il y a un certain type d’activité de bas niveau…

ce que les gens appellent habituellement l’intelligence, que nous pouvons peut-être mieux appeler ingéniosité, où, pour obtenir quelque chose que vous voulez – mais vous ne pouvez pas l’obtenir facilement – Vous devrez peut-être recourir à une méthode assez originale, à un nouveau type de compétence, à des documents bidons, etc. Il y a une certaine ingéniosité qui n’est pas purement mécanique. Il est réduit à un certain ensemble de désirs mécaniques et à l’intérieur de celui-ci est le cadre d’une certaine inventivité. Le cadre peut donc être celui de l’action-réaction, mais dans ce cadre nous faisons preuve d’une ingéniosité et d’une inventivité considérables.

Krishnamurti : Je n’appellerais pas cette intelligence.

RS : Non. Mais dans le langage ordinaire, on l’appelle souvent intelligence.
Un homme d’affaires intelligent est celui qui penserait
à des moyens d’obtenir plus de ce qu’il veut.

Krishnamurti : Oui. Je n’appellerais pas cette intelligence.

RS : Je l’appellerais ingéniosité ou inventivité.

Krishnamurti : Appelez cela de l’inventivité. Je ne l’appellerai pas intuition parce que c’est une chose différente.

RS : Non, l’ingéniosité.

Krishnamurti : Être ingénieux, c’est résoudre les problèmes de Dieu, les problèmes du ciel, les problèmes de peinture, etc. C’est dans le même domaine, dans le même domaine. Je peux passer d’un coin à l’autre du même champ et j’appelle cela de l’ingéniosité et je dis tout ce qui n’a rien à voir avec l’intelligence. L’intelligence est quelque chose de totalement différent.

Interlocuteur : Voulez-vous élaborer sur ce que nous appelons l’intelligence ?

Krishnamurti : Je ne veux pas élaborer. L’ingéniosité, le choix, l’intelligence, le déplacement d’un point à un autre, d’un coin à l’autre mais dans le même champ, voilà ce que nous faisons.

PJ : C’est le domaine du connu.

Krishnamurti : Oui, oui. Je ne veux pas utiliser ce mot pour le moment.

Asit Chandmal : Je me demandais juste pourquoi nous avons évolué comme ça.

Krishnamurti : Il est essentiellement basé sur la récompense et la punition.

Asit Chandmal : Mais je demande quelle est la raison en particulier que nous avons évolué comme ça ?

Krishnamurti : Quelle en était la cause ?

Asit Chandmal : Il doit avoir eu un énorme avantage.

Krishnamurti : Bien sûr, c’est complètement sécurisé. Sûr dans le sens, au moins pour l’instant, mais le moment est en train de créer des guerres. Nous n’avons donc pas à élaborer. Iriez-vous jusqu’à ce point que ce n’est pas du renseignement ?

Asit Chandmal : Oui.

Krishnamurti : C’est vrai. Alors, interrogeons-nous sur ce qu’est l’intelligence. Si ce n’est pas une théorie, si elle est hors de mon système, cela signifie que le mouvement de réaction s’est arrêté, et c’est le mouvement du temps. D’accord ?

Asit Chandmal : Quand tu dis le temps, je ne comprends pas.

Krishnamurti : Du temps dans le sens où j’ai évolué dans ce processus.

Interlocuteur : C’est le mouvement de la vie.

Krishnamurti : Oui. Et c’est l’inintelligence. Par conséquent, ne l’appelez pas intelligence. Alors, qu’est-ce que l’intelligence ? Tant que je suis dans ce champ, il n’y a pas d’intelligence ; c’est l’adaptabilité.

Asit Chandmal : Mais il faut répondre.

Krishnamurti : Nous le saurons. Si ce n’est pas l’intelligence, alors nous devons aller dans quelque chose de très différent. D’accord ? Si je nie totalement, pas verbalement mais en réalité, ce n’est pas l’intelligence, alors qu’arrive-t-il à l’esprit qui a été pris dans cela ? Comprenez-vous ma question ? Tant que nous fonctionnons dans le temps, la cause, l’effet, l’action, la réaction, qui est ce mouvement de la marée qui va et vient, aussi longtemps que toute mon attitude envers la vie est cela et je refuse de sortir de là, Il n’y a rien à dire. Mais si je vois cela, cela ne résoudra pas les problèmes de l’humanité ; alors je dois regarder dans une autre direction.

PJ : Qu’est-ce que ça regarde?

Krishnamurti : Mes yeux ont toujours été dans cette direction seulement. Et vous venez me dire, regardez dans d’autres directions. Je ne peux pas parce que ma vue a été si conditionné que je ne me retourne même pas pour regarder. Donc, je dois être le premier libre de cela. Je ne peux pas regarder dans une autre direction si je ne suis pas libre de cela.

PJ : Je veux vous poser une question. Puis-je regarder mon propre instrument ?
La perception peut-elle regarder son propre instrument ?
La perception, qui est un flux, peut-elle se voir ?

Krishnamurti : Ne l’appelez pas un instrument.

PJ : Une faculté.

Krishnamurti : Non, je n’appellerai même pas cela une faculté.

PJ : La perception peut-elle se percevoir ?

Krishnamurti : La perception peut-elle se voir comme percevant ? La perception se voit en action, en se voyant une perception.

PJ : N’apportez pas d’action.

Krishnamurti : Perception se voyant percevoir – alors ce n’est pas la perception.

PJ : Vous voyez, vous avez posé une question qui est totalement irréfutable…

que ce mouvement, qui bouge, reflète le mouvement … puis-je voir la fausseté de celui-ci et y mettre fin ? J’ai toujours pensé que c’était une mauvaise question. Il ne peut jamais voir cela parce que la perception est autonome.

Krishnamurti : Diriez-vous que ce mouvement est l’errance du désir ?

PJ : Oui. Ce mouvement est l’errance du désir.

Krishnamurti : Ce désir peut-il être vu comme un tout, non comme l’objet du désir, mais comme le désir lui-même ? Peut-il se voir comme un mouvement d’attraction ?

PJ : Au lieu de cela, même sans attirer l’attraction, le désir peut-il se voir ?

Krishnamurti : Pour comprendre si le désir peut se voir, il faut aller dans le désir. Le désir n’existe que lorsque la pensée vient à la sensation.

Asit Chandmal : Cette question est très importante. Nous opérons dans ce domaine. Tout ce qui fonctionne dans ce domaine …

PJ : Ne peut jamais nier ce champ.

Krishnamurti : Bien sûr. Il y a ce mouvement. Tant que je suis dans ce mouvement, vous ne pouvez pas me demander de le considérer comme faux et de le nier.

PJ : Par conséquent, où puis-je regarder ?

Krishnamurti : Vous n’avez pas à regarder. La chose est, arrêter ce mouvement. Découvrez, découvrez par vous-même comment mettre fin à ce mouvement. Est-ce possible ?

PJ : Je pense qu’il est possible de couper.

Krishnamurti : Soyez prudent lorsque vous utilisez le mot «couper». Qui est le coupeur ?

PJ : Sans le cutter.

Krishnamurti : Par conséquent, qu’est-ce que cela signifie ? Continue. Ne compliquez pas le problème. Il suffit de voir qui est le coupeur. Il n’y a pas de coupeur. Alors qu’est-ce qui se passe ? S’il n’y a pas d’entité qui puisse couper, arrêtez, alors …

PJ : C’est juste percevoir.

Krishnamurti : C’est tout. Il n’y a que la perception. Il n’y a pas le percepteur qui perçoit ni le percepteur qui étudie ce qu’il perçoit. Il n’y a que la perception, n’est-ce pas ? Perception de ce qui est faux.

PJ : La perception jette la lumière sur le faux. Il n’y a que la perception.

Krishnamurti : Il n’y a que la perception. Il faut s’en tenir à ça. Ensuite, nous allons nous enquérir de ce qui est perçu. Qu’est-ce que la perception sans la parole, sans le nom, sans les souvenirs, percevant quelque chose que l’on appelle l’intuition ? Je n’aime pas utiliser ce mot, pardonnez-moi. La perception est un aperçu direct.

PJ : La question est-elle d’être complètement éveillé ?

Krishnamurti : Appelleriez -vous cette attention ?

PJ : Etre complètement réveillé, c’est de l’attention.

Krishnamurti : C’est tout.

PJ : Que l’ordinateur ne peut jamais faire.

Krishnamurti : Asit le prend, il ne répond pas. Monsieur, y a-t-il une fin à la pensée ? Le temps doit s’arrêter, n’est-ce pas ?

AC : Je comprends.

RR : Puis-je vous poser une question :
que se passe-t-il lorsque nous percevons avec perspicacité ?

Krishnamurti : Il y a cette perception de la perspicacité et les cellules du cerveau elles-mêmes changent. Votre pensée peut-elle s’arrêter quand votre cerveau a été conditionné dans le temps, dans ce mouvement … cause, effet, action, réaction et tout ce qui s’arrête soudainement ? Le cerveau n’a-t-il pas subi un changement radical ? Bien sûr que ça l’a été.

RR : Je dois vous poser cette question à nouveau.
S’il y a une telle vision que les cellules cérébrales changent,
que se passe-t-il après l’avoir perçu ?

Asit Chandmal : Seul le cerveau physique a changé et j’ai peur qu’il meure.

Krishnamurti : C’est pourquoi nous abordons la question de la conscience.

Asit Chandmal : Est-ce que cela se termine par la mort ? Alors tout cela sera différent de l’ordinateur …

Krishnamurti : Monsieur, comment allez-vous traduire tout cela à vos amis qui sont des experts en informatique ?

Asit Chandmal :  Ils vont continuer à faire ce qu’ils font – essayer de produire des super-ordinateurs.

PJ : La question se pose alors.  Comment l’homme peut-il accélérer l’autre pour être dans cette nouvelle perception ?

Asit Chandmal : On ne peut voir que ce mouvement et ne rien faire d’autre.

Krishnamurti : C’est tout.

L’avenir de l’homme

Seminaire New Delhi, le 4 Novembre 1981

 

Achyut Patwardhan : Monsieur, il y a un sentiment général d’une crise qui s’aggrave. Ce sentiment est dû à divers facteurs dans l’environnement – la course aux armements, la pollution, les problèmes économiques, sous-jacents à tout cela, un profond sentiment de déclin moral; dans un pays comme l’Inde, ce sentiment est assez accablant. Il serait utile de comprendre la relation entre cette crise morale interne et ses manifestations extérieures qui menacent la survie de l’homme. Le problème est: Pouvons-nous découvrir par nous-mêmes la relation de la crise dans l’homme et la crise extérieure ?

Romesh Thapar : Monsieur, je voudrais juste ajouter un mot à ce qu’a dit Achyutji. Moi, en tant que personne qui a analysé les problèmes, présentant une perspective dans un laps de temps d’environ vingt-cinq à trente ans, regardez le monde et voyez-le rétrécir. Quand je regarde le problème dans mon pays, je vois que je dois façonner en l’an 2000 une société pour un milliard de personnes. Je sais que la texturation de cette société ne peut être faite de la même façon que d’autres sociétés ont été texturées. Si je veux être honnête avec mon peuple, le texturage doit être spécial. Le fondement civilisationnel doit être particulier. Mais avec le monde qui rétrécit et avec les communications qui jouent le rôle qu’ils font, les systèmes de valeurs auxquels je m’attarde sont constamment attaqués et peuvent même détruire les éléments de modernisation qui existent dans la société. Maintenant je me demande : Est-il possible d’élaborer un système de pensée qui me protégera de ce scénario horrible ? Car, si je suis incapable de retracer ma société sur des principes justes, et indépendamment de ce qui se passe ailleurs dans la corruption, j’établirai une société très brutale et injuste.

TN Madan : Je voudrais demander une clarification concernant la première question qui a été soulevée. Je ne connais pas l’âge, le temps, la culture ou le pays où les gens n’ont pas senti qu’il y avait une crise morale. La question semble donc être qu’il faut d’abord définir quelle est la nature de notre crise morale ; Autrement, nous nous approchons trop de nos problèmes immédiats et de notre environnement immédiat et pensons que le nôtre est le pire des temps, que le meilleur des temps était dans le passé ; ou nous pensons en termes d’utopies. Donc, en premier lieu, pourrions-nous définir la nature de la crise morale ? Et un indice à cela pourrait résider dans ce que M. Thapar disait. Nous adhérons aux valeurs que nous jugeons bonnes, mais peut-être que ces valeurs n’existent plus parce que le monde s’est rétréci. Les valeurs de la communauté villageoise ne serviront pas la communauté mondiale. Nous semblons être pris dans une scission – une scission représentée par des changements qui nous sont imposés, et des systèmes de valeurs dont nous avons hérité et que nous pensons naturellement précieux. Comment pouvons-nous résoudre ce dilemme entre un monde qui rétrécit que nous devons accepter et le monde des valeurs que nous ne voulons pas quitter, ne veulent pas s’éloigner?

Rajni Kothari : Monsieur, je dirais qu’un sentiment de crise morale est apparu de tous temps essentiellement lorsque les institutions s’effondrent. Il y a beaucoup de points de vue sur la crise actuelle. La première est que nous traversons une période de transformation si rapide que cette crise est inévitable ; Par conséquent, nous devrons restructurer tout cela à un moment donné. Je ne vois pas clairement les contours d’un système alternatif, d’une nouvelle manière de restructurer l’activité humaine ou l’intellect humain, et comme il n’y a rien qui prenne la place de ce qui s’effondre, ce sentiment de crise morale est venu.

Ashish Nandy : Franchement, je ne vois pas de véritable crise morale. Mais il y a une crise morale chez les gens comme nous, et cela s’est manifesté pendant de nombreuses années. Je suis un grand adepte de l’homme ordinaire, et je ne pense pas qu’il souffre d’une crise morale ; il souffre d’une crise de survie.

Interlocuteur : L’un des faits les plus significatifs est que nous disposons aujourd’hui de certains outils technologiques qui auront un impact important sur l’avenir de l’homme. Il se trouve que je suis informaticien et que je suis au courant de certaines choses très importantes qui se déroulent dans le domaine de l’informatique. Et ce que j’aimerais beaucoup apprendre de ce séminaire, c’est comment quantifier et penser à ces systèmes de valeurs pour que les machines qui vont arriver dans le futur, les ordinateurs électroniques qui auront la capacité de penser et d’apprendre, puissent faire le bon type de choix.

Sudhir Kakkar : Je remets en question le sentiment de crise morale, ainsi que le pessimisme exprimé par les précédents orateurs.

PJ : Je me demande pourquoi nous utilisons le mot «moral». La crise face à l’être humain est-elle de même nature que les crises du passé ? Ou, en raison d’un ensemble particulier de circonstances, en raison des pressions générées par l’action des êtres humains – génie génétique, génie informatique et possibilités illimitées de l’ordinateur reprenant les fonctions de l’esprit humain – est la crise d’un tout autre commande ?

Ce n’est pas seulement une crise morale ; nous avons eu des crises morales dans le passé, mais la crise qui frappe les racines de l’esprit humain est d’un ordre très différent. Je pense qu’il est temps que nous abordions cet aspect, que la crise à laquelle l’homme est confronté aujourd’hui est la crise de la survie. Avec la croissance de la génétique moderne et de la technologie informatique, des méthodes seront adoptées pour prendre en charge les fonctions de l’esprit humain ; la possibilité distincte de l’atrophie de l’esprit humain est quelque chose que nous ne pouvons plus ignorer. Si tel est le cas, ne devrions-nous pas commencer à penser à la crise à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui ? Quelques années plus tard, cela pourrait ne plus être envisagé. S’il y a une menace à la racine même de l’esprit humain, à la survie de ce qu’on appelle humain, alors quelle est l’action de l’homme ? Y a-t-il une telle menace ? Est-il possible de la rencontrer ? S’il est possible de la rencontrer, avec quels outils, quels instruments de notre être, la rencontrons-nous ? alors quelle est l’action de l’homme ?

Achyut Patwardhan : Puis-je expliquer le point que j’ai soulevé ? Considérez Sakharov, le scientifique, qui, sous la pression des circonstances, était responsable de l’invention de la bombe à hydrogène, mais, plus tard, trouvant qu’il était responsable d’une menace colossale pour la survie humaine, a cherché des moyens de répondre à la crise. Cela peut être dramatique dans le cas des scientifiques. Mais la crise existe autant pour le fermier du village que pour le citoyen ordinaire de la ville. Il y a un défi à son intégrité, créé par la pression de l’environnement.

JU : Il y a une crise politique, scientifique, sociale et aussi morale. Quelle est la résolution de cette crise ? Est-ce la foi ?

Jai Shankar : Nous avons tous parlé d’une crise morale. La question est : existe-t-elle pour tout le monde ? Je ne pense pas qu’une crise morale existe, par exemple, pour les fabricants d’ordinateurs, ou pour les fabricants d’armements et ceux qui les achètent, ou pour les gens qui exercent le pouvoir politique à tout prix. Et à l’autre extrémité du spectre, comme l’a dit le Dr Nandy, les pauvres ne sont confrontés à aucune crise morale ; ils font face à une crise de survie. Alors, de quelle crise parlons-nous ? La crise n’est vraiment pas une crise morale en soi, mais le résultat de la dissociation de la morale et de la connaissance.

KV : A propos de tout ce qui a été dit, la peur joue-t-elle un rôle dans cette connaissance amorale ?

PJ : Je ne pense pas que quiconque contestera la prémisse qu’un outil n’est ni moral ni immoral. C’est seulement l’application de l’outil qui est morale ou immorale. Personne ne peut arrêter de fabriquer des outils ; mais leur application, la façon dont ils sont utilisés, peuvent être contrôlés.

Rajni Kothari : Je pense que M. Jai Shankar faisait référence à une partie intégrante de la nature de la science moderne, dont le motif, la force dynamique, est la manipulation, la conquête de la nature, le réordonnancement de la société ; et ce n’est pas qu’il n’y a pas de perspective morale derrière la science moderne. Il y a une perspective morale qui a conduit aujourd’hui à prendre conscience du type de savoir manipulateur qui s’avère amoral. Je pense qu’Achyutji l’a déjà signalé dans le cas de Sakharov : c’est également vrai d’Einstein. Après ce qu’ils ont inventé, ils se sont sentis désolés pour ce qui était arrivé en conséquence. Je pense que Jai Shankar parle de quelque chose d’inhérent à la nature du savoir moderne, qui tend à rendre la science et la technologie amorales.

Jai Shankar : Quand l’outil cesse-t-il d’être un outil et devient le maître ? Telle est la question. Vous présumez qu’à tout moment, les outils peuvent être contrôlés. Je pense qu’il pourrait y avoir des outils qui pourraient vous dépasser ; en fait, les outils vous ont déjà dépassés ; ils vous contrôlent, et il y a très peu de liberté qui vous reste.

OV Vijayan : Je me demandais si cette crise est moderne du tout, si ce n’est pas la répétition d’une crise pérenne avec une référence contemporaine et moderne. Qu’est-ce qui cause l’effondrement de la moralité ?

JU : Il est vrai que les développements scientifiques et politiques ont affecté la conscience humaine. Cependant, je sens que si la conscience humaine ou ce qui est au centre de la conscience humaine est fortifiée, alors la conscience humaine sera toujours la maîtresse de tous les outils qu’elle crée. Le problème est d’éveiller la conscience humaine afin qu’elle puisse maîtriser l’outil qu’elle crée.

Krishnamurti : À quel moment les outils deviennent-ils des maîtres?

Rajni Kothari : Il y a une agitation fantastique de la conscience au niveau de la personne ordinaire. En fait, le rétrécissement dont parle Romesh n’est pas seulement le rétrécissement que les télécommunications et la technologie ont provoqué ; c’est aussi un rétrécissement entre les couches inférieures et supérieures de la société. Et ce rétrécissement donne lieu à des formes et des problèmes que l’esprit a découvert. Je n’ai pas de réponses à ces deux questions ; c’est un processus extrêmement compliqué. Un processus de transformation de la conscience se poursuit d’une manière si radicale que cela me rend nerveux.

Krishnamurti : Si je peux le souligner, je ne pense pas que la crise soit dans la moralité ou les valeurs du tout. Je pense que la crise est dans la conscience et la connaissance. À moins que les êtres humains ne transforment radicalement cette conscience, nous allons nous retrouver dans des guerres sanglantes. La connaissance a-t-elle transformé l’homme à tout moment ? C’est la vraie crise. L’homme a vécu vingt-cinq mille ans, d’après ce que la découverte moderne a montré. Pendant ces deux cent cinquante siècles, il n’a pas radicalement changé. L’homme est anxieux, effrayé, déprimé, malheureux, agressif, solitaire, tout cela. La crise est là, et la crise est dans la connaissance moderne. Quel chaos, la connaissance a-t-elle joué ? A-t-elle une place quelconque dans la transformation de l’homme ? Telle est la vraie question. Nous devons comprendre, non pas intellectuellement, non verbalement, mais profondément dans notre être la nature de notre conscience et cette énorme accumulation de connaissances dans les cent cinquante dernières années, que cela ait provoqué la destruction de l’homme, ou l’ascension de homme, ou s’il y a une place quelconque dans la transformation de l’homme.

PJ : De quel genre de connaissances parlez-vous ? Quand vous demandez : «Quelle place a la connaissance dans la transformation de l’homme ?»Ne devrions-nous pas clarifier votre conception de la connaissance ?

T.N. Madan : Nous avons sûrement un problème ici de communication et de compréhension mutuelle, j’essayais de m’expliquer ce que Krishnaji voulait dire par son observation de la connaissance, et de suggérer que peut-être ce qu’il voulait dire était la volonté d’être humain par l’expérience, convertir les connaissances en expérience. Maintenant, cela pourrait être la connaissance à n’importe quel niveau. Cela pourrait être la connaissance des scientifiques. Permettez-moi, un instant, d’être l’avocat du diable et de dire que la rubrique du scientifique est assez mauvaise mais que sa droiture morale peut être pire. Et il faut se rappeler que le scientifique qui produit l’ordinateur ne le fait pas au nom de la réalisation de la liberté humaine. Je pense que nous devrions essayer de déterminer s’il s’agit d’un problème de crise morale ou de la nature de la connaissance ou de l’acquisition de connaissances.

PJ : Nous semblons tourner autour de ce facteur de connaissance. Vous avez parlé de la conscience, qui contient non seulement des connaissances sur les machines, les ordinateurs, etc., mais aussi sur des choses plus puissantes, la peur, la cupidité, le chagrin, l’envie, la solitude. Ce n’est pas la connaissance dans le sens ordinairement reconnu du mot, bien que vous puissiez considérer toute cette partie du processus de la connaissance parce qu’elle provient de l’expérience.

Krishnamurti : J’aimerais discuter de ce qu’est la conscience et de la nature de la connaissance. Ces deux facteurs semblent dominer le monde. La pensée est la connaissance. La connaissance est l’expérience. La connaissance, la mémoire, la pensée, l’action – c’est le cycle dans lequel l’homme a été pris pendant vingt-cinq mille ans. Je pense qu’il n’y a pas de différend à ce sujet. Ce cycle a été un processus d’accumulation de connaissances et de fonctionnement à partir de ces connaissances, soit habilement ou maladroitement. Le processus est stocké dans le cerveau en tant que mémoire, et la mémoire réagit en action. C’est le cycle dans lequel l’homme est pris ; toujours dans le domaine du connu. Maintenant, qu’est-ce qui va changer l’homme ? C’est un problème.
L’autre est la conscience. La conscience est son contenu. son contenu constitue la conscience. Toutes les superstitions, croyances, divisions de classes, impressions brahmaniques, tout ce qui tombe dans la conscience. L’idole, la croyance, l’idée de Dieu, la souffrance, la douleur, l’anxiété, la solitude, le désespoir, la dépression, l’incertitude, l’insécurité, tout ce qui est dans la conscience humaine. Ce n’est pas ma conscience; c’est la conscience humaine, parce que partout où vous allez, en Amérique ou en Russie, vous rencontrez le même problème. Les êtres humains portent ce fardeau complexe de la conscience qui contient toutes les choses que la pensée a rassemblées.

Rajni Kothari : Je voudrais une définition du contenu de la conscience. Est-ce tout ce que la pensée a mis ensemble ? Est-ce que vous dites que les deux sont co-terminaux ?

Krishnamurti : Nous y viendrons maintenant. Lorsque vous examinez votre propre conscience, que vous soyez médecin, scientifique, philosophe ou gourou, vous trouvez vos propres angoisses, vos incertitudes, tout ce qui est votre conscience. Et cette conscience est le fondement sur lequel repose toute l’humanité.

Jai Shankar : Est-ce tout ? Tout cela est-il additionné à la somme de la conscience ? ou est la conscience plus que cette somme ?

GN : Si vous dites que le contenu de la conscience est la somme des pensées passées de l’homme, des choses que l’homme a connues, alors il n’y a rien qui soit ajouté par l’agrégation. La question est la suivante : La conscience est-elle la somme de ses pensées passées, de ses connaissances, de tout ce qui est mis en place, ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Krishnamurti : Est-ce la question ?

Rajni Kothari : Y a-t-il quelque chose dans la conscience qui ne soit pas seulement une agrégation d’anxiété et de peur ?

Jai Shankar :  Il y a eu aussi des discussions dans notre tradition sur la conscience pure, une conscience qui n’est pas un agrégat d’anxiété, de douleur, de désespoir. Celle-là est plus que la somme de ces parties est une possibilité qui doit être considérée.

Krishnamurti : Même poser une chose en tant que conscience pure fait partie de notre conscience. Est-ce que vous êtes d’accord jusqu’à présent : quelle que soit ce que la pensée a mis ensemble, que ce soit super-conscience, la conscience ultime, la conscience pure, fait toujours partie de notre conscience, fait toujours partie de la pensée, et la pensée naît de la connaissance, et, par conséquent, complètement limité ? Toutes les connaissances sont limitées. Il n’y a pas de connaissance complète de l’ordinateur ou de la bombe atomique ou de quoi que ce soit.

PJ : La conscience est-elle un assemblage de plusieurs fragments
de différents types, ou a-t-elle une qualité holistique?

T.N. Madan : La conscience doit être intégrée.

Krishnamurti : Si c’est limité, ce n’est pas holistique.

T.N. Madan : Si la conscience n’est pas holistique, qu’en est-il de la connaissance ?

Krishnamurti : La conscience est la connaissance. Ne dirais-tu pas que toute notre existence est expérience ? De l’expérience – qu’elle soit scientifique, émotionnelle ou sexuelle – nous acquérons des connaissances. Et cette connaissance est stockée dans le cerveau en tant que mémoire. La réponse de la mémoire est pensée. Mais de toute façon, le processus est cela.

Sudhir Kakkar : La pensée est née de la peur.

Krishnamurti : La peur est le produit de la pensée, et non l’inverse. Admettez-vous que la pensée découle de la connaissance, que la connaissance ne peut jamais être complète à propos de quoi que ce soit ? Par conséquent, la pensée est toujours limitée, et toutes nos actions – scientifiques, spirituelles, religieuses – sont limitées. Donc la crise est dans la connaissance, qui est la conscience.

PJ : La question qui a été soulevée est la suivante : la peur est-elle indépendante de la pensée ? La pensée apparaît-elle comme une réaction à la peur ? Comment la peur apparaît-elle ?

Jai Shankar : Vous aviez dit que la pensée naît de la connaissance.

Krishnamurti : C’est un fait.

Sudhir Kakkar : Eh bien, je suggérais qu’il y a une étape intermédiaire, que la connaissance vient d’abord de la peur ; la peur est le père de la pensée plutôt que l’inverse.

JU : La connaissance se construit à travers un processus : la connaissance antérieure est remplacée par de nouvelles connaissances, il y a la conquête de la connaissance par la connaissance ; la connaissance chevauche ses propres épaules.

KV : Est-ce que cela constitue alors la conscience ou non ? Upadhyayaji a dit «oui», certains d’entre nous disent certainement «non».

Krishnamurti : Je ne suis pas tout à fait l’argument.

PJ : Nous ne communiquons pas ; peut-être que si vous ouvrez tout le problème de la connaissance, de la pensée, de la conscience, il peut être plus simple d’arriver à un point de rencontre.

Krishnamurti : Monsieur, qu’est-ce que la réalité ? J’aimerais explorer cette question. Qu’est-ce que la nature, l’arbre, le tigre, le cerf ? La nature n’est pas créée par la pensée ; ce qui n’est pas créé par la pensée est la réalité. La pensée a créé tout ce que je connais – tous les temples, les églises, les mosquées. Il n’y a rien de sacré dans la pensée ; les rituels, la messe, le namaz, les prières, tout ce qui est l’invention de la pensée. Alors je me demande : Qu’est-ce que penser ? Si vous me demandez mon nom, je réponds immédiatement parce que je le connais. Mais si vous me demandez quelque chose qui est plus complexe, il faut du temps pour enquêter, pour répondre. Autrement dit, je regarde dans ma mémoire et j’essaie de trouver la réponse ou je consulte des livres ou parle à quelqu’un pour trouver la réponse.
Il y a donc : une réponse immédiate, une réponse au temps, et la réponse qui dit : «Je ne sais vraiment pas.» Nous ne disons jamais : « Je ne sais pas. » Nous répondons toujours de mémoire. Ce souvenir se trouve dans les cellules de mon cerveau, dérivé de la tradition, de l’éducation, de l’expérience, de la perception, de l’ouïe, etc. Je suis tout ça. Né en Inde, éduqué à l’étranger, le contenu de ma conscience est le résultat de la culture indienne, de la culture européenne, de la culture italienne, etc. le contenu de ma conscience est le résultat d’innombrables entretiens, discussions avec des scientifiques, des religieux. Ma conscience est moi ; Je ne suis pas différent de ma conscience. Donc l’observateur est l’observé. C’est un fait. Ma conscience est la conscience de l’humanité; ce n’est pas séparé. Et cette conscience a connu des conflits, de la souffrance. Il a inventé Dieu.
Voyant tout cela, que dois-je faire ? Ce que je suis est le reste du monde ; Je suis le monde. Ce n’est pas une idée intellectuelle, mais un fait. Je suis un homme ordinaire, pas un type très intellectuel. J’ai regardé les gourous ; ils ne m’ont pas aidé ; les politiciens ne m’ont pas aidé ; les scientifiques ne m’ont pas aidé ; au contraire, ils m’ont détruit, mis à part la commodité technologique, la communication et tout ça. Leurs bombes atomiques, leur technologie militaire, perpétuent perpétuellement les guerres. Au cours des cinq mille dernières années, nous avons eu des guerres chaque année. C’est un fait historique. Cependant, toute cette accumulation de connaissances extraordinaires m’aidera-t-elle à changer tout cela ? C’est la vraie crise. J’ai compté sur tout le monde pour m’aider. Je dois me débarrasser de toute cette aide totalement. Je sens la crise est là et non dans le monde de la technologie ou dans le monde intellectuel ou dans le monde totalitaire.

Rajni Kothari : N’attribuez-vous pas une certaine homogénéité à tout ? Vous donnez le même caractère à différentes civilisations, différents systèmes religieux, systèmes de la science moderne et systèmes de pensée qui créent des guerres partout dans le monde.

Krishnamurti : Bien sûr, je ne vois aucune différence.

Rajni Kothari : Je n’ai aucune difficulté à voir qu’un être humain est le résultat de tous ces facteurs. Mais donner le même genre de caractère à tout cela sans différenciation, que je ne vois pas.

Krishnamurti : Physiquement, vous êtes plus grand, je suis plus petit ; et psychologiquement, il existe certaines tendances caractéristiques dépendant de cultures différentes, suivant certaines valeurs. A un certain niveau, nous sommes différents. Mais au niveau de ce que nous sommes, je pense qu’il a un point. Que vous viviez dans la jungle amazonienne ou dans une ville moderne, voici une universalité fondamentale de la situation humaine. Mais sûrement en termes de ce que nous avons, que nous ayons l’ordinateur ou la machine à coudre, il y a une différence.

Rajni Kothari : La question n’est pas la différenciation, mais le courant de conscience qui s’est passé dans le passé. Vous parlez en termes de vingt-cinq mille ans. La vision moderne, scientifique, homocentrique de la connaissance et son impact sur la conscience peuvent-ils être mis sur un pied d’égalité avec certains des anciens courants de la conscience ? En d’autres termes, l’expérience et l’accumulation de l’expérience ne nous offrent-elles aucun choix en ce moment de l’histoire, ou sommes-nous condamnés ?

PJ : Tant que nous continuons dans notre conscience connue, son souci du moins mauvais, du moins pire, nous sommes toujours pris dans l’emprise de quelque chose dont nous ne semblons pas pouvoir sortir.

Krishnaji fait allusion à un saut quantique, et nous sommes toujours dans la structure du temps. Peut-être demain nous verrons peut-être clairement, mais pouvons-nous le faire avec les instruments avec lesquels nous voyons le monde, quels sont les instruments que nous avons ? Pouvons-nous arriver à ce point d’où nous voyons ? Sinon, nous tournerons en rond : nous pouvons être meilleurs, plus moraux, moins moraux, moins destructeurs ou plus destructeurs, mais nous serons toujours pris dans ce cadre. Je pense que c’est le problème.

Jai Shankar : Monsieur, je comprends votre angoisse. Mais je ne comprends pas le problème. Si tel est le cas depuis vingt-cinq mille ans sans changement, nous ne pouvons pas revenir à une période ou à un état où les choses seraient plus souhaitables qu’elles ne le sont. Si c’est ce que nous sommes, je ne vois pas comment nous pouvons faire le saut quantique.

Jai Shankar : C’était exactement mon point de vue.

Krishnamurti : Ma question est la suivante: au bout de vingt-cinq mille ans, je suis ce que je suis. Nous le voyons tous. Hitler a laissé son empreinte sur nous ; le Bouddha a aussi ; si Jésus a déjà vécu, il l’a aussi. Le résultat de tout ça est mon conditionnement. Est-il possible d’être totalement inconditionné ? Je dis «oui», il est possible d’être complètement inconditionné.

 

Padre Pio

Padre Pio est le nom d’un capucin et prêtre italien né Francesco Forgione, le 25 mai 1887 à Pietrelcina (province de Bénévent, en Campanie, Italie), mort le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo (province de Foggia dans les Pouilles en Italie). Il avait pris le nom de Pie (en italien Pio), en hommage au pape Pie V, quand il rejoignit l’ordre des frères mineurs capucins.

Il fut connu pour être le premier prêtre et l’un des rares hommes à qui la tradition attribue des stigmates, bien que l’origine miraculeuse de ces plaies soit sujette à polémique. Il a été canonisé par l’Église catholique romaine le 16 juin 2002 sous le nom de saint Pie de Pietrelcina.

Vie religieuse

Trop maladif pour être cultivateur comme son père, sa mère voit en lui un futur prêtre. Francesco rejoint l’Ordre des frères mineurs capucins le 22 janvier 1903 à Morcone. En raison de sa santé fragile, il retourne dans sa famille, puis est envoyé dans divers couvents. Le novice capucin prononce ses vœux solennels le 27 janvier 1909. Au mois de décembre 1908, il reçoit la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat dans la cathédrale de Bénévent. Le 18 juillet 1909, il est ordonné diacre dans le couvent de Morcone et prend alors le nom de frère Pio, en hommage au pape Pie V.

Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Bénévent le 10 août 1910 et nommé à Santa Maria degli Angeli de Pietrelcina. Dès 1911, il signale à son confesseur l’apparition depuis un an de signes rouges et de douleurs vives aux mains et aux pieds. Il est à partir du 4 septembre 1916 au couvent de San Giovanni Rotondo. Le Padre Pio se réveillait à l’aube pour lire le bréviaire. Cinq stigmates visibles, qui ont fait l’objet de plusieurs rapports médicaux, lui sont apparus le 20 septembre 1918.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert comme infirmier dans la compagnie militaire de l’hôpital Sainte-Trinité de Naples (1915–1917). Souffrant d’une bronchite alvéolaire chronique, les médecins lui diagnostiquent une tuberculose et, par peur qu’il contamine sa compagnie, le réforment en août 1917.

Transverbération

Le 5 août 1918, tandis qu’il confessait les jeunes scolastiques de son couvent, le Padre Pio manifeste des symptômes ou des signes faisant référence à la transverbération : son cœur est transpercé par un dard spirituel avec saignement réel. Selon la tradition, sa stigmatisation complète a lieu le 20 septembre 1918, des stigmates (plaies du Christ sanguinolentes aux mains, aux pieds et au thorax comme les cinq plaies du Christ), qu’il cherche à cacher avec des mitaines.

Il donne le témoignage suivant des événements :

« Je vis devant moi un personnage mystérieux dont les mains, les pieds, la poitrine, ruisselaient de sang. Je sentis mon cœur blessé par un dard de feu… Ce personnage disparut de ma vue et je m’aperçus que mes mains, mes pieds, ma poitrine étaient percés et ruisselaient de sang ! ». La description qu’il fait de ses propres transports mystiques ressemble en grande partie à ce qu’a écrit Gemma Galgani.

Dans les premiers jours Padre Pio cherche à dissimuler les plaies, mais les femmes qui suivent sa direction spirituelle voient les plaies et ébruitent la nouvelle. De même les jeunes auxquels il prodigue son enseignement perçoivent aussi des cicatrices sur les mains de Padre Pio. Le 9 mai 1919, le premier journal Il Giornale d’Italia parle de « miracles » du Padre Pio. Le 25 mai 1919, une revue locale publie la nouvelle en intitulant « Le Saint de San Giovanni Rotondo ». Au mois de juin 1919, trois journaux dont Il Mattino, principal journal de Naples, reprennent l’information en parlant des miracles qu’opère le thaumaturge Padre Pio. La notoriété, non voulue par Padre Pio et encore moins par ses supérieurs qui avaient imposé toute discrétion aux frères du couvent, contribue à faire venir de plus en plus de monde auprès du monastère. Les premières interprétations médicales se font autour du cas de Padre Pio, dont le Professeur Enrico Morrica, qui n’a pas vu Padre Pio, interprète les miracles de Padre Pio comme du « magnétisme animal » issu de « dangereux phénomènes morbides de psychologie collective ».

Face aux nouveaux événements, le supérieur des capucins ainsi que le Saint-Office décident de faire ausculter Padre Pio afin de savoir l’origine naturelle ou surnaturelle des prétendus stigmates. Plus de trois médecins ausculteront les plaies de Padre Pio : le docteur Luigi Romanelli, chef de l’hôpital de Barletta, le Docteur Angelo Maria Merla, maire de la commune, socialiste et agnostique. Les auscultations conduisent à lever toute idée d’automutilation et arrivent à « la conclusion que le fait constitue en soi un phénomène que n’est pas capable d’expliquer la seule science humaine ». Le Saint-Office fait envoyer le 12 et 13 juillet 1919 le professeur Amico Bignami, positiviste qui ausculte à son tour Padre Pio. Très sceptique, les conclusions qu’il donne sont différentes des deux autres médecins. Même s’il constate que les plaies de Padre Pio ont des caractéristiques « qu’il est impossible d’expliquer à partir des connaissances que nous possédons relativement aux nécroses névrotiques, et la localisation parfaitement symétrique des lésions décrites, et leur persistance sans modification notable, au dire du malade », il conclut à la possibilité que les plaies soient « pour partie le résultat d’un état morbide, pour partie artificielles ».

Les soupçons d’imposture sont tels que le Saint-Office tient Padre Pio pour un « phénomène de cirque » dont profiteraient ses frères capucins, par le biais d’une crédulité publique, pour attirer des pèlerins et recueillir des fonds considérables. Outre les supposées malversations financières dont sont suspectés les capucins, Padre Pio est accusé d’être l’allié des fascistes qu’il bénit alors que les affrontements entre communistes, socialistes et fascistes lors des élections municipales à San Giovanni Rotondo le 14 octobre 1920 provoquent la mort de onze « rouges » par un commando proto-fasciste. À la suite de ces événements, le dirigeant fasciste local Giuseppe Caradonna (it) apporte son soutien à Padre Pio et les éditions de son parti éditent les premiers ouvrages sur le saint.

Le Saint-Office, considérant parfois comme de véritables charlatans les saints vivants stigmatisés (ces superstitions pouvant se retourner contre la foi), rend publique sa méfiance théologique : le 31 mai 1923, il émet un décret exhortant les fidèles à ne pas croire aux faits surnaturels liés à la vie de Padre Pio et à ne pas aller à San Giovanni Rotondo ; le 5 juillet 1923, les Acta Apostolicae Sedis écrivent « les témoignages actuels ne prouvent pas que les stigmates, les bilocations présumées puissent être tenues à coup sûr pour miraculeuses » et L’Osservatore Romano déclare Padre Pio imposteur de mauvaise foi.

La question des stigmates

Les « stigmates » du Padre Pio ont été examinés par des médecins à plusieurs reprises, en particulier à la demande officielle de sa hiérarchie.

Dès 1919, le Saint-Office mande le Dr L. Romanelli, de l’hôpital de Barletta, qui l’examine cinq fois entre 1919 et 1920 :

« La blessure du thorax montre clairement qu’elle n’est pas superficielle. Les mains et les pieds sont transpercés de part en part. »

« Je ne peux trouver une formulation clinique qui m’autorise à classer ces plaies. »

Certains témoins disent avoir pu voir au travers des trous de ses mains, plaies qui n’auraient donc pas été superficielles.

En 1919, un médecin athée, le Pr Bignami, fait poser des scellés sur les bandages, pour écarter l’hypothèse de l’utilisation volontaire d’acide sur les plaies. En 1920 et 1925, le Dr Festa réexamine le Padre et conclut à :

« … des phénomènes, reliés harmonieusement entre eux, qui se soustraient au contrôle des recherches objectives et de la science. »

Une vie mystique extraordinaire

Padre Pio sur la messe et la réception de la Communion

Padre Pio à propos de la Messe

Matthieu 26:26-28- « … Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à Ses disciples, en disant : Prenez et mangez; ceci est Mon corps. Et, prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant: Buvez-en tous; car ceci est Mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. »

1 Corinthiens 10:16 – « Le calice de bénédiction, que nous bénissons, n’est-il pas la communion au sang du Christ? Et le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps du Seigneur ? »

1 Corinthiens 11:26 – « Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’Il vienne. C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur…Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur. »

D’après certaines estimations, environ 20 millions de personnes ont vu Padre Pio offrir la Messe.

À propos de la valeur de la Messe, Padre Pio déclara :

« Si seulement les hommes pouvaient apprécier la valeur de la sainte Messe, il faudrait des agents de circulation aux portes de toutes les églises chaque jour pour maîtriser la foule. »

Padre Pio fut interrogé sur ce que la Messe représentait pour lui. Il répondit :

« C’est une participation sacrée à la Passion de Jésus. Tout ce que le Seigneur endura pendant Sa Passion, je le souffre, dans les proportions de ce qu’un être humain peut supporter. Et ce n’est dû à aucun mérite de ma part, mais entièrement à Sa bonté. »

Avant d’offrir l’hostie non consacrée sur sa patène, il faisait passer ses doigts autour de l’hostie pour vérifier qu’aucune particule ne s’en détachait.

Padre Pio : « Chaque sainte Messe, écoutée avec dévotion, produit dans nos âmes des effets merveilleux, des grâces spirituelles et matérielles abondantes que nous-mêmes nous ignorons. Il est plus facile à la terre d’exister sans le soleil que sans le saint Sacrifice de la Messe. »

Padre Pio : « Je me rends au pressoir de l’Église, au Saint Autel, où le Sang tiré de cette délicieuse et inhabituelle Grappe est distillé en un Vin sacré dont seules quelques personnes fortunées peuvent s’enivrer. »

Padre Pio à propos de la réception de la Communion

Jean 6:54-55 – « Jésus leur dit donc: En vérité, en vérité, Je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez Son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange Ma chair, et boit Mon sang, a la vie éternelle, et Je le ressusciterai au dernier jour. »

Padre Pio fut interrogé à propos de la réception de la communion. Il répondit :

«C’est une compassion interne et externe. Une étreinte.»

Question : « Quand Jésus arrive, ne visite-t-il que l’âme ? »
Padre Pio : « L’être entier. »
Question : « Que fait Jésus lors de la Communion ? »
Padre Pio : « Il trouve la joie dans Ses créatures. »
Question : « Est-ce que la Communion est une incorporation ? »
Padre Pio : « C’est une fusion. Comme deux bougies qui fondent toutes les deux et ne peuvent plus être distinguées. » [239]

Padre Pio – Lettre, à un enfant spirituel sur la réception de la Communion : « Continuez à recevoir la Communion, et ne vous inquiétez pas du fait de ne pas pouvoir recevoir le Sacrement de Pénitence. Jésus vous récompensera de votre bonne volonté. Souvenez-vous de ce que je vous ai souvent dit : tant que nous ne sommes pas certains d’être en état de péché mortel, nous n’avons pas besoin de nous abstenir de la Communion. » – « À moins que vous ne soyez certain d’être en état de péché mortel, vous devez recevoir la Communion tous les jours. »

Padre Pio : « Mon cœur est comme aspiré par un pouvoir plus grand avant d’être uni avec Lui dans le Saint Sacrement. J’ai une telle faim et soif avant de Le recevoir qu’il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que je meurs d’attendre… Et plutôt que d’être rassasié après avoir reçu le Sacrement, cette faim et cette soif augmentent encore plus. Au moment même où je suis en possession du plus haut des biens, alors oui, la plénitude de douceur est si intense que je suis sur le point de dire à Jésus : Assez ! Je n’en peux plus ! J’oublie même que je fais partie du monde. L’esprit et le cœur n’ont besoin de rien de plus… Parfois je me demande s’il y a vraiment des âmes qui ne ressentent pas leur poitrine brûler du feu divin, surtout au moment où elles se trouvent devant Lui dans le Saint Sacrement. Ça me paraît impossible, surtout si la personne est un prêtre ou un religieux. »

La Santa Messa di Padre Pio celebrata il 5 Maggio 1956

Mère Yvonne-Aimée de Jésus

La Grande Mystique de France

Yvonne Beauvais Écouter, en religion Mère Yvonne-Aimée de Jésus, également appelée Yvonne-Aimée de Malestroit, née le 16 juillet 1901 à Cossé-en-Champagne (Mayenne) et morte le 3 février 1951, est une religieuse augustine française.

Yvonne Beauvais naît le 16 juillet 1901 à Cossé-en-Champagne. Elle est la fille d’Alfred Beauvais, négociant en vin, et de Lucie Brulé. Elle est baptisée trois mois plus tard. Son père meurt le 17 octobre 1904. À la mort du père, qui a fait de mauvaises affaires, la mère se trouve financièrement contrainte de vendre la maison familiale. La mère confie Yvonne à ses parents, qui vivent au Mans. Les grands-parents élèvent Yvonne, de l’âge de 3 ans à l’âge de 6 ans. Ils la sensibilisent à la condition des pauvres, qui frappent à leur porte. Sa grand-mère lui lit l’Histoire d’une âme de Thérèse de Lisieux, ouvrage qui la marque au point qu’elle souhaite ardemment « devenir une sainte »1. Puis elle rejoint sa mère à l’âge de six ans, la suivant dans différents pensionnats dont elle a la direction. À l’âge de 9 ans, le 1er janvier 1911, Yvonne voue sa vie au Christ, dans une lettre qu’elle lui écrit avec son sang : « Ô mon petit Jésus. Je me donne à toi entièrement et pour toujours. Je voudrai toujours ce que tu voudras. Je ferai tout ce que tu me diras de faire. Je ne vivrai que pour toi. Je travaillerai en silence. Et, si tu veux, je souffrirai beaucoup en silence. Je te supplie de me faire devenir sainte, une très grande sainte, une martyre. Fais-moi être fidèle, toujours. Je veux sauver beaucoup d’âmes et t’aimer plus que tout le monde, mais je veux aussi être toute petite afin de te donner plus de gloire. Je veux te posséder mon petit Jésus, et te rayonner, je veux n’être qu’à toi, mais je veux surtout ta volonté. Ta petite Yvonne ». En 1914, elle part pour l’Angleterre, voulant entrer dans les Filles de Jésus de Kermaria où elle est pensionnaire.

À l’âge de 18 ans, à Paris, ayant terminé ses études, elle fait plusieurs métiers pour venir en aide aux personnes défavorisées. Ainsi, elle travaille comme bonne à tout faire, vend des dessins, écrit des romans et donne des récitals de pianos. Plus tard, l’abbé de la Chevalerie relatera cet épisode de la vie d’Yvonne dans le livre Monette et ses pauvres. En 1922, elle est atteinte de la fièvre paratyphoïde. Elle part, pour la première fois, en convalescence dans la clinique des Sœurs Augustines de la Miséricorde à Malestroit (Morbihan) où elle se remet de cette fièvre. Le 5 juillet 1922 dans sa chambre à Malestroit, elle a une crise mystique au cours de laquelle Jésus lui apparaît et lui parle.

En 1925, Yvonne Beauvais entre en religion sous le nom de sœur Yvonne-Aimée. En 1927, elle gagne le couvent des Augustines dont elle devient la supérieure en 1935. Elle y œuvre de 1927 à 1951. Grande organisatrice, elle réforme la communauté des Augustines hospitalières et lance en 1928 le projet d’une clinique moderne qui ouvrira ses portes en 1929. En 1935, elle conçoit le projet novateur d’une Fédération des Augustines hospitalières de la miséricorde de Jésus, projet qu’elle mène jusqu’au bout malgré les réticences des autorités ecclésiastiques.

yvonne-aimee Paul LabutteEn décembre 1940, elle développe la dévotion du « petit Roi d’Amour », qui unit celle à l’Enfant-Jésus et celle au Sacré-Cœur. Cette dévotion est étendue à l’Église universelle par le pape Jean XXIII en 19584. Durant l’Occupation, elle soigne dans la clinique de Malestroit aussi bien des blessés allemands que des résistants (spécialement ceux du maquis de Saint-Marcel), sauvant notamment la vie du général Louis-Alexandre Audibert (commandant de la région Ouest de l’Armée Secrète), tout en réalisant des prodiges (stigmatisation, xénoglossie, bilocation). En janvier 1943, un prêtre, la soupçonnant d’imposture, l’accuse d’être une « fausse mystique » et prépare un procès pour la déposer. Le 16 février 1943, comme elle en aurait eu la prémonition, elle est arrêtée par la Gestapo au prieuré Notre-Dame de la Consolation et amenée à la prison du Cherche-midi. Torturée, elle s’évade «miraculeusement», après avoir demandé par la bilocation des prières au Père Paul Labutte, son fils spirituel.

  • Une soeur évoque l’anneau mystique d’Yvonne -Aimée, vu seulement par certaines soeurs ;
  • Une soeur raconte qu’ayant fait, certain mois d’août, une robe pour mère Yvonne-Aimée appelée parfois à intervenir en civil hors du monastère de Malestroit, cette soeur est accueillie par un nuage d’encens en allant porter la robe ;
  • Une autre soeur, soeur Lucie, rapporte que le 9 septembre 1927, la veille de sa prise d’habit le même jour qu’Yvonne-Aimée, soeur Lucie est témoin avec d’autres – dont monseigneur Picaud évêque – d’une extase d’Yvonne-Aimée qui dure 1h30 à 2h00. Les témoins observent plusieurs bilocations successives de par le monde d’Yvonne-Aimée qui parle plusieurs langues étrangères, semble endormie et est très belle. Sa sortie d’extase est décrite par soeur Lucie qui témoigne d’une certaine manière de revenir.

Le 24 juin 1945, elle reçoit la croix de guerre avec palme, à Saint-Marcel. Le 22 juillet 1945, le général de Gaulle en personne lui remet la Légion d’honneur, à Vannes, pour avoir caché et soigné à la clinique soldats alliés et résistants bretons. Le 3 janvier 1946, les autorités lui décernent la médaille de la Résistance et la médaille de la Reconnaissance française. En 1946, elle fonde la Fédération des monastères d’Augustines et est élue première supérieure générale. Le 7 août 1949, la clinique de Malestroit reçoit la croix de Guerre. Sa notoriété est telle qu’elle est reçue par Pie XII.

Le soir du 3 février 1951, elle meurt d’une hémorragie cérébrale foudroyante, conséquence de son hypertension artérielle, alors qu’elle s’apprêtait à partir pour l’Afrique du Sud.

Postérité

Yvonne Beauvais a laissé de nombreux carnets intimes ainsi qu’une abondante correspondance depuis 1924, date à laquelle son confesseur, le père Crété, lui demande de mettre par écrit ses souvenirs et ses rêves.

Le 1er juin 1960, à la veille de Vatican II, craignant que son cas ne suscite « une vague d’illuminisme », le cardinal Alfredo Ottaviani, alors pro-secrétaire du Saint-Office, décrète la fin du procès de béatification (commencé à la suite de son exhumation qui a lieu le 25 mars 1957 et à la reconnaissance de sa mort en odeur de sainteté) et interdit la publication d’ouvrages sur Yvonne-Aimée de Malestroit. Le Saint-Office était en effet circonspect devant le nombre élevé de ses miracles après sa mort et les faits extraordinaires qui auraient jalonné la vie de la mystique : dons de prophétie, de guérison, de langue, de bilocation (151 cas recensés), stigmatisation, prémonitions, xénoglossie et matérialisations (de fleurs, le plus souvent des lys ou des roses, de bagues d’or et de diamants, de parfums, etc.).

Cependant, en réponse à une demande de sœur Nicole Legars, prieure de Malestroit, le cardinal Franjo Šeper, préfet de la Congrégation pour la Foi au Vatican, autorisa, dans une lettre du 28 avril 1980, la publication d’une biographie sur Yvonne Beauvais, et suggéra même le nom du chanoine René Laurentin pour ce faire. Cette biographie devint le livre Un Amour extraordinaire : Yvonne-Aimée de Malestroit de l’abbé Laurentin, auquel l’évêque de Vannes, Mgr Boussard, accorda l’imprimatur en ces termes, le 3 février 1985 :

« Par sa lettre datée du 10 décembre 1984, le cardinal Ratzinger [futur pape Benoît XVI], Préfet de la Congrégation pour la foi, ayant levé l’interdiction portée par son prédécesseur, le cardinal Ottaviani, le 16 juin 1960, de donner l’imprimatur « à toute éventuelle future publication sur mère Marie-Yvonne », j’ai estimé que je pouvais autoriser la parution de l’ouvrage de monsieur le chanoine René Laurentin, après en avoir pris connaissance. […] La personnalité de cette religieuse, les circonstances qui ont mis en valeur ses qualités exceptionnelles ne peuvent être exclues des recherches historiques. C’est pourquoi l’avis favorable du Cardinal Préfet de la Congrégation pour la foi, a été accueilli avec satisfaction et gratitude. »

Le travail est aujourd’hui poursuivi par une équipe interdisciplinaire, le dossier contenant 4 000 pages et soixante mille pièces.

En 2009, monseigneur Raymond Centène, évêque de Vannes, a de nouveau demandé, très officiellement, que les autorités vaticanes examinent attentivement le dossier.

La Bible

Le mot « bible » vient du grec ancien τὰ βιβλία (ta biblia), un substantif au pluriel qui signifie « les livres », soulignant son caractère multiple.

La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés chez les juifs et les chrétiens.

La Bible hébraïque est dite en hébreu TaNaKh, acronyme formé à partir des titres de ses trois parties constitutives : la Torah (la Loi), les Nevi’im (les Prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits). Elle fut traduite en grec ancien à Alexandrie. Cette version, dite de la Septante, fut utilisée plus tard par Jérôme de Stridon pour compléter sa traduction latine de la Bible à partir de l’hébreu (la Vulgate) et par les « apôtres des Slaves » Cyrille et Méthode pour traduire la Bible en vieux-slave.

Les chrétiens nomment “Ancien Testament“, la partie qui reprend le Tanakh. Depuis le Concile de Trente, les catholiques romains y insèrent d’autres textes antiques non repris par la tradition juive.

La Bible chrétienne contient en outre le “Nouveau Testament” qui regroupe les écrits relatifs à Jésus-Christ et à ses disciples. Il s’agit des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l’Apocalypse.

La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le VIIIe siècle av. J.-C. et le IIe siècle av. J.-C. pour l’Ancien Testament, et la deuxième moitié du Ier siècle, voire le début du IIe siècle pour le Nouveau Testament.

Les canons bibliques primitifs

Le mot canon (en grec ancien, κανών signifie règle) est utilisé dès le IVe siècle pour désigner la liste des livres reconnus par une communauté (ou Église).

Les « canons » primitifs les plus importants sont :

  • ceux de la Bible hébraïque (canon massorétique) de la fin du Ier siècle- appelée Tanakh – qui est reconnu par le judaïsme rabbinique, se compose de trois parties :
    • la Loi (Torah) – Vè siècle av JC,
    • les Prophètes (Nevi’im) – IVè siècle av JC,
    • les Écrits (Ketouvim) – Ier siècle av JC
  • celui de la Bible grecque (Septante) qui est reconnu par la plupart des Églises d’Orient et d’Occident, se compose de quatre parties – Ancien Testament :
    • le Pentateuque,
    • les Livres historiques,
    • les Hagiographes,
    • les Prophètes ;
    • + des livres supplémentaires, dits « deutérocanoniques ».

Les textes du Nouveau Testament, quant à eux, sont rédigés entre le milieu du Ier et le début du IIe siècle, mais leur canonisation n’a lieu qu’au cours des IIIe et IVe siècles.

Canon de la Bible hébraïque (canon massorétique)

Le Tanakh – La Bible hébraïque est écrite en hébreu avec quelques passages en araméen.
Le canon massorétique, c’est-à-dire celui de la Bible hébraïque, se compose des parties suivantes :

  • La Torah ou Loi (Le Pentateuque) : Bereshit (Genèse), Shemot (Exode), Vayiqra (Lévitique), Bamidbar (Nombres), Devarim (Deutéronome)
  • Les Nevi’im ou « Prophètes » (Les livres prophétiques) :
    • Prophètes « antérieurs » (Les « Livres historiques ») : Josué, Juges, I-II Samuel et I-II Rois.
    • Prophètes « postérieurs » (Les « Prophètes ») : Isaïe, Jérémie et Ézéchiel.
    • Les « douze petits prophètes » ou XII (idem) : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.
  • Les Ketouvim (Les autres Écrits) :
    • Les livres poétiques : Psaumes, Proverbes, Job
    • Les cinq rouleaux : Cantique des Cantiques, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther
    • Prophétie : Daniel
    • Histoire : Esdras, Néhémie, I-II Chroniques.
Canon de la « Septante » christianisée

Le Pentateuque (ou le recueil des cinq livres de la Torah) fut traduit en grec à Alexandrie au IIIe siècle av JC. Selon une légende rapportée par la Lettre d’Aristée et amplifiée depuis, la traduction en grec de la Torah, dite « des Septante » ou « alexandrine », serait l’œuvre de soixante-douze savants juifs, six par tribu, qui, à la demande des autorités grecques d’Égypte (et isolés pendant soixante-douze jours, selon certaines versions), aboutirent à un texte commun. Les autres livres de la Bible hébraïque ont été traduits en grec au fil des siècles suivants. Certains livres ou passages ont été écrits directement en grec.

Ce corpus, largement répandu dans la diaspora juive hellénophone du Ier siècle, sera adopté tel quel par les apôtres et par les premiers chrétiens, et constitue l’Ancien Testament de l’époque.

Le canon de la Septante, tel qu’accepté par les chrétiens, se compose de quatre parties :

  • Le Pentateuque (les cinq livres de Moïse) : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
  • Les Livres historiques : Josué, Juges, Ruth, I-II Samuel (I-II Règnes), I-II Rois (III-IV Règnes), I-II Chroniques (I-II Paralipomènes), Esdras, Néhémie, Esther#, Tobit*, Judith*, I-II Maccabées*.
  • Les « Hagiographes » : Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Sagesse de Salomon*, Siracide*.
  • Les Prophètes : Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch*, Ézéchiel, Daniel#, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.

* Les livres dit “deutérocanoniques”, présents dans le canon de la Septante et absents du canon Massorétique

Canon chrétien – Livres deutérocanoniques (ou apocryphes)

Les Livres deutérocanoniques sont des textes écrits avant l’ère chrétienne qui ont été incorporés dans le canon de la Septante. Toutes les confessions chrétiennes dites « traditionnelles », c’est-à-dire existant avant la Réforme – comme les catholiques, les orthodoxes, les coptes, les chaldéens et les maronites – les ont toujours considérés comme faisant partie de la Bible.

Cependant, ils n’ont pas été acceptés dans le canon par Luther, puisque lui-même se fonde sur le texte massorétique de la Bible hébraïque. Luther juge néanmoins ces livres utiles. Il suggère aussi de retirer l’épître de Jacques et la troisième lettre de Jean, qui pourtant font partie du Nouveau Testament.

Ces livres de l’Ancien Testament, rédigés en grec, sont nommés « apocryphes » (du grec αποκρυφος, caché) par les protestants. Les catholiques les nomment « deutérocanoniques », c’est-à-dire « livres secondaires » dans le canon (du grec δευτερος, deuxième), ce qui est définitivement confirmé au concile de Trente en 1546.

Livres « apocryphes » ou « pseudépigraphes » (écrits sous une fausse signature) ou « écrits intertestamentaires » – ni admis comme deutérocanoniques, ni reconnus par aucune église :

  • Livre du Pasteur d’Hermas, présent dans le Nouveau Testament, puis retiré du canon biblique au IIIe siècle.
  • L’Épître de Barnabé, présente un temps dans le Nouveau Testament, est retirée par décision conciliaire.
Nouveau Testament

Divisé en plusieurs groupes de livres :

  • les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), ainsi que les Actes des Apôtres, qui sont construits comme une suite de l’évangile selon Luc ;
  • la littérature paulinienne, qui comprend les épitres de Paul de Tarse lui-même (Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Philippiens, 1 Thessaloniciens, Philémon), les épitres deutéro-pauliniens qui sont attribués à Paul mais ne semblent pas être de sa plume (2 Thessaloniciens, Éphésiens et Colossiens), les épitres pastorales (1 et 2 Timothée, Tite), et l’épître aux Hébreux ;
  • la tradition johanique (l’évangile selon Jean, 1, 2 et 3 Jean, et l’Apocalypse) ;
  • les épitres catholiques d’autres disciples Simon-Pierre, Jacques le Juste, Jean et Jude.
Autres versions et traductions
La Vulgate

À l’origine, la Bible chrétienne est disponible en grec, la Septante et le Nouveau Testament étant tous deux rédigés dans cette langue. Les chrétiens du monde latin ont cependant très tôt utilisés des traductions latines de ces livres. Ces traductions sont appelées Vetus Latina. Au IVe siècle, ces Bibles sont considérée comme imparfaites. Jérôme entreprend donc de faire une nouvelle traduction en latin : la Vulgate.

La Bible samaritaine

Les Samaritains (autoethnonyme : Shamerim, qui signifie « les observants » ou « ceux qui gardent » ; en hébreu moderne : Shomronim – שומרונים, c’est-à-dire « de Shomron », la Samarie ; ou « Israélites-Samaritains ») sont un peuple peu nombreux se définissant comme descendant des anciens Israélites, et vivant en Israël et en Cisjordanie. On appelle parfois leur religion le « samaritanisme ». À l’inverse, les Juifs orthodoxes les considèrent comme des descendants de populations étrangères (des colons assyriens de l’Antiquité) ayant adopté une version illégitime de la religion hébraïque.

Leur religion repose sur une version particulière du Pentateuque, la Bible samaritaine. Ils n’adoptent pas les autres livres de la Bible hébraïque, et sont donc des « observants » de la seule Torah.

Leur Pentateuque diffère de la Torah hébraïque par des différences de fond, à propos : Le mont Garizim, comme le principal lieu saint en lieu et place de Jérusalem ; Les Dix Commandements de la Torah samaritaine…

 

Les Livres Historiques

Les Livres historiques sont composés des Livres de Josué, Juges, Ruth, I-II Samuel (I-II Règnes), I-II Rois (III-IV Règnes), I-II Chroniques (I-II Paralipomènes), Esdras, Néhémie, Esther#, Tobit*, Judith*, I-II Maccabées*.

Le livre de Josué

(en hébreu ספר יהושע Sefer Y’hoshua) est le premier livre des Prophètes dans le Tanakh, la Bible hébraïque, et le premier livre historique de l’Ancien Testament chrétien. Il fait suite au Pentateuque, qui se termine par la mort de Moïse aux portes du pays de Canaan. Le livre relate la conquête du pays promis sous la direction de Josué, et il porte son nom parce qu’il en est le personnage principal, et non l’auteur.

Chapitre 1 – Le livre commence par une brève introduction où Josué confirme son engagement face aux tribus d’Israël.
Chapitres 2 à 12 : Puis, Josué conquiert Jéricho, Aï et Sichem, puis fait alliance avec les Gabaonites. Apprenant cette alliance, cinq rois amorites (des villes de Jérusalem, Lakish, Eglon, Hébron et Yarmouth) décident d’attaquer ensemble la ville de Gabaon pour la punir. Les troupes de Josué, liées aux Gabaonites par le traité de paix, mettent en déroute les armées amorites sur lesquelles Dieu fait tomber des grêlons. Puis le Soleil s’arrête sur l’ordre de Josué, qui peut ainsi les anéantir totalement. Les conquêtes se poursuivent vers le Sud puis vers le Nord.
Y figurent notamment l’épisode des « Trompettes de Jéricho » et la bataille où Josué arrête le soleil et la lune (chap 10, 12-14)
Chapitres 13-24 : Ces conquêtes sont suivies par un partage du pays entre les divers tribus d’Israël. Enfin, le livre s’achève sur le discours d’adieu de Josué au peuple et sa mort.

Le livre de Josué est un passage particulièrement violent de l’ancien testament. Le plus souvent la conquête des villes d’Israël (Jéricho, Macéna, Lebna, Lachis, Heglon, Hebron, Dabir…) est suivie de l’extermination méticuleuse de ses habitants selon les ordres donnés par Yahweh.

Livre des Juges

Le Livre des Juges (en hébreu ספר שופטים Sefer Shoftim) est l’un des livres de la Bible hébraïque et l’Ancien Testament chrétien. Il raconte la période de l’histoire des Hébreux entre la conquête du Pays de Canaan (rapportée dans le livre de Josué) et l’apparition de la royauté. À cette époque (vers -1150–1130), le pouvoir est exercé par les Juges. C’est sous la pression d’un danger précis et sur un mode plutôt défensif que les tribus d’Israël mettent à leur tête un chef : c’est l’époque des Juges (shofet).

Les Juges, situé dans un temps où la monarchie n’a pas encore été établie en Israël, consistent des histoires portant sur les héros des batailles avec les Cananéens, les Madianites et les Philistins.  Les Juges étaient des chefs militaires, jouant des rôles importants en temps de crise. Ils étaient responsables de fournir des jugements aux peuples locaux, et de diriger les alliances temporales entre les tribus.  Les juges ne sont guidés ni par les lois de l’Alliance ni par celles de l’exode.  Dans la grande majorité des cas, la vénération de YHWH était partagée parmi les communautés, à l’exception de l’histoire de Gédéon. Les Juges étaient choisi non pas pour leur vertu mais pour leurs capacités et habiletés dans des temps de difficulté parmi les populations.

Les chapitres 1 à 3 sont la préface de tout le livre. Ils expliquent que du fait qu’ils n’avaient pas chassé leurs ennemis (Juges 1:16–35), les Israélites durent en subir les conséquences: perte de foi, mariages avec des incrédules et idolâtrie.
Les chapitres 4 et 5 racontent l’histoire de Déborah et de Barak, qui délivrèrent Israël des Cananéens.
Les chapitres 6 à 8 contiennent les expériences édifiantes de Gédéon, que le Seigneur bénit pour qu’il délivre Israël des Madianites.
Aux chapitres 9 à 12, plusieurs hommes remplissent les fonctions de juges en Israël, essentiellement dans l’apostasie et sous l’oppression. Il y est notamment question du juge Abimelech et de Jephté.
Les chapitres 13 à 16 parlent de l’apparition et de la chute du dernier juge, Samson.
Les derniers chapitres, 17 à 21, peuvent être considérés comme un appendice qui révèle la profondeur des péchés d’Israël.

Livre de Ruth

Le livre de Ruth (en hébreu מגילת רות Megilath Ruth, le rouleau de Ruth) est un livre de la Bible hébraïque, classé parmi les livres historiques de l’Ancien Testament chrétien et parmi les livres des Ketouvim (Écrits) dans la tradition juive.

L’histoire de Ruth se déroule à l’époque où les Juges dirigeaient le peuple d’Israël. Il s’agit de montrer comment une femme étrangère est non seulement entrée dans le peuple d’Israël mais est devenue l’ancêtre du roi David. Le récit met l’accent sur la loyauté exemplaire de la Moabite Ruth, vis-à-vis de sa belle-famille comme de YHWH.

Le chapitre 1 décrit la vie d’Élimélec et de sa famille à l’époque des Juges d’Israël, qui pour fuir la famine qui sévit en Israël, quitte la ville de Bethléem et émigre dans le royaume voisin de Moab. Après la mort de son époux, Ruth se rend avec sa belle-mère Noémi à Bethléem.
Le chapitre 2 montre Ruth glanant dans les champs de Boaz.
Au chapitre 3, Noémi dit à Ruth de se rendre à l’aire de vannage et de se coucher aux pieds de Boaz.
Le chapitre 4 est l’histoire du mariage de Ruth et de Boaz. Ils eurent un fils, Obed, de la lignée duquel sortirent David, puis Jésus de Nazareth selon le Nouveau Testament.

Deuxième Livre de Samuel

e Deuxième Livre de Samuel (en hébreu ספר שמואל Sefer Sh’muel) est un livre classé parmi les Prophètes dans le Tanakh (la Bible hébraïque) et dans les Livres historiques de l’Ancien Testament chrétien. Il est entièrement consacré au règne de David, qui apparaît déjà dans le Premier Livre. David unifie les tribus d’Israël et choisit Jérusalem pour y déposer l’Arche d’alliance. L’épisode de David et Bethsabée figure au chapitre 11.

Après la mort de Saül à Guelboé (racontée à la fin du Premier livre de Samuel), David est fait roi de Juda — l’une des douze tribus d’Israël. Mais c’est Ishboshet, seul fils survivant de Saül, qui est désigné roi de tout Israël par Abner, chef de ses armées. Les deux camps s’affrontent alors violemment, et celui de David prend peu à peu le dessus. Abner se rapproche du roi de Juda et entame avec lui des négociations, mais il est assassiné par Joab, le neveu de David. Peu après, c’est Ishboshet qui est assassiné à son tour : la voie est désormais libre pour l’accession de David au trône du grand Israël.

Gloires : Le nouveau roi commence par prendre la ville de Jérusalem, et sa gloire grandit. Il enregistre deux victoires sur les Philistins (2S 5,17-25), et fait transférer l’arche d’alliance à Jérusalem ; puis ce sont contre les Moabites, les Araméens, les Édomites, les Ammonites que de nouvelles campagnes sont menées et gagnées.

Malheurs : Les chapitres 11 à 21 montrent le déclin de la force spirituelle de David à cause de ses péchés et de la rébellion au sein de sa famille. David envoie à la mort son guerrier Urie le Hittite pour en épouser la veuve, Bethsabée. La naissance de leur enfant Salomon est mentionnée au chapitre 12. Puis c’est Amnon, l’un des fils de David, qui viole sa demi-sœur Tamar. Ce crime entraîne la vengeance puis la fuite d’Absalom, un autre des fils de David. Bien que ce dernier finisse par lui accorder son pardon et qu’il le rappelle auprès de lui, Absalom se révolte contre lui et prend les commandes de Jérusalem, obligeant David à la fuite. Après quelques péripéties et duperies, Absalom est finalement vaincu et tué par Joab, à la grande douleur du roi David qui revient alors sur le trône.

Le Deuxième Livre des Rois

Le Deuxième Livre des Rois est un livre de l’Ancien Testament classé parmi les Livres des Prophètes dans la tradition juive et dans les livres historiques dans le christianisme. Il suit le Premier Livre des Rois, avec lequel il constituait, à l’origine un seul livre.

Depuis le règne d’Ochozias, roi d’Israël, jusqu’à la chute du royaume de Juda, il présente avec plus ou moins de détails chacun des rois d’Israël et de Juda, deux royaumes condamnés par la justice divine après leur rejet des commandements divins.

Les royaumes d’Israël et de Juda : Dans le Premier Livre des Rois, sont évoquées la mort du roi David, la vie de Salomon, la partition du royaume en deux États : le royaume d’Israël et celui de Juda. La vie des rois des deux royaumes est présentée de façon synchronique mais est coupée par des chapitres consacrés aux prophètes qui viennent avertir les rois que la justice divine s’abattra sur ceux qui ne suivent pas deux commandements essentiels à savoir l’adoration de YHWH, Dieu exclusif, et le respect du Temple de Jérusalem comme seul lieu de culte autorisé. Le deuxième livre continue cette histoire royale et sa condamnation constante des rois d’Israël qui sont coupables d’apostasie et qui ne reconnaissent pas la primauté du Temple de Jérusalem.

D’Ochozias à Jéhu : À la fin du Premier Livre est évoquée l’accession au trône d’Israël du roi Ochozias, fils d’Achab. Le Second Livre commence donc avec quelques versets (2R 1,1-18) concernant son règne qui est bref. Il meurt en effet d’une chute mortelle la deuxième année de son règne. Durant celui-ci, il s’était heurté violemment au prophète Élie qui lui reprochait d’adorer Baal-Zebub. À la mort d’Ochozias, son frère Joram le remplace sur le trône. Il n’adore pas Baal mais se comporte comme Jéroboam Ier et encourt ainsi la colère de Yahvé. Élie, quant à lui, quitte la terre emmené sur un chariot de feu. Il est remplacé par le prophète Élisée qui opère de nombreux miracles. Le chapitre 3 est consacré à la guerre du roi Joram, allié aux rois de Juda et d’Édom, contre le roi Mesha. Bien qu’il remporte la victoire, Joram abandonne sa domination sur le royaume de Moab après que Mesha eut sacrifié son fils aîné. Les chapitres 4 à 6, racontent d’autres prodiges opérés par Élisée (résurecction d’un mort, guérison miraculeuse, etc.). À partir de 2R 6,24 le récit se porte sur la lutte de Joram contre Ben Haddad, roi d’Aram-Damas. Le royaume connaît la famine avant qu’un miracle divin chasse les armées d’Aram. Dans le chapitre 8 une autre famine touche Israël pendant sept ans et Élisée annonce à Hazaël qu’il deviendra roi d’Aram et combattra les Hébreux. Après ce récit le reste du chapitre s’intéresse au roi de Juda Joram qui délaisse les commandements divins et suit les voies mauvaises des rois d’Israël, influencé par sa femme, d’origine israélienne. Durant son règne Édom parvient à reprendre son indépendance.

Son fils, Ochozias lui succède mais ne règne qu’un an avant d’être assassiné par Jéhu. Celui-ci une fois oint comme roi d’Israël par un prophète disciple d’Élisée part tuer le roi d’Israël, Joram. Après l’avoir abattu il s’en prend à Ochozias qui était venu rendre visite à son parent Joram. Il fait aussi tuer Jézabel, mère de Joram, dont le cadavre est dévoré par les chiens comme le demandait la malédiction d’Élie. Jéhu suit les voies de Yahvé en faisant périr la maison d’Achab, y compris les frères d’Ochozias, roi de Juda, et les sacrificateurs de Baal cependant il reste condamnable car il suit les voix de Jéroboam Ier en ne reconnaissant pas Jérusalem comme seul temple. C’est aussi à l’époque de ce règne que selon l’auteur commence la punition de Yahvé contre Israël. Cela est marqué par les victoires de Hazaël qui s’empare de plusieurs régions auparavant dominées par Israël.

D’Athalie à la fin du royaume de Samarie : Après avoir raconté la mort de Jéhu, le livre retourne dans le royaume de Juda. Dans le chapitre 11 Athalie, mère d’Ochozias, fait assassiner toute la descendance royale pour pouvoir gouverner. Magré tous ses efforts, un enfant, Joas, lui échappe grâce à la protection de Yehoyada, prêtre de Yahvé. Alors qu’il a sept ans, Joas est porté sur le trône et Athalie est assassinée. Les chapitres 11 à 12 racontent le règne juste de Joas qui lutte contre les adorateurs de Baal. Après avoir régné 40 ans, il est assassiné par des officiers. Auparavant, il avait combattu Hazaèl, roi d’Aram qui victorieux avait exigé une rançon en or payée en livrant les trésors consacrés du temple de Yahvé. Le chapitre 13 revient au royaume d’Israël et au roi Joachaz, fils de Jéhu. Durant ce règne Hazaël et son fils Ben-Hadad III remportent de nombreuses victoires contre Israël12. Joachaz règne 17 ans et son fils Joas lui succède. Il parvient à remporter plusieurs victoires contre Ben-Hadad III. C’est durant ce règne que meurt Élisée. Le chapitre 14 traite des règnes d’Amasias, roi de Juda, et de Jéroboam II, roi d’Israël. Le règne d’Amasias est marqué par la guerre qu’il déclare au royaume d’Israël et qu’il perd, vaincu par Joas. Il est assassiné après 29 ans de règne. Son fils Ozias lui succède et reste sur le trône durant 52 ans, soit la plus longue période pour un règne en Juda. Le règne de Jéroboam qui dure 41 ans est présenté succinctement bien qu’il soit marqué par de nombreuses victoires militaires qui permettent à Israël de reprendre des territoires perdus dans les guerres précédentes. Le chapitre 15 parle de divers rois qui régnèrent en Israël et en Juda. Israël connaît une période d’instabilité politique car les rois se font tuer et remplacer par leurs meurtriers. Zacharie monte sur le trône à la mort de son père Jéroboam mais est assassiné six mois après par Shallum qui règne un mois avant d’être tué par Menahem. Menahem garde la couronne jusqu’à sa mort après 10 ans de règne et son fils Peqahya parvient à la conserver deux ans avant d’être assassiné par son écuyer Peqah qui règne 20 ans. Durant cette période le roi d’Assyrie Teglath-Phalasar III s’empare de plusieurs régions d’Israël et fait déporter plusieurs tribus. Péqah est assassiné par Osée. La fin du chapitre 15 revient au royaume de Juda et au roi Yotam qui doit combattre Raçôn, roi d’Aman et Péqah. Le chapitre 16 est consacré au règne d’Achaz, roi de Juda, fils de Yotam. Alors que ce dernier avait honoré Yahvé, Achaz abandonne le dieu de ses pères et adore les idoles et il est même accusé d’avoir immolé son fils par le feu. Juda est toujours menacé par Raçôn et Péqah aussi Achaz demande l’aide de Teglath-Phalasar qui vainc et tue Raçôn. Achaz paie ce service râce à l’or et l’argent du temple et du palais royal puis il profane le temple de Yavhé pour construire un autel semblable à celui de Damas où il rencontre Teglath-Phalasar. À sa mort son fils Ézéchias monte sur le trône. Le chapitre 17 rapporte l’anéantissement du royaume d’Israël par les Assyriens sous le règne d’Osée qui pour échapper à la domination assyrienne demande l’aide de l’Égypte. Le roi d’Assyrie Salmanazar V l’apprend et s’empare d’Osée qu’il fait emprisonner. Le royaume d’Israël disparaît, les hébreux sont déportés dans l’empire et des populations viennent occuper ces territoires. Ces peuples idolâtres adorent ensuite aussi Yahvé et seraient à l’origine des Samaritains21. Tout en expliquant ces faits, le livre revient sur les méfaits des habitants du royaume de Samarie, leur obstination dans le mal même après leur déportation dans le royaume assyrien et l’impossibilité du pardon divin.

Le royaume de Juda : Après la chute d’Israël, le récit se consacre exclusivement au royaume de Juda. Les chapitres 18 à 20 racontent la vie juste d’Ézéchias, roi de Juda et du prophète Isaïe. Contrairement à son père, Ézéchias reconnaît seulement Yahvé et détruit toutes les idoles qui profanaient le pays. Il mène par ailleurs une politique étrangère visant à échapper à la domination assyrienne. Menacé par les armées ennemies du roi d’Assyrie Sennachérib, Juda est sauvé par une intervention divine. Ainsi le respect envers Yahvé est récompensé par une victoire contre l’ennemi et l’abandon des règles inspirées par Dieu entraîne un châtiment.

Ceci explique, selon l’auteur du livre, que l’impiété du roi Manassé, fils d’Ézéchias, soit la cause de la colère divine qui menace Juda. En effet Manassé est présenté dans le chapitre 21 comme le plus abominable des rois. Il honore les idoles, profane le temple en y plaçant des statues et décide du martyre d’Ésaïe. Son fils Amon agit de même jusqu’à son assassinat par des serviteurs après deux ans de règne. Si Manassé, et Amon abandonnent YHWH et adorent des idoles, après eux, Josias, fils d’Amon, montre au contraire qu’il est un roi juste et rétablit la loi divine parmi les Juifs (2R 22-23,30) après la découverte du livre de la loi dans le temple de Jérusalem. De 23,31 à 25,30 l’histoire de Juda se poursuit et les règnes de Joaqim, Joakin et Sédécias, tous coupables d’apostasie, sont évoqués. Cette persistance dans le mal amène le châtiment divin qui se concrétise par la prise de Jérusalem (datée de -586), et l’exil à Babylone qui s’ensuit. Les derniers versets (2R 25,27-30) relatent l’histoire du roi Joachin qui de prisonnier devient un familier du roi babylonien.

Le Deuxième Livre des Chroniques

Le Deuxième Livre des Chroniques est un livre de l’Ancien Testament. Il suit le Premier Livre des Chroniques, qui retrace l’histoire du monde de la Création à la royauté de David. À l’origine ces deux livres n’en formaient qu’un, appelé Livres des Chroniques.

Les chapitres 1 à 9 racontent le règne de Salomon, les chapitres 3 à 5 décrivent la construction du temple de Salomon. Les chapitres 10 à 12 parlent du règne de Roboam, fils de Salomon, au cours duquel le royaume uni d’Israël fut divisé en royaume du nord et royaume du sud. Les chapitres 13 à 36 décrivent les règnes des divers rois jusqu’à la prise du royaume de Juda par Nabuchodonosor II. Le livre prend fin avec le décret de Cyrus en -538 qui permet aux captifs de Juda de retourner à Jérusalem. Cet évènement essentiel dans l’histoire du peuple hébreu est aussi, d’un point de vue religieux, le signe que Dieu n’a pas abandonné son peuple même si les pêchés de celui-ci ont provoqué la destruction du temple, la fin de la royauté et l’exil.

Le Livre d’Esdras (ou Ezra)

Le livre d’Esdras (ou Ezra) est un livre de la Bible hébraïque et de l’Ancien Testament.
Les chapitres 1 à 6 du 3e livre d’Esdras décrivent le décret de Cyrus en 537 av. J.-C. et le retour des Juifs sous Zorobabel. Dans les chapitres 7 à 10, qui se déroulent 60 à 80 ans plus tard, Esdras va à Jérusalem. Avec ses compagnons, il jeûne et prie pour obtenir protection.  À Jérusalem, ils apprennent que de nombreux Juifs ont épousé des étrangères. Considérant qu’ils se sont ainsi souillés, Esdras prie pour eux et les convainc de renvoyer femmes et enfants.

Le Livre de Néhémie

Le livre de Néhémie est un livre de la Bible hébraïque et de l’Ancien Testament.

Le livre de Néhémie raconte les progrès et les difficultés de l’œuvre à Jérusalem après le retour des Juifs de la captivité babylonienne. Les chapitres 1 à 7 parlent de la première visite de Néhémie à Jérusalem et de la reconstruction des murailles de la ville face à une forte opposition. Les chapitres 8 à 10 décrivent les réformes religieuses et sociales que Néhémie essaya de mettre en vigueur. Les chapitres 11 à 13 donnent la liste de ceux qui étaient dignes et rapportent la consécration de la muraille. Les versets 4 à 31 du chapitre 13 racontent la seconde visite de Néhémie à Jérusalem après une absence de douze ans.

Le Livre d’Esther

Le livre ou rouleau d’Esther (hébreu : מגילת אסתר Meguilat Esther) est le vingt-et-unième livre de la Bible hébraïque.

L’action se déroule après la destruction du premier Temple de Jérusalem et l’exil à Babylone. Un demi-siècle environ après la victoire de Nabuchodonosor, son empire tombe aux mains du roi Cyrus II de Perse. Bien qu’il ait autorisé le retour des Juifs en Judée, beaucoup continuent à vivre en diaspora dans l’empire perse. Le récit d’Esther se place vers cette époque, à la cour du roi de Perse.

Il rapporte une série d’événements se déroulant sur plusieurs années : Esther, d’origine juive, est la favorite du plus puissant souverain de son époque — Xerxès Ier. Or, sous son règne, le grand vizir — Haman — intrigue et obtient de pouvoir exterminer toute la population juive. Devant pareille menace, Mardochée fait appel à sa cousine Esther afin qu’elle obtienne du roi l’annulation du décret qui les condamne. Xerxès Ier — informé par Esther — prend toutes les mesures nécessaires pour protéger la population juive, et condamne le vizir, ainsi que tous ses fils, à être pendus au poteau destiné initialement à Mardochée. Enfin, les Juifs instaurent une fête annuelle, appelée Pourim, afin de commémorer ce miracle.

Le Livre de Tobit

Le livre de Tobit, parfois appelé livre de Tobie — Tobie étant le fils de Tobit, est un livre deutérocanonique de l’Ancien Testament. Il raconte l’histoire d’un Israélite de la tribu de Nephthali nommé Tobit, déporté à Ninive, qui devient aveugle après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux et qui envoie son fils Tobie recouvrer une dette en Médie auprès de leur parent Gabaël.

L’ange Raphaël — désigné ultérieurement comme l’archange Raphaël par les catholiques et les orthodoxes — conduit Tobie à Ecbatane où il pêche un poisson dont il extrait le cœur, le foie et le fiel. Il rencontre sa future femme, Sara, que tourmente un démon, Asmodée, qui a fait périr successivement ses sept maris pendant leur nuit de noces. L’ange Raphaël qui avait expliqué précédemment à Tobie qu’il devait prendre cette femme pour épouse, lui indique comment la délivrer du démon. Sara, de son côté, prie le Seigneur pour être guérie. Avec le fiel d’un poisson, comme le lui indique l’Archange, qui l’accompagne, Tobie retourne à la maison paternelle et guérit la cécité de son père.

Le Livre de Judith

Le livre de Judith est un livre deutérocanonique de la Bible. Il relate comment la belle et jeune veuve Judith (יְהוּדִית ; Yehudit ; « Louée » ou « Juive », en grec : Ιουδίθ) écarte la menace d’une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne, et restaure du même coup la foi du peuple juif en la puissance salvatrice de son Dieu.

L’intrigue raconte que Nabuchodonosor roi d’Assyrie vainc les Mèdes et envoie dans sa 12e année de règne le général Holopherne en campagne de conquête vers l’ouest. Pour cela, Nabuchodonosor le met à la tête d’une armée immense. Holopherne avance avec succès, détruisant sur son passage les sanctuaires locaux et exigeant que Nabuchodonosor soit honoré comme un dieu. L’armée assyrienne arrive finalement à une passe aux portes d’Israël et fait le siège d’une ville nommée Bethulia, située de l’autre côté, bien qu’Achior, le chef des Ammonites les ait prévenus que le Dieu d’Israël donnera la victoire aux siens s’ils ne fautent pas. Or, à bout de ressources, les Béthuliens désespèrent et sont pour cela tancés par la veuve Judith, une descendante de Siméon, qui leur reproche leur peu de foi. Elle décide de se rendre accompagnée d’une servante au camp d’Holopherne en lui faisant croire qu’elle lui apporte de précieuses informations sur les Juifs. Impressionné par sa beauté, celui-ci accepte de l’écouter et l’invite à un festin, puis dans sa tente où elle profite de son ivresse pour le décapiter. Elle revient avec la tête d’Holopherne à Bethulia où son succès galvanise les habitants. Ils attaquent et mettent en déroute les Assyriens affaiblis par la perte de leur général.

Pentateuque – les 5 livres de Moïse

Penta vient de πέντε/pente « cinq », et -teuque de τεῦχος/teukhos, « étui » (il s’agit de la custode cylindrique contenant les livres en forme de rouleaux). Teukhos a fini par désigner, par métonymie, le contenu même de l’étui. La forme latine pentateuchus liber apparaît chez Tertullien à la fin du IIe siècle – début IIIe siècle.

Les 5 livres de Moïse présentent une version théologique de l’histoire du peuple d’Israël depuis la création du monde jusqu’à la mort de Moïse.

  • Le Pentateuque est chez les chrétiens les cinq premiers livres de la Bible.
  • Pour les juifs, ils constituent la Torah, – hâmisâ humsê hattôrâ ou « les cinq cinquièmes de la loi » – c’est-à-dire « doctrine », « enseignement », mais aussi « loi » (ce qui explique que le terme ait été traduit en grec par νόμος/nomos), c’est parce qu’ils renferment, outre des récits « historiques », tout un ensemble de prescriptions (religieuses, rituelles, culturelles, juridiques, etc.) qui constituent les bases du judaïsme. Les lois alimentaires (cacherout) énoncées dans le chapitre 11 du Lévitique en sont un exemple parmi d’autres.

La tradition en attribue la paternité à Moïse, mais la recherche moderne a pu établir qu’ils ont été composés à l’époque de l’exil à Babylone par de nombreux rédacteurs.

Contenu

Genèse, divisée en 2 parties :

  • La Création (des chapitres 1 à 11) : Après la création de l’univers et de l’homme (chapitres 1-2), l’histoire du péché originel et celle du meurtre de Abel par son frère Caïn (chapitre 4), arrive l’histoire de Noé qui échappe au déluge grâce à son arche (chapitres 6 à 8). L’histoire de la Tour de Babel occupe le chapitre 11. Des généalogies entrecoupent ce récit et la dernière d’entre elles permet de faire le lien avec la seconde partie de la Genèse. La généalogie du chapitre 11 donne les ancêtres d’Abraham dont l’histoire vient ensuite.
  • Les Récits Patriarcaux (chapitres 12 à 50) – L’histoire des patriarches raconte l’histoire : D’abord Abram, qui change son nom en Abraham après sa rencontre avec Dieu, est choisi pour être le père d’une grande nation et ce bien qu’il soit âgé et que sa femme Sarah soit stérile (chapitres 12 à 25 verset 8). Un fils leur naît, Isaac lui-même père de Jacob qui change son nom en Israël après avoir lutté contre un être mystérieux et à qui est fait la même promesse (du chapitres 25 verset 19 au chapitre 37). Enfin, l’histoire de Joseph achève le livre de la Genèse. Joseph, fils de Jacob est vendu par ses frères, est esclave en Égypte mais parvient à devenir le conseiller de Pharaon. Il fait venir en Égypte toute sa famille pour qu’elle échappe à la famine et se réconcilie avec ses frères (chapitres 37 à 50)4. Avec ses frères, il fonde ainsi les 12 tribus d’Israël.

Le livre de l’Exode raconte la sortie d’Égypte du peuple hébreu composé des descendants des 12 tribus d’Israël. Les Hébreux étant trop nombreux aux yeux de Pharaon, celui-ci les réduit en esclavage. Alors que le nouveau Pharaon tente d’écraser les Hébreux jusqu’à faire tuer les premiers-nés, un enfant, Moïse, est sauvé et, une fois adulte, est appelé par Dieu pour conduire les Hébreux hors d’Égypte. Malgré de nombreux miracles (Dix plaies d’Égypte), Pharaon refuse le départ de ce peuple esclave et c’est seulement lorsque tous les premiers-nés, humains et animaux, meurent en une nuit, qu’il accepte de voir partir les Hébreux. Il revient ensuite sur sa décision mais son armée est noyée dans la Mer Rouge (chapitres 1 à 14) que Dieu avait ouverte pour laisser le passage aux Hébreux. Libéré de cette menace, le peuple Hébreu entame une longue marche jalonnée de miracles divins comme le don de la manne. Pendant ce voyage, Moïse reçoit les Tables de la loi sur lesquelles sont écrits les Dix commandements. Enfin, le tabernacle est construit et consacré.

Le Lévitique rompt l’histoire pour exposer une série de rites à accomplir. Après la description de l’onction d’Aaron et de ses fils de la tribu de Lévi, sont présentés les différents types de sacrifice pour chaque occasion. Des indications médicales expliquent la conduite à tenir en cas de suspicion de lèpre. Les lois sur le mariage et celles sur la nourriture sont aussi inscrites ainsi que celles concernant les fêtes, la libération des hébreux en situation de servitude pour dettes et celle sur le repos de la terre tous les sept ans.

Le livre des Nombres commence par le dénombrement des tribus hébreux puis raconte le départ pour le Sinaï afin de conquérir la Terre promise. Cependant, après le retour d’éclaireurs partis reconnaître le pays, les Hébreux prennent peur et refusent d’entrer sur cette terre. N’ayant pas confiance en la parole divine, le peuple est maudit de sorte que tous (sauf Caleb et Josué) sont condamnés à errer dans le désert durant quarante ans et à ne pas entrer sur la terre promise qui n’appartiendra qu’à leurs enfants. Le peuple continue cependant à se révolter, ce qui provoque la colère divine. Même Moïse et Aaron subissent le châtiment de ne pouvoir pénétrer sur la Terre promise. Aaron meurt en chemin. Cependant, les Hébreux commencent à combattre des rois de la région et selon qu’ils respectent ou oublient la parole divine, parviennent à vaincre ou sont défaits.

Ce récit est entrecoupé de règles à observer : celles sur le sacrifice, celles sur les villes refuges pour ceux qui sont coupables d’un homicide involontaire, celles sur l’héritage, etc.

Le Deutéronome se présente comme un long discours tenu par Moïse aux Hébreux avant sa mort. Dans ce texte sont rappelées les règles auxquelles doivent se soumettre les Hébreux pour garder la bienveillance de Dieu à leur égard. Quelques rappels d’évènements racontés dans les livres précédents servent à montrer la puissance de Dieu, son soutien à son peuple élu et sa colère lorsqu’ils oublient ses commandements. Le texte se termine par un cantique, des bénédictions de Moïse et le bref récit de la mort de ce dernier.

 

Fatima
Notre Dame de Lourdes
Sauvons plus de forêt !
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